Louis-François Jauffret

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Louis-François Jauffret (portrait conservé à l'Académie de Marseille)

Louis-François Jauffret, pédagogue, poète et fabuliste, est né à La Roquebrussanne (Var) le 4 octobre 1770 et mort à Marseille le 11 décembre 1840. Frère de Gaspard-André Jauffret, évêque de Metz, de Jean-Baptiste Jauffret, directeur de l'institution impériale des sourds-muets de Saint-Pétersbourg et de Joseph Jauffret, maître des requêtes au conseil d'état.

Avocat et journaliste[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de notables de Provence (La Roquebrussanne), Louis-François Jauffret commence ses études chez un précepteur, puis chez les Jésuites d'Aix-en-Provence puis à partir de 1783 chez les Oratoriens de Marseille et enfin à Paris au collège Sainte-Barbe en 1785. Très précoce, muni d'une mémoire prodigieuse, il éveille tôt l'attention de ses professeurs. Il reçoit son brevet de bachelier le 31 juillet 1788. Pendant ses études, Louis-François est surveillé par son frère l'abbé Gaspard-André Jauffret (futur évêque de Metz), alors prêtre à Saint-Sulpice (Paris).

Déjà à cette époque Louis-François Jauffret publie des vers dans des recueils et souhaite se consacrer tout entier à la poésie. Son frère l'abbé Jauffret, soucieux d'éclairer son choix et de lui préparer un avenir solide, lui écrit une longue très lettre intitulée sur la profession d'avocat dans laquelle il l'engage à faire son droit et à renoncer à une orientation purement littéraire. Docile à ces conseils, Louis-François Jauffret fait son droit à Paris, obtient un diplôme d'avocat et parvient à acheter une charge au Parlement de Paris (grâce au soutien de son oncle Jacques Gassier, magistrat au Parlement d'Aix-en-Provence).

Reçu avocat au Parlement de Paris en juillet 1789, l'abolition des parlements par les députés de la Constituante en octobre 1790 le contraint à modifier ses projets et, comme beaucoup d'hommes de loi, il se tourne vers le journalisme et devient l'un des principaux rédacteurs, avec Jean-Jacques Lenoir-Laroche (1749-1822) du journal de tendance royaliste lancé par Charles Frédéric Perlet (1759-1828), l'Assemblée nationale. En 1791, il entre au comité de rédaction de la Gazette des Tribunaux, où il retrouve Jean Joseph Dussault et fait la connaissance de Mathieu-Antoine Bouchard.

Il échappe à la journée du 10 août 1792 grâce à de puissants amis. À cette époque, il publie chez Perlet une Histoire Impartiale du Procès de Louis XVI qui connaît un succès public. Devenu suspect pendant la terreur, il se réfugie à Orléans avec ses frères puis dans son village natal de La Roquebrussanne en Provence, où la réputation dont jouit sa famille le met hors de danger. Là, il épouse sa cousine germaine Dorothée de Ferry-Lacombe.

Après la chute de Robespierre, il regagne Paris avec son épouse et s'installe à Paris rue de Vaugirard et reprend contact avec l'abbé Sicard. Il réintègre en particulier la Société des Neuf Sœurs, au titre de laquelle il prononce en décembre 1793, devant les membres de la Société Fraternelle de la section des sans-culottes, le discours sur les plus traits de bravoures de soldats de la république, qui est accueilli avec enthousiasme par le public.

L’ami des enfants[modifier | modifier le code]

En 1790, Louis-François Jauffret s'inscrit au lycée des Arts (devenu l'Athénée des Arts), dont il est un membre actif. Il s'y fait distinguer par des lectures fréquentes de morceaux scientifiques et littéraires. En particulier, le fabuliste Florian (Jean-Pierre Claris de Florian), retiré à Sceaux, le remarque et l'encourage. Une amitié étroite s'établit entre eux. C'est à Louis-François Jauffret que Jean-Pierre Claris de Florian, victime de la Terreur, a confié avant de mourir ses manuscrits de fables. Il s'emploie à les publier sous le Directoire.

  • Œuvres posthumes de Florian, 1803

En 1791, âgé de vingt-et-un ans, il publie Les Charmes de l'Enfance et les Plaisirs de l'Amour Maternel qui connaît un vif succès (5 rééditions entre 1791 et 1796). Cet ouvrage poétique, destiné aux mères de famille pour l'éducation de leurs enfants, bénéficie de la forte demande du public pour ce genre d'ouvrage à cette époque.

  • Les charmes de l'enfance et les plaisirs de l'amour maternel, 1791 (Paris, Eymery)

Le succès de son premier recueil et la protection de lui accordent l'abbé Roch-Ambroise Cucurron Sicard (un ami intime de son frère l'abbé Gaspard-André Jauffret) lui ouvrent les portes de nombreuses associations littéraires et savantes de Paris. À cette époque, il rencontre et se lie d'amitié avec de nombreuses personnalités du monde des arts et des sciences. Grâce à Sicard, il intègre en particulier la société nationale des neuf sœurs, dont il devient secrétaire perpétuel en 1792. En 1795, il publie des romances historiques, mises en musique par Étienne-Nicolas Méhul, qui seront un succès public. Il publie également des comédies que Méhul mettra en musique : Brigands d'Irlande, Le modéré, et Le bureau de l'hymen.

  • Romances historiques, 1795

En 1796, il signe un contrat avec l'imprimeur Leclère (ce qui le classe de fait du côté des auteurs « catholiques ») pour éditer des journaux destinés aux enfants et adolescents. À partir de cette date, il s'impose comme le « successeur de Berquin » (Arnaud Berquin) et « l'ami des enfants » et bénéficie d'une vraie reconnaissance du public.

  • Le Courrier des enfants, 1796-1799 (Paris, Leclère)
  • Petit théâtre de famille, 1797 (Paris)
  • Voyages de Rolando et de ses compagnons de fortune autour du monde, 1799 (Paris, Leclère)
  • Le Courrier des adolescents, 1800-1801 (Paris, Leclère)

En 1798, le ministère de l'Intérieur lui commande deux ouvrages élémentaires destinés aux élèves des écoles centrales :

  • Dictionnaire étymologique de la langue française à destination de la jeunesse
  • L'art épistolaire, Paroles mémorables des grands hommes de l'antiquité et des temps modernes (écrit avec son frère Gaspard-André Jauffret

L’ami des savants[modifier | modifier le code]

En 1790, Jauffret défend le projet d'établir en France une manufacture de végétaux artificiels, d'après les procédés de Thomas Joseph Wenzel, fleuriste de la reine. Jauffret présente ce projet à l'Assemblée nationale en octobre 1790 puis à l'Académie des sciences. La manufacture nationale est envisagée comme avantageuse aux sciences, aux arts, à la médecine, à l'agriculture, aux peintres, aux dessinateurs, aux brodeurs ; et aussi comme objet d'utilité publique, avec l'emploi de 4 000 ouvriers. En 1791, la manufacture était sur le point d'être décrétée : Wenzel avait fait construire et aménager le cabinet végétal dans le faubourg Poissonnière, et Jauffret devait en être l'intendant.

  • Projet d'établir en France une manufacture de végétaux artificiels qui doit occuper utilement dans l'enceinte de Paris environ 4 000 femmes d'après les nouveaux procédés de T.J. Wenzel, 1796

Déjà dans ses Idylles, il laisse entrevoir le fil conducteur qui guidera sa démarche scientifique : l'étude de l'homme. Pédagogue, ami des enfants, Louis-François Jauffret trouve sa place comme vulgarisateur des sciences à destination de la jeunesse. Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre et l'abbé Grégoire (Henri Grégoire) l'encouragent dans cette voie. Dès lors, avec l'appui de son frère l'abbé Gaspard-André Jauffret et celui de l'abbé Roch-Ambroise Cucurron Sicard, il rencontre de nombreuses personnalités scientifiques, heureuses de trouver en lui un moyen supplémentaire de faire rayonner leurs travaux, en les rendant accessibles aux plus jeunes. C'est ainsi qu'il se lie dès 1792 avec les naturalistes Antoine-Laurent de Jussieu (qui le consulte pour l'éducation de ses propres enfants) et Bernard Germain de Lacépède.

À son retour à Paris en 1793, il devient membre de la Société libre des sciences, arts et lettres, de la Société libre d'institution, et assiste à nombre de séances publiques organisées par les sociétés savantes de Paris. Il se lie alors au naturaliste Georges Cuvier et au médecin Jean-Noël Hallé et poursuit son travail de vulgarisateur de la science :

  • Voyage au jardin des plantes en 1798 (sur les conseils de Jussieu)
  • Les Merveilles du corps humain en 1799 (à partir de dessins anatomiques fournis par Cuvier)
  • Jeux zoologiques et géographiques, 1799 (Paris, Leclère)
  • Éléments de zoographie, ou l'histoire des animaux considérés relativement au degré d'étendue des régions que chaque espèce occupe sur la surface du globe, 1804 (Paris, Demoraine)

La société des observateurs de l'homme

Vers 1799, Louis-François Jauffret, alors âgé d'un peu moins de trente ans, présente à des savants reconnus ses méditations sur l'homme et leur soumet le projet de créer une société dédiée à l'anthropologie. L'idée est accueillie et la société créée en janvier 1800. Louis-François Jauffret quitte alors son domicile de la rue de Vaugirard pour s'installer avec sa femme et ses deux enfants dans l'hôtel de La Rochefoulcauld, située au 14-18, rue de Seine à Paris. C'est là que se déroulent les premières réunions de la jeune société des observateurs de l'homme, dont Jauffret est nommé secrétaire perpétuel et Joseph de Maimieux (1753-1820) président.

Première société d'anthropologie, la société des observateurs de l'homme mérite à elle seule un article. Elle réunira les plus grands savants de l'époque.

De 1800 à 1804, date de sa dissolution, les principales activités de la société dans lesquelles Jauffret a pris une part active sont les suivantes :

  • Mai 1800 : préparation théorique de l'expédition maritime du capitaine Baudin (expédition Baudin) en terres australes (en liaison avec la Société d'Afrique Intérieure, dont Jauffret est également membre). Lors de la fête pour le départ de l'expédition, Louis-François Jauffret a porté un toast : « Au progrès de l'anthropologie. Puisse la Société des Observateurs de l'Homme s'honorer un jour des recherches utiles de ses illustres correspondants ! »
  • Octobre 1801 lecture du mémoire de Jean Itard sur Victor de l'Aveyron, l'enfant sauvage
  • Décembre 1801 : ouverture des cours de Louis-François Jauffret sur l'histoire naturelle de l'homme

Instructeur de la jeunesse[modifier | modifier le code]

Après avoir écrit bien des livres pour instruire la jeunesse, Louis-François Jauffret conçoit l'idée d'organiser des promenades pédagogiques pour découvrir et comprendre le spectacle qu'offre la nature.

L'ouverture de ces excursions a lieu à Saint-Cloud, le 26 mai 1801. Il y parle d'histoire naturelle, expose les grandes divisions de cette science et développe les relations qui existent entre les sens de l'homme et les objets qui l'environnent, sous les rapports de la nécessité, de l'utilité et de l'agrément.

La deuxième promenade est dirigée à Meudon, où sa femme a été enterrée quelques mois auparavant, âgée de trente ans seulement. On y retrouve en particulier Madame Campan, Laurent de Jussieu, et M. de Montmorency. Ces promenades furent un succès et Jauffret en organisa beaucoup, à Ivry, à Bellevue, à Auteuil ou encore à Versailles.

À la formation des écoles centrales, Jauffret professe quelque temps l'histoire de l'homme à l'école de Versailles et au Prytanée. Pendant l'hiver, il ouvre deux fois par semaine des cours de l'histoire naturelle de l'homme et des animaux, à la salle des observateurs et au Louvre à la salle des ducs et pairs.

En 1806, il entreprend un voyage en France, mais des difficultés financières importantes l'obligent à chercher un emploi. Il rejoint alors l'université, comme principal au collège de Montbrison (de 1808 à 1812), puis de Saint-Étienne (de 1813 à 1815). Il sera nommé officier de l'université en 1815.

C'est à cette époque qu'il écrit ses fables nouvelles, dédicacées à la duchesse d'Angoulême, à laquelle il les présentera en 1815, et qui connurent un grand succès. Il entreprend également des recherches sur les fabulistes, qu'il publiera quelques années plus tard.

  • Fables nouvelles dédiées à SAR la duchesse d'Angoulême, 1814 (Paris, Maradan)
  • Lettres sur les fabulistes anciens et modernes, 1826 (Paris, Pichon-Béchet)]

Retraite provençale : secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille[modifier | modifier le code]

Jauffret ne s'est jamais remis de la mort de sa femme en 1801. En 1815, des affaires personnelles le rappellent en Provence. Il s'installe à Marseille et reprend la propriété de ses beaux-parents Ferry-Lacombe, La Combe, près de Trets.

Il lance quelques journaux (l'éclaireur marseillais, puis le journal de Marseille et le mémorial marseillais).

En 1817, il est reçu membre résidant de l'Académie de Marseille, dont il devient secrétaire perpétuel en 1818 et conservateur de la bibliothèque de Marseille.

Bibliographe averti, Jauffret développe les collections de la bibliothèque, grâce à son amitié pour les autorités locales. Il fera don à la bibliothèque de ses collections personnelles.

Il meurt en 1840 à Marseille. Son éloge mortuaire est prononcé par Joseph Méry.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Journalisme
Fables
  • Les charmes de l'enfance et les plaisirs de l'amour maternel, 1791 (Paris, Eymery)
  • Romances historiques, 1795
  • Œuvres de Berquin, 1802
  • Œuvres posthumes de Florian, 1803
  • Le taureau, 1804 (Paris, Demoraine)
  • Fables nouvelles dédiées à SAR la duchesse d'Angoulême, 1814 (Paris, Maradan)
  • Lettres sur les fabulistes anciens et modernes, 1826 (Paris, Pichon-Béchet)
  • Trois fables sur la girafe, avec une lithographie représentant une girafe, une notice sur cet animal et une traduction en latin de la première fable de M. Adolphe Jauffret, 1827, (Marseille et Paris, Pichon-Béchet)
Ouvrages à destination de la jeunesse
  • Le courrier des enfants, 1796-1799 (Paris, Leclère)
  • Petit théâtre de famille, 1797 (Paris)
  • Les merveilles du corps humain ou éléments d'anatomie à la portée de l'enfance, 1799 (Paris, Leclère)
  • Dictionnaire étymologique de la langue française à l'usage de la jeunesse, 1799, Paris
  • Voyage au jardin des plantes, contenant la description des galeries d'histoire naturelle, des serres où sont renfermés les arbrisseaux étrangers, 1798 (Paris, Guillaume)
  • Voyages de Rolando et de ses compagnons de fortune autour du monde, 1799 (Paris, Leclère)
  • Le courrier des adolescents, 1800-1801 (Paris, Leclère)
  • La gymnastique de la jeunesse, 1803
  • Promenades de Jauffret à la campagne faites dans le dessein de donner aux jeunes gens une idée du bonheur qui peut résulter pour l'homme de l'étude de lui-même et de la contemplation de la nature, 1803 (Paris, Demoraine)
  • La journée ou l'emploi du temps, ouvrage contenant les premiers éléments de connaissances utiles aux enfants qui commencent à lire
  • Les six jours ou leçons d'un père à son fils sur l'origine du monde, d'après la Bible, contenant des notions simples sur l'histoire naturelle des minéraux, des végétaux, des animaux et de l'homme, 1805 (Paris, Galland)
  • La corbeille de fleurs et le panier de fruits, ou la récolte de chaque mois offerte aux demoiselles, 1806-1807 (Paris, Perlet)
  • Le Panier de fruits
  • Éducation pratique d'Adolphe et Gustave, ou recueil des leçons donné par L. Jauffret à ses enfants, 1806 (Lyon, Ballanche)
  • Géographie dramatique de la jeunesse, ou nouvelle méthode amusante pour apprendre la géographie, mises en dialogues et scènes propres à être représentées dans les pensionnats et dans les familles, 1806
  • Le Molière de la jeunesse ou comédies choisies de Molière, 1807 (Paris, Nyon)
  • Petite école des arts et métiers, 1816 (Paris, Eymery)
Autres ouvrages
  • Projet d'établir en France une manufacture de végétaux artificiels qui doit occuper utilement dans l'enceinte de Paris environ 4000 femmes d'après les nouveaux procédés de T.J. Wenzel, 1796
  • Jeux zoologiques et géographiques, 1799 (Paris, Leclère)
  • Éléments de zoographie, ou l'histoire des animaux considérés relativement au degré d'étendue des régions que chaque espèce occupe sur la surface du globe, 1804 (Paris, Demoraine)
  • Pièces historiques sur la peste de Marseille et d'une partie de la Provence en 1720,1721 et 1722.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]