Jean-Antoine Roucher

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Jean-Antoine Roucher
Jean-Antoine Roucher a prisons (Saint Lazare).gif
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Naissance
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Activités

Jean-Antoine Roucher, né le à Montpellier et guillotiné le à Paris, est un poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille d’artisans bourgeois de Montpellier, amateurs de belles-lettres, Roucher est initié très tôt par son père aux auteurs classiques grecs et latins[1].

Pendant ses études au petit séminaire (collège diocésain) de sa ville natale, il se distingue comme un élève brillant et les jésuites lui suggèrent d'embrasser l'état ecclésiastique. Mais il préfère rejoindre Paris et retrouve à Versailles son oncle, l'abbé Gros de Besplas, aumônier de Monsieur, frère du Roi, comte de Provence. Son poème écrit à l’occasion du mariage du Dauphin et de Marie Antoinette, La France et l’Autriche au temple de l’hymen*, rencontre un certain succès et lui permet d’obtenir grâce à Turgot la charge de Receveur des gabelles, devenant ainsi aristocrate. Il fera exercer cette charge par son frère Pierre Roucher d’Aubanel afin de se consacrer à la poésie.

Il acquiert également une grande renommée avec son monumental poème pastoral en douze chants, les Mois (1779), suivi de longues et intéressantes notes. Il fait partie des deux ou trois poètes français qui remettent en cause la rigidité de l’alexandrin classique, en prenant des libertés avec l’hémistiche pour lui donner de la légèreté. Les salons en vogue s'arrachent le poète, prié de faire la lecture de chaque nouvelle tranche de son ouvrage en cours.

croquis au crayon
Roucher, crayon de Moreau le Jeune

S’opposant à Jean-François de La Harpe, il refuse les compromissions que le critique lui propose en échange d'une admission à l’Académie française : La Harpe exige, en échange du fauteuil d'académicien, que Roucher cesse de publier les quatre lettres à Malesherbes de Rousseau. La Harpe ne lui pardonnera jamais son refus, et, à compter de ce jour, dénigre son œuvre. Roucher est longtemps en relation avec Turgot ; les deux hommes se retrouvent régulièrement pour commenter les événements politiques du temps, soit chez Madame Helvétius, soit à la Loge des Neuf Sœurs dont ils étaient membres.. Il publie et édite La collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l’Histoire de France (Paris, 1790).

Il fréquente les salons de Julie de Lespinasse et d’Anne-Catherine Helvétius à Auteuil. Cette dernière se prend d’affection pour sa fille Eulalie. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Benjamin Franklin (vénérable de la loge des Neuf sœurs) et étudie assidûment l’anglais.

En 1790, Roucher introduit en France les idées libérales anglaises en traduisant La Richesse des Nations d'Adam Smith.

Sous la Révolution, après avoir éprouvé un certain enthousiasme pour les idées nouvelles, et de l'admiration pour Voltaire et Jean-Jacques Rousseau (dont il est le premier à publier les quatre Lettres à M. de Malesherbes), il prend vite conscience des abus que cette insurrection porte en elle et rédige des articles contre-révolutionnaires. Son inimitié envers Robespierre, auquel il reproche ses excès, lui vaut d’être arrêté sous la Terreur. Antoine Roucher est l'auteur d'une célèbre phrase passée à la postérité sous forme résumée : « Robespierre, surnommé « l'incorruptible » par des gens qui ne le sont pas ».

Il est emprisonné à Sainte-Pélagie puis à Saint-Lazare, où il a entre autres compagnons de captivité Michelle de Bonneuil, à laquelle il dédie fin 1793 des Stances sur les fleurs, puis l'année suivante André-Marie Chénier, Aimée de Coigny, duchesse de Fleury (la Jeune captive) et Hubert Robert, qui le représente une dizaine de fois (dont un dessin émouvant avec son fils Pierre-Angélique, dit Émile, « l’Archange », derrière les barreaux de la prison en compagnie d’Aimée de Coigny). En prison, il refond sa première traduction (1790) des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d’Adam Smith (Paris, F. Buisson, an III de la République).

André Chénier et Jean-Antoine Roucher sont victimes de la répression contre une conspiration des prisons qui s'avère imaginaire. Transférés à la Conciergerie, ils sont jugés pour « complot monarchiste », condamnés à mort et guillotinés le 7 thermidor an II. L'acte d’accusation de Roucher, signé Fouquier-Tinville, indique : « aristocrate puant, salarié de la liste civile, écrivain stipendié du tyran, mercenaire du parti autrichien, Président du club de la Sainte Chapelle, conspirateur à la maison d’arrêt de Saint-Lazare, pour Roucher, « ennemi du peuple » : la mort. » Dans la charrette qui emmène Chénier et Roucher vers la guillotine, ils échangent des vers tirés d’Andromaque : « Oui, puisque je perds un ami si fidèle…[2] ».

Roucher est inhumé à Paris au cimetière de Picpus.

Un tableau d’Hubert Robert le représente dans sa cellule quelques jours avant son exécution[3]. Un dernier portrait, aujourd’hui au musée Carnavalet, est peint juste avant sa mort. Il compose alors pour l’orner ces quatre derniers vers, qu’il adresse à sa famille, et qui sont aujourd’hui connus sous le nom de Quatrain de Roucher :

À ma femme, à mes enfants, à mes amis :
« Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux,
   Si quelqu’air de tristesse obscurcit mon visage.
   Quand un savant crayon dessinait cette image
   J’attendais l’échafaud et je pensais à vous. »

Une partie de la belle et émouvante correspondance qu’il a échangée depuis la prison avec sa famille et ses amis (principalement avec sa fille Eulalie à laquelle il prodiguait d'affectueux et avisés conseils) fut rassemblée après sa mort et publiée sous le nom de Consolations de ma captivité (chez Agasse, imprimeur, 1797), témoignage passionnant sur la vie dans les prisons révolutionnaires.

André Chénier, moins connu à l’époque, et Jean-Antoine Roucher, tous les deux morts trop jeunes, peuvent être considérés comme les précurseurs du foisonnement poétique que connaîtra le XIXe siècle.

Un monumental tableau peint au début du XIXe siècle par Charles-Louis Muller, L'appel des dernières victimes de la Terreur, le représente avec un certain nombre de condamnés, dont André Chénier et Aimée de Coigny, à la Conciergerie. Ce tableau est exposé au musée national de la Révolution française, à Vizille ; le tableau préparatoire se trouve chez l’un de ses descendants.

La poétesse Marceline Desbordes-Valmore, admiratrice de l'homme et du poète, est touchée par la culture familiale de ses descendants et la façon dont ils honorent sa mémoire. Elle compose pour eux un poème Aux petits-enfants du Poète Roucher :

Il est des noms aimés qui s’attachant à l’âme
Vivent comme des fleurs au fond du souvenir :
Gémissant, mais baigné d’harmonie et de flamme,
Le vôtre a des parfums pour tout votre avenir.

Beaux enfants ! Que ce nom mélodieux rassemble
Doux héritiers du cygne, ah, ne nous quittez pas :
Un écho pleure encore où vous parlez ensemble,
Mais une gloire chante où vous posez vos pas.

Il existe une « Société des Amis de Roucher et André Chénier » fondée par Antoine Roucher aidé d'Édouard Guitton (1er Président) en 1980 à Versailles, dont le siège est situé à la mairie du 16e arrondissement de Paris et qui organise chaque année un colloque sur ou autour de la poésie du XVIIIe siècle avec une publication de ses actes Cahiers Roucher-André Chénier (32 numéros en 2011)

La devise d'Antoine Roucher était : « Se regarder passer » (Les Consolations, Lettres à Eulalie).

En 1820, le nom de Roucher a été donné à une orchidée découverte en Colombie : la Roucheria punctata.

Il existe depuis 1883 une rue Antoine Roucher dans le seizième arrondissement à Paris, ainsi qu'une rue Roucher à Montpellier[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir la dédicace de sa grande œuvre poétique les Mois.
  2. Voir la gravure La Dernière Charrette.
  3. Tableau conservé au Wadsworth Atheneum Museum of Art à Hartford, Connecticut.
  4. http://www.v2asp.paris.fr/commun/v2asp/v2/nomenclature_voies/Voieactu/0360.nom.htm

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Encyclopædia Britannica Thesaurus Roucher.
  • Anthologie de la poésie française (le XVIIIe siècle sous la direction de Catriona Seth, Paris, La Pléiade, 2000.
  • Enfance des grands hommes ou le Plutarque des grands hommes, Paris, Belin, 1836.
  • Florence de Baudus, Le Lien du sang, Paris, Éditions du Rocher, 2000, 281 p., (ISBN 9782268036038).
  • Alcanther de Brahm Curiosités de Carnavalet Paris, Librairie de l'Académie, 1920.
  • Marie Breguet, Un « météore éclatant » : le poète Roucher, Madame Helvétius et la Société d'Auteuil, dir. Jean-Paul de Lagrave, Oxford, Voltaire Foundation, 1999, p. 87-101.
  • Charles-Aimé Dauban, Les Prisons de Paris sous la Révolution, Paris, Plon, 1870.
  • Antoine Guillois, Le Poète Roucher, Paris, Calmann Lévy, 1890.
  • Françoise Kermina, Les Dernières Charrettes de la Terreur, Paris, Perrin, 1988.
  • Jean-François La Harpe, Cours de littérature Paris, 1805.
  • G. Lenotre, Vieux papiers, vieilles maisons, Paris, Perrin, 1901-1930.
  • Jules Mazé, Visages d’autrefois : Antoine Roucher, Paris, Hachette.
  • La collection des 30 Cahiers Roucher André Chénier, 5 300 p..
  • Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, Paris, Nelson, 1847-1853.
  • François Moureau, 'Le manuscrit Cabanis des Mois, Cahiers Roucher-André Chénier, no 5, 1985 [1986], p. 65-81.
  • Magali Mallet, Ma conscience est pure… Lettres des prisonniers de la Terreur, Paris, Honoré Champion, 2008.
  • Catriona Seth, « Les Notes de Roucher ou l’autre poème », Les Notes de Voltaire. Une écriture polyphonique, Études présentées par Nicholas Cronk et Christiane Mervaud, Oxford, SVEC 2003:03, p. 95-109.

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