Joseph Ignace Guillotin

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Joseph-Ignace Guillotin
Description de cette image, également commentée ci-après

Joseph Ignace Guillotin de Jean-Michel Moreau, Musée Carnavalet,

Naissance
France monarchie Saintes
Décès
Drapeau de la France Paris
Nationalité Française
Profession

Médecin

Homme politique

Promoteur de la guillotine

Joseph Ignace Guillotin (né le à Saintes et mort le à Paris) est un médecin et homme politique français. Il est connu pour avoir fait adopter, sous la Révolution française, la guillotine comme mode unique d’exécution capitale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joseph Ignace Guillotin est le neuvième des treize enfants de Joseph-Alexandre Guillotin, avocat girondin et de Catherine-Agathe Martin. Une légende familiale veut qu'il soit né près d'une place à Saintes où avaient lieu les exécutions : l'émotion provoquée par les cris d'un condamné fit Madame Guillotin se sentir prise des douleurs de l'enfantement et elle le mit au monde[1].

Il fait des études théologiques pendant sept ans dans le collège des jésuites de Bordeaux et y obtient son baccalauréat. Jésuite, il est d'abord professeur du Collège des Irlandais à Bordeaux. En 1763, il choisit les études de médecine d'abord à Reims (où les études sont moins onéreuses) puis en 1768 à Paris, pendant trois ans grâce aux bourses d'étude. Il devient pupille à la Faculté de Médecine de Paris, obtient un doctorat de régent en 1770 et enseigne l'anatomie, la physiologie et la pathologie dans cette même Faculté (de 1778 à 1783). En même temps, il exerce en cabinet[2] et effectue des expériences scientifiques sur le vinaigre ou les caractéristiques de la rage. Le 14 juillet 1787, il se marie avec Elise Saugrain[3].

L'homme politique[modifier | modifier le code]

Bien avant la Révolution française, Guillotin est célèbre pour avoir publié plusieurs ouvrages politiques et avoir proposé un certain nombre de réformes. Dans son livre Pétition des six corps (ou Pétition des citoyens domiciliés à Paris) rédigé le , il réclame le vote par tête (et non par ordre aux États généraux) et que le nombre des députés du Tiers état soit au moins égal à celui des députés des deux autres ordres. Cette proposition lui vaut au départ la réprobation du roi (plusieurs personnes avaient déjà adressé ce genre d'écrit au souverain, mais dans une correspondance personnelle et non en appelant à lui publiquement par voie de requêtes) et il passe en jugement. Le Parlement de Paris la condamne le pour la forme et non pour le fond, comme le fait remarquer le conseiller Lefebvre : « Ce jugement concerne la forme de votre écrit et son mode de diffusion. Quant au fond, le Parlement, dont je suis ici l'interprète, n'y trouve rien à redire ». La pétition est alors interdite de diffusion. Le , sur la demande de Necker, elle est acceptée par le Conseil d'État du roi.

Il fut médecin du comte de Provence. Initié en 1772 à la loge la Parfaite Union d’Angoulême, il devint en 1776 Vénérable de la loge la Concorde fraternelle à l’Orient de Paris et en 1778 membre affilié à celle des Neuf sœurs (côtoyant les peintres Jean-Baptiste Greuze ou Claude Joseph Vernet, Voltaire, le duc d’Orléans ou le duc de Chartres)[4]. Il fréquenta tout au long de sa vie ces ateliers empreints de rationalité et de liberté et joua un rôle prépondérant dans la formation du Grand Orient de France.

Élu député du Tiers-État de la ville et des faubourgs de Paris aux États Généraux de 1789, c'est lui qui proposa la réunion dans la salle du Jeu de paume, lorsque les députés trouvèrent leur salle fermée le 20 juin. C'est également lui fut chargé d'aménager la salle des séances. il fut chargé d'organiser les séances parlementaire souvent chahutées. S'inspirant des théâtres anatomiques, il imagina en 1832 de réunir les élus du peuple dans une salle en demi-cercle, afin que tous puissent se voir et s'entendre, donnant naissance à l'hémicycle du Palais Bourbon, ce qui lui valut des attaques malveillantes de la presse parlementaire déçue par la mise en discipline des séances[5].

Guillotin et la "guillotine"[modifier | modifier le code]

Avec l'appui de Mirabeau, député et secrétaire de l’Assemblée nationale constituante, Guillotin propose le un projet de réforme du droit pénal dont le 1er article dispose que « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l'état du coupable. » Il demanda dans la séance du 1er décembre 1789 que « la décapitation fût le seul supplice adopté et qu'on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau. » L’utilisation d’un appareil mécanique pour l’exécution de la peine capitale lui paraît une garantie d’égalité, qui devait selon lui ouvrir la porte à un futur où la peine capitale serait finalement abolie. En effet, jusqu’alors, l'exécution de la peine capitale différait selon le forfait et le rang social du condamné : les nobles étaient décapités au sabre, les roturiers à la hache, les régicides et criminels d'État écartelés, les hérétiques brûlés, les voleurs roués ou pendus, les faux-monnayeurs bouillis vifs dans un chaudron. La proposition de Guillotin vise également à supprimer les souffrances inutiles. Son idée est adoptée en 1791 par la loi du 6 octobre et, malgré ses protestations, on attribue son nom à cette machine, qui existait pourtant depuis le XVIe siècle. Après plusieurs essais sur des moutons puis trois cadavres à l'Hospice de Bicêtre le 15 avril 1792, la première personne guillotinée en France fut un voleur, du nom de Nicolas Jacques Pelletier, le 25 avril 1792.

L’appareil est mis au point en 1792 par son confrère Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie (d’où son premier nom de Louison), et se voit rapidement affublé du nom de guillotine, contre la volonté du docteur Guillotin qui en manifesta le regret jusqu'à sa mort en 1814, appelant sa fameuse machine « la tache involontaire de [sa] vie »[4].

Guillotin espérait instaurer une exécution plus humaine et moins douloureuse. Mais, pendant la Terreur, celle qui est désormais affublée de nombreux surnoms (comme le rasoir national, le moulin à silence, la veuve, puis la cravate à Capet après son emploi sur Louis XVI), a largement contribué à multiplier les exécutions capitales.

Emprisonné durant la Terreur, Guillotin est remis en liberté après la mort de Robespierre. Il passa le restant de ses jours loin de la vie politique et ne se consacra plus qu'à la médecine, s’activant à propager la pratique de la vaccination contre la variole et, sous le Consulat, il est chargé d’installer le premier programme cohérent de santé publique en France à l’échelle de la nation. Il est nommé médecin chef de l'hôpital Saint-Vaast d'Arras. Guillotin est également le fondateur de la Société des premiers médecins de Paris, ancêtre de l'actuelle Académie nationale de médecine.

Par pure coïncidence, un médecin lyonnais, J.M.V. Guillotin (pas de relation) fut exécuté par la guillotine. ce qui contribua à une fausse rumeur comme quoi Guillotin aurait lui-même été exécuté par "sa" machine. Joseph Ignace Guillotin est en réalité mort de causes naturelles.

« Il y a des hommes malheureux. Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte ; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention. »

— Victor Hugo[6]

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Articles sur les lois criminelles, dont l'Assemblée nationale a ordonné l'impression le premier décembre 1789, pour être discutés dans la séance du 2., Paris : Impr. nationale, (s. d.), In-8° , 3 p.
  • Pétition des citoyens domiciliés à Paris, du 8 décembre 1788 ([Reprod.]), chez Clousier, imprimeur du Roi, & des Six-corps (Paris), 1788, 1 microfiche ; 105*148 mm, disponible sur Gallica.
  • Projet de décret sur l'enseignement et l'exercice de l'art de guérir, présenté au nom du Comité de salubrité par M. Guillotin, Paris : Impr. nationale, 1791, In-8° , 39 p.
  • Présentation du rapport du Comité central de vaccine au Premier consul, par le citoyen Guillotin, Paris, impr. de Plassan, (s. d.), In-8° , 3 p.


En collaboration
  • avec Docteur Salle: Le Grand spécifique, ou L'ordonnance de MM. Guillotin et Salle, docteurs en médecine, sur la maladie et le traitement de très-haut et très-puissant seigneur, monseigneur, le haut clergé de l'église gallicane ([Reprod.]) [s.n.], 179., 1 microfiche ; 105*148 mm, disponible sur Gallica.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Pigaillem, Le docteur Guillotin. Bienfaiteur de l'humanité, Pygmalion,‎ 2004, p. 11
  2. Il se partage avec son confrère Jean-Paul Marat la clientèle des maisons des frères du roi, le comte de Provence, futur Louis XVIII et le comte d'Artois.
  3. Malheureux Guillotin, philanthrope incompris ! Entretien avec Jacques Battin, auteur de Médecins et malades célèbres, Édit. Glyphe, 2009.
  4. a et b Guillotin, frère du peuple, L'Express, 3 février 2009.
  5. Bruno Fuligni, Si le palais-Bourbon m'était conté. 150 ans de vie parlementaire vus pas les députés, Moment,‎ 2011, p. 61
  6. Littérature et philosophie mêlées,‎ (lire sur Wikisource), « Journal des idées et des opinions d’un révolutionnaire de 1830 ».

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Pigaillem, Le Docteur Guillotin, bienfaiteur de l'humanité, Pygmalion, 2004, 247 p.
  • Edmond-Jean Guérin,« Le docteur Joseph-Ignace Guillotin », in: Bulletin de la Société des Archives Historiques de Saintonge et d'Aunis, tome 28, 1908, disponible sur Gallica.
  • Alphonse Cordier, Le docteur Guillotin : épisode du régime de la Terreur, Bibliothèque populaire (Paris), 1869, 1 vol. (188 p.) ; 18 cm, disponible sur Gallica.
  • « Le Docteur Guillotin », in: Le progrès médical, [supplément illustré], 1938, n°3, p. 17-24 , Texte intégral
  • André Soubiran, Jean Théodoridès, « Guillotin et la rage: un mémoire inédit. », in: Histoire des sciences médiales, 1982, 16 (4), pp. 227-238, Texte intégral.

Liens externes[modifier | modifier le code]