Philosophie des réseaux

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La philosophie des réseaux est, selon le sociologue Pierre Musso, une doctrine philosophique conçue par Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, développée par la suite par l'école saint-simonienne : Prosper Enfantin, Armand Bazard et Michel Chevalier principalement.

La philosophie des réseaux s'appuie sur la métaphore des réseaux humains appliqués à des réseaux physiques de la société, et sur la notion de capacité d'un lien physique à assurer une liaison entre des individus.

Pierre Musso considère que la philosophie des réseaux correspond à une idéologie qui s'appuie sur l'objet technique constitué par le réseau.

Origine[modifier | modifier le code]

À l'origine de la philosophie des réseaux, on trouve le comte de Saint-Simon[1], dont la doctrine s'appuie sur la notion de réseaux physiques.

Saint-Simon prétendait que Dieu était remplacé par la loi universelle de la gravitation.

Cette idée apparaît dès le début de sa carrière philosophique, dans la lettre d'un habitant de Genève à ses contemporains (1803). On peut considérer que Saint-Simon est ainsi l'héritier, avec deux siècles de retard, de la théorie de l'héliocentrisme, et de la révolution copernicienne qui s'est développée aux XVIIe et au XVIIIe siècles.

Historique : développement des chemins de fer[modifier | modifier le code]

La philosophie des réseaux a inspiré les ingénieurs qui ont construit les réseaux de chemins de fer en France au cours de la Révolution industrielle au XIXe siècle (étoile de Legrand). Après avoir participé à la colonisation de l'Algérie, Barthélemy Prosper Enfantin a été directeur de la Compagnie du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Il a appliqué à cette occasion les principes de la philosophie des réseaux aux chemins de fer.

À cette époque, la métaphore portait sur les réseaux sanguins, le sang étant assimilé à l'argent qui circulait entre les entreprises et les établissements financiers.

Application actuelle aux réseaux de télécommunications[modifier | modifier le code]

Pierre Musso nous apprend que la philosophie des réseaux s'applique maintenant aux réseaux de télécommunications, en prenant cette fois la métaphore du cerveau et du système nerveux central. Dans cette métaphore des réseaux neuronaux, ce qui est important, ce sont les synapses, qui font la liaison entre les neurones, et qui représentent les liens de télécommunications, qui se réorganisent dans la société.

En conséquence, la définition de la politique de déréglementation des télécommunications est confiée aux ingénieurs de télécommunications, les politiques n'ayant pas un grand rôle à jouer.

Cette idée fut également un des chevaux de bataille de Richard Buckminster Fuller.

Question de la relation à autrui[modifier | modifier le code]

Ce type de philosophie pose la question de la relation humaine avec autrui.

Exemples de questions qui se posent :

Sommes-nous en relation avec autrui seulement lorsque nous utilisons des techniques informatiques et de télécommunications ? Ne créons-nous pas un objet, un instrument, derrière lequel, comme l'affirme Pierre Musso, se cache une idéologie ? Ne confondons-nous pas communication, et télécommunications, ensemble de techniques et d'instruments qui devraient être au service de la communication humaine ?
La transmission technique d'un message fournit-elle la garantie que le message est bien perçu par le destinataire : ne confond-on pas transmission et échange (exemple de l'arme des transmissions dans l'armée) ?

Cela comporte certains risques :

  • Celui de couper la relation avec autrui, de remplacer la relation humaine, qui est une relation de sujet à sujet, par une relation de sujet à objet, pour reprendre les termes de Carl Gustav Jung,
  • Celui de privilégier la quantité par rapport à la qualité : la capacité n'étant liée qu'à la quantité de matière transportée dans un réseau de transport, ou la quantité d'octets véhiculée par un réseau de télécommunications.

Les conséquences peuvent alors être graves :

En communication, le linguiste russe Roman Jakobson a conçu un modèle linguistique de communication centré sur le message lui-même, et non sur sa transmission. Ce type de modèle évite les risques d'instrumentalisation des outils techniques de communication.

Voir aussi :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chantal de Gournay, « Télécommunications et philosophie des réseaux – La postérité paradoxale de Saint-Simon (Pierre Musso) », Réseaux, vol. 15, no 82-83,‎ , p. 301-304 (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Sur la philosophie saint-simonienne
Sur la question de la relation avec autrui