Nana Benz

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Boutique de wax en Afrique de l'Ouest

Les Nana Benz sont des femmes d'affaires, originaires du Togo, actives dans les années 1960 à 1980 dans le commerce lucratif de pagnes en wax hollandais.

Origine du surnom[modifier | modifier le code]

En langue minan (ou Gen), dans le sud du Togo, dont la plupart des Nana Benz sont originaires, « nana » est un terme affectueux et familier, un hypocoristique, venant de na (ou ena), concept classificatoire de la mère, qui signifient « mère » ou « grand-mère », perdant la dimension parentale originelle pour exprimer la marque de politesse et de respect due à leur position sociale[1],[2].

En outre, elles circulaient dans des véhicules de marque Mercedes-Benz[3],[4].

Activités[modifier | modifier le code]

Les pagnes en wax (cire en anglais) sont faits de tissus fabriqués aux Pays-Bas et en Angleterre recouverts d'une fine couche de cire, par le processus de finalisation des motifs et couleurs, et cette couche de cire leur donne leur brillance et leur caractère hydrophobe.

Les Nana Benz ont inventé des noms ou expressions pour les motifs de Wax qu’elles vendaient : « L’œil de ma rivale » , « Si tu sors je sors » ou encore « Ton pied mon pied » (signifiant l'un et l'autre que la libre circulation n'est pas réservée aux hommes[5]), «Mon mari est capable», etc. Leurs descendantes continuent d’en inventer de nouveaux, que les clientes adoptent rapidement. C’est tout un langage iconographique qui s’est créé, fait de symboles, de couleurs, de slogans[4],[6],[7].

Historique[modifier | modifier le code]

Cette activité a commencé dès les années 1940 et 1950, mais a pris une ampleur significative dans les décennies suivantes. Initialement, l'activité reposait sur l'importation de tissus du Ghana, mais ces commerçantes ont progressivement remonté plus en amont, indépendamment des intermédiaires, jusqu'aux fabricants et jusqu'à la conception des motifs, surtout lorsqu'il y a eu des tensions politiques entre le Ghana et le Togo. Elles sont devenues ainsi parmi les premières femmes d'affaires millionnaires et mêmes milliardaires de l'Afrique de l'Ouest. Pas toujours alphabétisées, elles se sont montrées pourtant des expertes en négoce international. Dans l’imaginaire collectif, au foyer, ce sont elles qui ont assumé l’autorité réelle attribuée traditionnellement au mari, une substitution à l'autre genre qui n'est pas sans rappeler les Amazones du Dahomey, dans un autre temps et dans un autre domaine. Elles ont investi dans l’immobilier, jusque dans des quartiers huppés des capitales européennes. D'autres ont investi dans la culture, les structures de santé et en faveur des enfants. Elles ont soutenu des partis politiques et indépendantistes, notamment le Comité de l'unité togolaise, et Sylvanus Olympio. Conseillées par leurs enfants, dont elles ont financé la formation dans les écoles ou universités européennes ou américaines, ou par des conseillers financiers , elles ont acheté des actions en bourse. Elles ont formé de nouvelles générations de commerçantes parmi leurs collaboratrices et les générations suivantes[1],[7], des successeuses quelquefois appelées les «Nanettes[8]» ou les «Golden Ladies». Cette forte activité entrepreuneuriale féminine perd en importance, mais persiste, dans les années 1990. Ce déclin s'explique par des contrefaçons, la concurrence d'autres types de tissus qui leur échappent, les évolutions sociopolitiques du Togo, etc[4],[9].

Parmi les Nana Benz les plus connus peuvent être citées Eunice Adabunu, Dédé Rose Crépy, Marlène Adanlété-Djondo, Patience Sanvee, etc.[4],[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Comi Toulabor, « Les Nana Benz de Lomé », Afrique contemporaine, no 244,‎ , p. 69-80 (DOI 10.3917/afco.244.0069, lire en ligne)
  2. « Reines Africaines du Textiles: les Nana Benz du Togo (Interview sur Africa 24) » (consulté le )
  3. « Nana Benz », sur Africultures (consulté le )
  4. a b c et d Jacqueline Picot, « Nana Benz [Togo XXe siècle] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , p. 3126
  5. Tanella Boni, Que vivent les femmes d'Afrique ?, Editions Karthala, (lire en ligne), p. 24-26
  6. Ken Bugul, « L’œil de ma rivale », Libération,‎ (lire en ligne)
  7. a et b J. G., « Les " Nanas Benz ", piliers du commerce », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. Éléonore VANEL, « Reporters - Togo : les "Nanettes", princesses du wax », sur France 24, (consulté le )
  9. Muriel Signouret, « Le crépuscule des Nanas Benz », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  10. Dalé Hélène Labitey, Nanas Benz : parcours de vie, Les éditions Graines de Pensées,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dalé Hélène Labitey, Nanas Benz : parcours de vie, Les éditions Graines de Pensées, .
  • Dorothée Tabiou Dolibe, Nana Benz : le mythe devenu discret, Éditions Haho, .