Neuf Sœurs

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« De leurs travaux naîtra leur gloire. »
Revers d'un jeton de la loge des Neuf Sœurs à l'effigie de Benjamin Franklin (1783).

La loge des Neuf Sœurs est une loge maçonnique française qui eut une influence particulière dans l'organisation du soutien français à la Révolution américaine.

Généralités[modifier | modifier le code]

La loge fut fondée en 1776 par Jérôme de Lalande, avec le soutien d'Anne-Catherine de Ligniville Helvétius. Une « Société des neuf sœurs » fut active au sein de l'Académie royale des sciences de Paris dès 1769, en tant que société charitable « inspirée par les Muses ». Les neuf sœurs sont les filles de Mnémosyne, ou la mémoire. Le rôle traditionnel des Muses en tant que patronnes des arts et des sciences remonte à l'Antiquité ; leur influence fut toujours importante dans les cercles culturels français.

Pendant la Révolution française, l'Académie royale des sciences fut réorganisée et « épurée » de l'influence de la noblesse. Deux membres de la loge, Antoine Laurent de Jussieu et Gilbert Romme, en collaboration avec Henri Grégoire, participèrent à l'organisation d'une Société libre des Sciences, Belles lettres et Arts pour financer ce qui était devenu l'Institut de France et préserver l'influence des Neuf Sœurs[1].

Au début de la Révolution, les Neuf Sœurs devinrent Société nationale et subsista jusqu'en 1792. Elle se reconstitua en 1805 et poursuivit ses travaux jusqu'en 1848, avec une interruption entre 1829 et 1836, mais ne parvint jamais à retrouver l'éclat de sa première décennie.

Les « Vénérables » successifs de la première décennie furent : Benjamin Franklin (1779-1781), Adrien-Nicolas La Salle (1781-1783), Nicolas-Christiern de Thy de Milly (1783-1784), Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty (1784), Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont (1784-1785), Emmanuel de Pastoret (1788-1789)[2].

Les Américains[modifier | modifier le code]

En 1778, l'année où Voltaire devint membre honoraire des Neuf Sœurs, Benjamin Franklin et John Paul Jones y furent également admis. Benjamin Franklin fut élu vénérable maître de la loge en 1779, puis réélu en 1780. Quand, après un long travail d'influence en Europe, il revint en Amérique pour participer à la rédaction de la Constitution, sa place d'émissaire des États-Unis fut prise par Thomas Jefferson, l'auteur de la déclaration d'indépendance des États-Unis, en compagnie de son ami John Adams.

Jean-Antoine Houdon, membre des Neuf Sœurs, ajouta le buste de Jefferson à la longue liste de ses sculptures, qui comprenait déjà celle de Franklin et du marquis de La Fayette. Jefferson persuada Houdon de réaliser la statue de George Washington, pour laquelle il fit le voyage en Amérique en 1785.

Pendant que Jefferson résidait à Paris, à la Maison des Feuillants, son voisin était Jean-François Marmontel, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, lui aussi membre de la loge. À cette même époque, John Adams, l'ami de Jefferson était le voisin, à Auteuil, de la veuve d'Helvétius, qui tenait le salon appelé le « cercle d'Auteuil ». La correspondance de Thomas Jefferson avec Jean-Nicolas Démeunier, autre membre de la loge, est particulièrement intéressante dans l'étude de la propagation en Europe des idées favorables à la Révolution américaine.

Le cercle d'Auteuil[modifier | modifier le code]

Le cercle d'Auteuil était le nom du salon tenu par Mme Helvétius, Anne Catherine de Ligniville d'Autricourt (1719-1800), dans lequel débattirent la plupart des plus célèbres penseurs des Lumières. Outre ses invités américains, elle y reçut d'Alembert, Diderot, d'Holbach, Chamfort, Mirabeau, Condillac, Volney, Garat, Condorcet, Turgot, et Cabanis, qu'elle considéra comme son fils et qui resta à Auteuil après son décès, en 1800, pour maintenir vivant l'esprit du cercle.

Les membres du cercle n'étaient cependant pas tous membres des Neuf Sœurs. En particulier, il n'a jamais été démontré que Condorcet ait été membre de la loge.

Les idéologues[modifier | modifier le code]

Les Neuf Sœurs et le cercle d'Auteuil perdirent beaucoup de leurs membres sous la Terreur. Parmi ceux qui survécurent, Destutt de Tracy fut libéré presque sur les marches de la guillotine.

Dominique Joseph Garat, Volney, Pierre-Jean-Georges Cabanis, Pierre-Louis Ginguené et Destutt de Tracy animèrent le cours de sciences politiques et morales à l'Institut.

Pierre-Louis Ginguené publia son journal La Décade philosophique. Destutt de Tracy forgea le mot « idéologie » pour désigner leur philosophie.

Napoléon Bonaparte, qui n'appréciait pas l'indépendance intellectuelle des idéologues, fit fermer en 1803 le cours de sciences morales et politiques. « C'est une guerre ouverte déclarée à notre science bien-aimée », écrivit Cabanis à Maine de Biran. Napoléon reconnut plus tard la main du cercle d'Auteuil dans l'opposition de Maine de Biran à sa politique en 1813[3].

Membres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1779 : Nicolas Bricaire de La Dixmerie, Mémoire pour la loge des Neuf Sœurs à l'occasion de la démolition du temple des Neuf-Sœurs : XVIIIe siècle lieu=Paris, Editions,‎ 1779. Notice Bnf n° FRBNF31871922
  • 1829 : Jean Claude Besuchet de Saunois, Précis historique de l'ordre de la franc-maçonnerie, depuis son introduction en France jusqu'en 1829, suivi d'une biographie des membres de l'ordre et d'un choix de discours et de poésies : XIXe siècle lieu=Paris, Publié par Rapilly,‎ 1829. Notice Bnf n° FRBNF30100343
  • 1914 : De La Valette-Mombrun, Maine de Biran (1766-1824), Paris, 1914
  • 1906 : J.A.C. Sykes France in 1802 William Heinemann, London, 1906
  • 1955 : Roger C. Hahn, « Quelques nouveaux documents sur Jean Silvain Bailly » in Revue d'histoire des sciences, VIII, pp.338-353, Paris, 1955
  • 1971 : Roger C. Hahn, The anatomy of a scientific institution: 1666-1803, the Paris Academy of Sciences, Berkeley : University of California Press, 1971
  • 1976 : Howard C. Rice, Jr., Thomas Jefferson's Paris, Princeton : Princeton University Press, 1976
  • 1987 : Daniel Ligou, ed. Dictionnaire de la franc-maçonnerie".- Paris : Presses universitaires de France, 1987
  • 1989 : Louis Amiable, Une loge maçonnique d'avant 1789, la loge des Neuf Sœurs, étude critique - Charles Porset, Les Éditions Maçonnique de France, Paris 1989

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hahn, 1971.
  2. Ligou, 1987.
  3. La Valette Mombrun, 1914.
  4. P. David, « Hommage à l'Abbé Grégoroire », Indomptable, révolutionnaire et humaniste, sur www.temoignages.re, Témoignages,‎ (consulté le 14 août 2011)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]