Pilule rouge et pilule bleue

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Des gélules rouges et bleues, comme celles que l'on voit dans le film Matrix (1999).

La « pilule rouge » et la « pilule bleue » sont des concepts issus d'une scène du film Matrix. Ils font référence à un choix entre la volonté d'apprendre une vérité potentiellement dérangeante ou qui peut changer la vie, en prenant la pilule rouge, et celle de rester dans une ignorance satisfaisante, en prenant la pilule bleue.

Description[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans Matrix, le chef rebelle Morpheus propose au personnage principal Neo de choisir entre une pilule rouge et une pilule bleue. La pilule rouge représente un avenir incertain - elle le libérerait du contrôle asservissant du monde onirique généré par la machine et lui permettrait de s'échapper dans le monde réel, mais vivre la "vérité de la réalité" est plus dur et plus difficile. D'autre part, la pilule bleue représente une belle prison - elle le ramènerait à l'ignorance, vivant dans un confort confiné, sans besoin ni peur, dans la réalité simulée de la Matrice. Comme décrit par Morpheus : "Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre"[1]. Neo choisit la pilule rouge et rejoint la rébellion.

La pilule bleue permet à la personne de rester dans la réalité fabriquée de la Matrice ; la rouge sert de « balise » à la personne dans le monde réel et la prépare à être "déconnectée" de la Matrice. Une fois que l'on choisit la pilule rouge ou bleue, le choix est irrévocable. Neo prend la pilule rouge et se réveille dans le monde réel, où il est expulsé d'une chambre pleine de liquide dans laquelle il a été inconscient. Sauvé et récupéré à bord du navire de son mentor, Morpheus, qui lui montre la vraie nature de la Matrice: une simulation informatique détaillée de la Terre à la fin du XXe siècle. Elle a été créée pour maintenir dociles les esprits des humains tandis que leurs corps sont stockés dans d'énormes centrales électriques, où leur chaleur corporelle et leur bioélectricité sont consommées comme énergie par les machines qui les ont asservis[2].

Inspirations philosophiques et religieuses[modifier | modifier le code]

Le film Matrix (1999), réalisé par les Wachowski, fait référence à des mythes historiques et à la philosophie, notamment le gnosticisme, l'existentialisme et le nihilisme[3],[4]. La prémisse du film ressemble à l'allégorie de la caverne de Platon[5],[6], au "Zhuangzi rêva qu'il était un papillon" de Zhuangzi, au doute cartésien et au malin génie de René Descartes[7],[8], aux réflexions de Kant sur le phénomène par rapport au Ding an sich, à la "machine à expériences" de Robert Nozick[9], au concept de réalité simulée et à l'expérience du cerveau dans une cuve[10],[11]. Matrix fait très clairement référence à Alice au pays des merveilles avec les expressions "le lapin blanc" et "le terrier du lapin", et fait également référence au chemin de découverte de Néo comme étant le "pays des merveilles".

La pilule rouge, une allégorie transgenre[modifier | modifier le code]

Des théories de fans ont suggéré que la pilule rouge pourrait représenter une allégorie pour les personnes transgenres ou une histoire de l'histoire de Lana et Lilly Wachowski qui sont "sorties du placard" en tant que transgenres[12]. Dans les années 1990, une thérapie hormonale courante pour les transsexuels hommes-femmes impliquait le Premarin, un comprimé de couleur marron[13]. Lilly Wachowski a confirmé que cette théorie était correcte en [14].

Autres utilisations[modifier | modifier le code]

Groupes féministes[modifier | modifier le code]

Certains groupes féministes utilisent le terme "pilule rouge"[15] pour faire référence au fait que les personnes devenues féministes ont découvert que le monde était non seulement sexiste mais qu'il opprimait les femmes et le féminisme a changé leur rapport vis-à-vis de leur entourage et de la société, en leur révélant la gravité de la situation des femmes[16],[17].

Mouvement pour les droits des hommes[modifier | modifier le code]

Dans certaines parties du mouvement pour les droits des hommes, le terme "pilule rouge" est utilisé comme une métaphore pour désigner le moment précis où ils arrivent à la conviction que certains rôles de genre auxquels ils sont censés se conformer, tels que le mariage et la monogamie, sont destinés à profiter uniquement aux femmes, plutôt qu'à un bénéfice mutuel[18],[19].

En 2016, un film documentaire intitulé The Red Pill est sorti, traite du mouvement pour les droits des hommes[15],[20],[21].

Incels[modifier | modifier le code]

Les communautés incels interprètent la "pilule rouge" comme voir un monde où le féminisme a donné aux femmes trop de pouvoir sur les hommes (gynocratie) et où le privilège masculin n'existe pas[22],. Sur leur utilisation du dilemme du film Matrix, les incels se distinguent du mouvement des droits des hommes en y ajoutant le concept de la « pilule noire ». Les chercheurs et les journalistes ne s'accordent pas sur les croyances qui relèvent de la "pilule rouge" et celles qui relèvent de la "pilule noire", ni sur la question de savoir si l'idéologie de la pilule noire est une croyance distinctive des incels ou s'il existe des incels qui ne souscrivent pas aux idées de la pilule noire. Certains chercheurs et journalistes utilisent le terme "pilule rouge" pour désigner l'ensemble des croyances communément défendues par les militants des droits des hommes, et le terme "pilule noire" pour résumer l'idéologie incel dans son ensemble[23].

Hoffman et ses collègues ont déclaré que "Prendre la pilule noire est essentiel à l'identité des incels, car cela signifie reconnaître l'inceldom comme une condition permanente[24]."

La "pilule noire" fait généralement référence à un ensemble de croyances communément répandues dans les communautés incel, qui incluent le déterminisme biologique, le fatalisme et le défaitisme pour les personnes peu attrayantes[25]. Un incel qui aurait "pris la pilule noire" adoptera la conviction qu'il est sans espoir et que son manque de succès sur le plan romantique et sexuel est permanent, quels que soient les changements qu'il peut essayer d'apporter à son apparence physique, à sa personnalité ou à d'autres caractéristiques[24],[26].

Conservatisme des Noirs Américains[modifier | modifier le code]

En 2017, la militante et commentatrice politique Candace Owens a lancé Red Pill Black, un site web et une chaîne YouTube qui promeut le conservatisme au sein de la communauté noire aux États-Unis. Le terme est utilisé comme une métaphore du processus de rejet des récits de la gauche américaine auxquels les Afro-Américains conservateurs croyaient auparavant[21],[27].

Utilisation par Elon Musk[modifier | modifier le code]

Le , Elon Musk a tweeté "Take the red pill" (Prend la pilule rouge), partageant l'avis d'un utilisateur de Twitter selon lequel cela signifiait adopter une liberté de pensée et se réveiller d'une vie normale de paresse et d'ignorance". Ivanka Trump a retweeté ce message en déclarant " Taken ! " (Pris !). Lilly Wachowski, une réalisatrice des films Matrix, a répondu à cet échange par "Fuck both of you" (Allez vous faire voir tous les deux)[28],[29].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Céline Biourge, « "Matrix" : auriez-vous pris la pilule bleue ou la rouge ? » [archive du ], sur RTBF TV,
  2. (es) José. Cantillo Carmona, Dilemas morales : un aprendizaje de valores mediante el diálogo, Nau Llibres, (ISBN 84-7642-706-9, 978-84-7642-706-4 et 84-7642-702-6, OCLC 433689632, lire en ligne)
  3. (en-US) Edward Rothstein, « Philosophers Draw On a Film Drawing On Philosophers », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  4. (en) « Journal of Religion & Film: Wake Up! Gnosticism and Buddhism in The Matrix by Frances Flannery-Daily and Rachel Wagner » [archive du ], sur unomaha.edu (consulté le )
  5. (en) Glenn Yeffeth, Taking the Red Pill: Science, Philosophy and the Religion in the Matrix, BenBella Books, Inc., (ISBN 978-1-932100-02-0, lire en ligne)
  6. (en) Robin Beck, « You Won’t Know the Difference So You Can’t Make the Choice | Issue 30 | Philosophy Now », sur philosophynow.org
  7. (en) Dan O'Brien, An Introduction to the Theory of Knowledge, Polity, (ISBN 978-0-7456-3316-9, lire en ligne), p. 115
  8. (en) Juan Comesaña et Peter Klein, Skepticism, Metaphysics Research Lab, Stanford University, (lire en ligne), « Skepticism »
  9. (en) Associate Professor of Philosophy Christopher Grau et Christopher Grau, Philosophers Explore The Matrix, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-518107-4, lire en ligne)
  10. (en-US) Lance P. Hickey, « “Brain in a Vat” Argument, The | Internet Encyclopedia of Philosophy » (consulté le )
  11. (en) Allan Hazlett, « Philosophers Explore The Matrix » [« Des philosophes explorent Matrix »], sur Notre Dame Philosophical Reviews, (consulté le )
  12. (en) Laura Dale, « With The Matrix 4 coming, let's talk about how the first movie is a trans allegory », sur SYFY WIRE, (consulté le )
  13. Thomas Andrei, « «Matrix», l'allégorie trans des Wachowski », sur Slate.fr, (consulté le )
  14. « Matrix , bel et bien une allégorie trans », sur Radio-Canada.ca, (consulté le )
  15. a et b Peggy Sastre, « Red Pill, le documentaire qui fait rager les féministes » [archive du ], sur Atlantico.fr,
  16. Aleeshay et Luna, « Simonæ | La pilule rouge du féminisme », sur simonae.fr, (consulté le )
  17. Pauline Machado, « "Je suis féministe et je suis épuisée" » [archive du ], sur www.terrafemina.com, (consulté le )
  18. (en) « Men's rights movement: why it is so controversial? », sur The Week UK,
  19. (en-US) Jeff Sharlet, « What Kind of Man Joins the Men's Rights Movement? », sur GQ,
  20. (en) Annabel Crabb, « The Red Pill ban: an absurdity only online activism could create », sur The Sydney Morning Herald, (consulté le )
  21. a et b (en-US) Max Read, « How The Matrix’s Red Pill Became the Internet’s Delusional Drug of Choice », sur Vulture, (consulté le )
  22. (en) Aja Romano, « What a woman-led incel support group can teach us about men and mental health », sur Vox, (consulté le )
  23. (en-GB) Fraser Myers, « Incels: the ugly truth » [archive du ], sur www.spiked-online.com, (consulté le )
  24. a et b (en) Bruce Hoffman, Jacob Ware et Ezra Shapiro, « Assessing the Threat of Incel Violence », Studies in Conflict & Terrorism, vol. 43, no 7,‎ , p. 565–587 (ISSN 1057-610X, DOI 10.1080/1057610X.2020.1751459, lire en ligne, consulté le )
  25. (en) « ‘Raw hatred’: why the 'incel' movement targets and terrorises women », sur the Guardian, (consulté le )
  26. (es) Héctor G. Barnés, « De paseo por el infierno sexual: los hombres que se reúnen para insultar a las mujeres », sur www.elconfidencial.com, (consulté le )
  27. (en-US) Elizabeth Ames, « Liberals sick of the alt-left are taking 'the red pill' », sur Fox News, (consulté le )
  28. Marcus Dupont-Besnard, « Elon Musk s’associe à la « pilule rouge », ce mème conspirationniste qui a détourné le message de Matrix », sur Numerama, (consulté le )
  29. « Lilly Wachowski s’en prend à Elon Musk et Ivanka Trump après leur référence à «Matrix» », sur CNEWS, (consulté le )