Mes hommages à la donzelle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Mes hommages à la donzelle
Auteur Frédéric Dard
Pays 1952
Genre Polar
Éditeur Fleuve noir
Série San Antonio
Chronologie
Précédent Les souris ont la peau tendre Du plomb dans les tripes Suivant

Mes hommages à la donzelle, publié le 1er juillet 1952 par Frédéric Dard sous le pseudonyme San-Antonio, est le quatrième roman de la série policière San-Antonio.

Chez l’éditeur Fleuve noir, il porte d’abord le numéro 30 de la collection « Spécial Police », puis en 1972 le numéro 45 de la collection « San-Antonio », avant de figurer en quatrième position lorsque cette même collection adopte la numérotation par ordre chronologique, en 2003.

C’est dans ce livre qu’apparaît en chair et en os « le vieux », le patron de San-Antonio.

Résumé[modifier | modifier le code]

Un « English », le professeur Stevens, travaille avec les savants atomistes français à la conception d’une fusée. Mais une formule s’est mystérieusement échappée de son coffre. « Le vieux », le patron de San-Antonio, charge donc ce dernier de surveiller Héléna Cavarès, la secrétaire du professeur.

Celle-ci rencontre deux ou trois fois par semaine Charles Maubourg, un bel homme blond, dans la maison de rendez-vous de la mère Tapedur. Pour en savoir plus, San-Antonio installe un magnétophone dans la chambre voisine de celle du couple.

Puis, il se rend dans une boîte de nuit, le Champignon-Bar, dont la jeune femme a prononcé le nom. Là, il reçoit un appel téléphonique d’un inconnu, lui conseillant de se rendre dans une vieille demeure inhabitée de Louveciennes.

En inspectant la cave de cette maison, San-Antonio découvre un corps de femme et, juste à côté, une tête, qui est celle de la môme Héléna. Pendant ce temps, à Boulogne-Billancourt, le professeur Stevens a été kidnappé.

San-Antonio décide alors d’aller prendre connaissance de son enregistrement, chez la mère Tapedur. Sur la bande magnétique, entre gloussements, soupirs, petits cris et râles de satisfaction, Héléna laisse échapper des expressions en roumain.

Entretemps, son cadavre a disparu de la maison délabrée de Louveciennes.

Revenu rôder au Champignon-Bar, le commissaire est gazé, enlevé et chargé dans une voiture. Une femme s’assied près de lui : il s’agit d’Héléna, qui a retrouvé sa tête. Deux hommes prennent place à l’avant de la voiture : Schwartz, le patron du Champignon-Bar, et Bauhm, son homme de main. On arrive dans une cambrousse désolée, près d’une petite cabane où attend le professeur Stevens, complice des espions.

Lorsque San-Antonio tente de fuir dans le noir, Schwartz fait feu et blesse gravement Bauhm.

Caché sous la voiture, San-Antonio plante une épingle dans le genou de Schwartz, qui le blesse à son tour, tandis qu’Héléna abat une énorme pierre sur son épaule. Canardé par le professeur Stevens, le commissaire fuit en voiture sur trois roues, écrasant Schwartz au passage. Un avion atterrit. Le professeur Stevens court vers lui, avec les plans. San-Antonio lui tombe dessus à coups de jerrican et de démonte-pneu. Renonçant à maîtriser le pilote, qui est armé, le commissaire met le feu à l’avion, qui décolle en flammes. Mais, pendant que San-Antonio s’expliquait avec le pilote, le professeur Stevens a été rectifié pour toujours à l’aide d’une grosse pierre. La valise aux plans a disparu. Héléna aussi. La voiture aussi.

Schwartz est mort. Quant à Bauhm, il est dans le coma : « Personne ne peut plus rien pour lui, excepté le menuisier qui lui fera un pardessus en planches[1]... »

San-Antonio regagne Paris en auto-stop, présente son rapport au vieux, fait soigner sa blessure et va en écraser dans un petit hôtel tenu par un vieux pote, Julien. Il peut enfin ronfler à poings fermés, peinard comme un pape sur son nuage. Mais, à la réception, un enfant dépose un paquet pour lui. Prévenu au téléphone par Julien, San-Antonio prie celui-ci d’ouvrir le paquet, qui explose. Du haut de l’escalier, un bien triste spectacle attend le commissaire : « La mâchoire de Julien est posée sur le registre des entrées et sa cervelle décore le mur[2]. »

San-Antonio trouve le nom du gamin chargé d’apporter le paquet, mais apprend qu’il vient d’être écrasé par une voiture.

Le commissaire se munit alors d'un feu de gros calibre, « une de ces armes à balles explosives qui vous font dans la carcasse des trous grands comme des entrées de métro[3] ». Il se rend chez le professeur Stevens en compagnie d’un collègue, Bouboule, une grosse brute.

Là, San-Antonio a tôt fait de confondre le domestique du professeur : c’est lui qui a écrasé le gamin. San-Antonio lui administre un parpaing de deux tonnes sur le front. Puis il le confie à Bouboule. Le valeton ressemble assez rapidement « à un chaudron de cuivre qui aurait descendu l’escalier d’honneur de Buckingham Palace[4] ». Après quoi, Bouboule prend soin de bien orienter le chaton de sa chevalière en acier véritable, puis entame des travaux d’embellissement sur l’épouse du domestique. Laquelle ne tarde pas à livrer le code d’accès à un passage secret.

San-Antonio s’y engage aussitôt. Il parvient à une cave où Bertrand, le gardien de la carrée, s’active près d’une chaudière. Il semble avoir oublié de faire rentrer du charbon pour l’hiver car, dans la chaudière, il y a le corps du sosie d’Héléna « qui flambe, qui se racornit, qui pète comme une pomme dans un four[5] ».

San-Antonio remonte avec Bertrand, et trouve Bouboule occupé à transformer le valeton et son épouse en chair à saucisse. À ce moment, Héléna fait son entrée, armée d’une mitraillette, escortée de Maubourg. Bouboule tire sur Maubourg. Héléna riposte, abat Bouboule. Toute la meute se rue sur San-Antonio. On l’entraîne dans le passage secret, pour l’exécuter. C’est alors qu’un homme surgit, et fait lever les mains à toute la bande. L’homme est Jo Joyce, de l’Intelligence Service.

Il suivait l’affaire depuis qu’un garde-côtes avait découvert le cadavre du véritable professeur Stevens. Il savait donc que l’homme arrivé à Paris sous ce nom était en réalité un savant allemand.

Pendant que les flics s’occupent des espions, San-Antonio entraîne Héléna en voiture. Il ne tient pas, lui dit-il, à ce qu’elle soit fusillée. Il lui propose un marché : elle révèle où sont les plans, et elle est libre.

Héléna ôte ses bas, et les tend à San-Antonio : les formules sont imprimées dessus, en braille.

San-Antonio tient sa promesse : il la laisse filer. Mais il prévient par radio la voiture qui le suit. Le flic qui est dedans n’a rien promis à Héléna.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Le commissaire San-Antonio.
  • Ferdinand, truand gagne-petit.
  • « Le vieux », patron de San-Antonio. On savait, depuis la troisième page de Réglez-lui son compte ! que San-Antonio avait un chef. Mais on n’avait pas rencontré ce personnage, avec lequel le commissaire n'entretenait que des rapports à distance. Le vieux (dont on ignore encore qu'il s'appelle Achille) apparaît ici pour la première fois, et tel qu’en lui-même : sang froid, paluche d’aristo, front somptueux, boutons de manchette en jonc véritable[6]. Dans les moments d’intense nervosité, il fredonne Les Jolis Soirs dans les jardins de l’Alhambra[7], ou bien il se nourrit de cure-dents[8]. Après San-Antonio et Félicie (Réglez-lui son compte ! 1949) et avant Bérurier (Des clientes pour la morgue, 1953), il est le troisième personnage récurrent à peupler la série.
  • Professeur Stevens, savant anglais travaillant avec des atomistes français aux plans d’une fusée.
  • Héléna Cavarès, secrétaire du professeur. « Une personne up-to-date, extrêmement cultivée et compétente », selon le vieux. San-Antonio estime pour sa part qu’il y a du trèfle au balcon : « Ils sont deux, et ils occupent leur strapontin... Mazette, elle a des vaniteux qui appellent la main-d’œuvre étrangère[9] ! »
  • Toto, gros auvergnat aux petits yeux de goret frileux, patron du Toto’s bar. Il boit chaque jour « autant de perniflard qu’en consomme en un mois le département de la Seine[10] ». En tant qu’indic, il joue un jeu trouble.
  • Le frisé aux yeux d’aveugle. D’abord soupçonné d’être un espion et l’assassin de Ferdinand. On découvre finalement qu’il s’appelle Jo Joyce, et qu’il est agent de l’Intelligence service.
  • La madame-pipi d’un grand restaurant des Ternes. Elle joue un vieil air espagnol avec son dentier. Les distractions sont nulles, dans son caveau de famille[11].
  • Charles Maubourg, grand et beau blond ténébreux, amant d’Héléna.
  • La mère Tapedur, tenancière d’une maison de rendez-vous rue de Courcelles, dame d’aspect trop respectable, « la bouche en issue d’œufs[12] », des sourcils épilés comme un derrière de singe, un râtelier qui cherche à recouvrer son autonomie. « autant de hanches qu’une jument berrichonne, avec un quintal de roploplos sur le devant, complètement livrés à eux-mêmes ». Pour vamper San-Antonio, elle veille à ce que le haut de son corsage « baille comme un crocodile occupé à lire un roman de François Mauriac » : ce que le commissaire découvre alors « ferait reculer un bataillon de légionnaires ivres »[13].
  • « Long-pif » et son épouse, larbin et femme de chambre du professeur Stevens.
  • Bertrand, gardien de la carrée au père Stevens.
  • Schwartz, patron du Champignon-Bar.
  • Miss Porte-Manteau, la momaque préposée aux gogs du Champignon-Bar.
  • Bauhm, homme de main de Schwartz. Il est surnommé Boris Karloff par le commissaire.
  • Julien, patron d’hôtel.
  • Bouboule, flic, « grosse gonfle », spécialiste des interrogatoires[3]. Pas de grandes facilités d’élocution, mais des pognes éloquentes. Certains voient en ce personnage l’esquisse de Bérurier[14]. Il reçoit une rafale de mitraillette qui lui ôte « toute envie de chiquer[15] », ce qui signifie probablement qu'il est mort : San-Antonio ne nous en dit pas plus sur son état de santé.

Unité de temps[modifier | modifier le code]

Riche en péripéties et rebondissements, l’action se déroule en une vingtaine d’heures, ce qui donne du rythme au récit.

Contexte éditorial[modifier | modifier le code]

Le livre amorce un tournant, dans la série :

  • Même s’il s’occupe de contre-espionnage, le héros commence à s’éloigner de ses activités liées à la guerre, à la Résistance et aux nazis.
  • L’humour, qui n’est pas absent des trois premiers livres, tient une plus grande place ici, notamment de par l’abondance de métaphores saugrenues.
  • Quatrième San-Antonio en quatre ans, Mes hommages à la donzelle marque la fin de la réticence de Frédéric Dard vis-à-vis d'une série que boude le succès. Dès l’année suivante, il cède à la pression de son éditeur : il s’y consacre résolument, et les San-Antonio paraissent au rythme de quatre ou cinq par an. Et le succès naît timidement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Page 182 de l’édition Fleuve Noir 1970.
  2. Page 190.
  3. a et b Page 205.
  4. Page 215.
  5. Page 216.
  6. Page 21.
  7. Page 90. Chanson de 1923 : « Paul Gesky, Dans les Jardins de l’Alhambra ». Les paroles sont d’Ernest Dumont. La musique est de Ferdinand-Louis Bénech.
  8. Page 99.
  9. Page 43.
  10. Page 33.
  11. Pages 50 et 51.
  12. Page 55.
  13. Pages 93-96.
  14. « L'adjoint Bouboule, personnage falstaffien, hors-normes, qui prendra définitivement pour nom Bérurier. » Serge Hartmann, « San-Antonio se refait une beauté ! » Dernières Nouvelles d’Alsace, 11 juillet 2010.
  15. Page 224.

Liens internes[modifier | modifier le code]