Pertuis (écluse)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pertuis.

Le pertuis ou écluse à déversoir est en usage depuis plus de deux mille ans. C'est l'ancêtre de l'écluse moderne[1].

A. Pertuis à planchettes, B. Pertuis à aiguilles, C. Pertuis à tampes. 1. barrage, 2. butée, 3. volée, 4. aiguille, 5. chandeliers (pivot), 6. butoir du radier, 7. planchettes, 8. tampes

Il existe aussi des « pertuis secs »[2] qui sont des barrages ou des barrages « secs »[3] dans lequel a été réservé un canal toujours maintenu ouvert ; permettant le passage de l'eau, mais freinant les crues (c'est-à-dire qui ne servent que respectivement à écrêter des crues ou limiter le risque d'inondation à leur aval).

Attention, « pertuis » désigne aussi :

  • le nom autrefois donné dans la basse Seine à des « rapides formés sur les hauts-fonds »[4]
  • le nom donné à certaines baies relativement fermées (ex : pertuis Breton, Pertuis charentais[5]), propices à la culture des moules ou des huîtres.

Le principe[modifier | modifier le code]

Sur les cours d’eau sont construits des barrages peu élevés ou seuils, pour des besoins d’irrigation, la création de biefs pour alimenter les moulins ou souvent pour maintenir le niveau d’eau sur la partie navigable.

Quand ces cours d'eau servaient au transport de bûches[6] ou de troncs par flottage ou qu'ils étaient navigables, la nécessité pour les bateaux de franchir ces barrages a amené la conception de petites portes appelées pertuis (ancêtre de l'écluse et du bassin à portes marinières). D’une hauteur de 0,50 à 2 mètres, elles permettaient aux bateaux de passer dans la chute créée. Le pertuis est couplé à une partie fixe et arasée à la cote souhaitée du barrage, appelée déversoir.

Dans le sens descendant, le bateau était entraîné par la chute et dirigé par les mariniers. Il pouvait éventuellement être freiné par un cordage fixé en amont dans l'axe de l'ouvrage. Dans le sens montant, le bateau était tiré à contre-courant par un treuil ou attelage de chevaux ou de bœufs, voire d’hommes, ou tout cela à la fois.

Périlleux, ce système provoquait non seulement un gaspillage d’eau et de temps, mais générait des conflits entre mariniers et meuniers.

Formes courantes de pertuis[modifier | modifier le code]

Pertuis à aiguilles[modifier | modifier le code]

Inventé en 1834 par l'ingénieur Charles Poiré[7], c’est une porte constituée d’aiguilles de bois d’une section de 8 cm environ et d’une longueur n’excédant pas 3,5 m (en fonction de la hauteur du pertuis), mises côte à côte, maintenues par un heurtoir sur le radier du fond et par la volée, pièce de bois articulée qui les maintient dans la partie haute. Une fois les aiguilles enlevées, la volée pivote sur le côté, autour du chandelier, pour laisser passer le bateau.

On peut encore voir trois de ces ouvrages en état de marche, sur l'Yonne à Auxerre et aux abords de cette ville ; le barrage du Batardeau à Auxerre, le plus long pertuis à aiguilles du canal du Nivernais, situé dans sa section où le canal emprunte le cours de l'Yonne ; le barrage de Vaux ; et le barrage de Champs-sur-Yonne[7].

Pertuis à planchettes[modifier | modifier le code]

Des planchettes de bois appelées aussi apparêts ou bouchures, de 30 à 40 cm de large sur 20 à 30 de haut, munies d’un long manche, sont glissées entre les aiguilles (ou pointeaux) rainurées pour les recevoir.

Ce type de pertuis se voit encore sur le Loir où l'un d'eux a été restauré récemment à Bazouges.

Pertuis à tampes[modifier | modifier le code]

Les tampes sont des madriers de section carrée d'environ 20 cm de côté, et longs de 4 à 6 m, empilés horizontalement les uns sur les autres afin de former une bouchure. Les tampes sont maintenues dans des rainures verticales, les coulisses, ménagées dans les parois latérales, ou bajoyers, de l'ouvrage. C’est la porte la plus simple à réaliser et à manœuvrer ; elle préfigure les systèmes de porte à relevage des écluses.

Ce système est encore très couramment employé, non pour faire passer des bateaux, mais pour isoler une écluse ou un bief afin de l'assécher pour y effectuer des travaux.

Pertuis à lame pliante et pivotante[modifier | modifier le code]

Une grande vanne est suspendue à une grande "volée" très en hauteur, qui pivote vers l'amont une fois que la lame est levée au-dessus de la surface de l'eau. De tels pertuis ont équipé la Vilaine au XVIe siècle, et se voient encore sur le Grand Morin de nos jours.

Pertuis à lame levante[modifier | modifier le code]

Le principe est simple et est une amélioration du système à tampes : une grande lame est élevée suffisamment haut pour laisser passer les bateaux en dessous. Ce système a équipé le Canal d'Entreroches en Suisse, ainsi que la Haine en Belgique.

Pertuis à porte secteur[modifier | modifier le code]

Ce système, qui fait penser à un quart de brie qui pivoterait sur un axe vertical constitué par sa pointe, la face arrondie se présentant face à l'amont, a été expérimenté sur les petits canaux de dérivation de la haute Seine, entre Troyes et Nogent/Seine, au XVIIIe siècle. Montré dans la Grande Encyclopédie, il est l'ancêtre direct des portes secteurs qui équipent certaines écluses ou certains grands barrages actuels.

Synonymes[modifier | modifier le code]

Le mot pertuis dans son sens marinier a de nombreux synonymes. Citons : navière, payssière, portereau, portineau, pas, passelis, voye, porte marinière, porte à bateaux, écluse simple...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dehousse, N. M. ; Rigo, Ph. (1987). Réglages des niveaux par barrage mobile pour des ouvrages à faibles chutes (3 à 5m). Bulletin de l’Association Internationale Permanente des Congrès de Navigation (AIPCN) (PDF, 10 pages). Consulté le 07 décembre 2016.
  2. Poulard, C. ; Royet, P. ; Ratomski, J. ; Lenar-Matyras, A. Enseignements de retours d'expériences de barrages à pertuis ouverts, de 1905 à nos jours, Ingénieries, n° spécial (p 33 à 54). Consulté le 07 décembre 2016.
  3. Poulard, C.W. ; Witkowska, C. ; Witkowska, H. (2005) Simulation de l'effet de barrages secs sur la régulation des crues d'un bassin versant, projet EcoNet, rapport final 2004-2005, 64 p. Consulté le 07 décembre 2016.
  4. Musset, R. (1938) La canalisation des rivières en France. Dans Annales de géographie, septembre 1938, pp. 500-504. Armand Colin. Consulté le 07 décembre 2016.
  5. De Montaudouin, Xavier ; Sauriau, Pierre-Guy (2000). Contribution to a synopsis of marine species richness in the Pertuis Charentais Sea with new insights in soft-bottom macrofauna of the Marennes-Oléron Bay. Dans Cahiers de Biologie Marine (CBM), 41(2), 181-222. Consulté le 07 décembre 2016.
  6. Arviset, M.-L. (1924). Une industrie qui disparaît : le flottage à bûches perdues dans le Morvan. Dans Annales de Géographie, novembre 1924, pp. 579-582. Armand Colin. Consulté le 07 décembre 2016.
  7. a et b Barrages à fermettes mobiles et aiguilles de l'Yonne sur nivernais.org, site Les Amis du Canal du Nivernais.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]