Mentawaï (peuple)

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Mentawaï
Description de cette image, également commentée ci-après
Hommes Mentawaï en habit traditionnel (1895)
Populations significatives par région
Autres
Langues mentawaï
Religions animisme

Les Mentawaï (ou encore Mentawei, Mentawai ou Mentawi) sont la population autochtone des îles Mentawaï situées au large de la côte ouest de la province de Sumatra occidental, en Indonésie. On les appelle aussi « hommes-fleurs » car, pour eux, la beauté est une chose essentielle.

Le nombre actuel (vers l'an 2000) des Mentawaï est estimé à 30 000 individus, pour une population totale de 64 000 habitants dans l'archipel. Ils parlent le mentawaï, une langue austronésienne du groupe des langues sumatra du Nord-Ouest.

Géographie[modifier | modifier le code]

Les Mentawaïs habitent l'île de Siberut, à 150 km à l'ouest des côtes de Sumatra. L'île de Siberut se situe dans « le détroit des Mentawaï ».

L'UNESCO a décidé que l'île de Siberut devait être une réserve protégée. La côte ouest de Sumatra est composée d'une quarantaine d'îles, dont seules les quatre plus grandes sont habitées : Siberut (4480 km²), Sipora (845 km²), et les deux Pagaï, Nord et sud (1675km²). Sibérut abrite environ 45 000 indigènes.

Culture[modifier | modifier le code]

Alimentation[modifier | modifier le code]

Chasse

Avant la chasse, les hommes demandent aux esprits de la forêt de leur accorder la chance de ramener un sanglier ou un singe. En même temps, Teoreun (le chamane) va préparer le poison avec des feuilles, des écorces, des racines toxiques, puis du piment. Tous ces éléments vont être ensuite rassemblés et pressés (le poison peut tuer un sanglier en moins de 5 minutes). Cette fabrication n'est jamais pratiquée devant les enfants car toute imitation pourrait être mortelle. Puis Teoreun enduit les flèches avec le poison.

Les hommes s'entraînent avec des flèches sans poison sur une cible à 10 m. Enfin, les hommes partent à la chasse : les animaux sont presque invisibles. Quand les chasseurs voient un animal, ils le tuent et, afin de préserver l'équilibre de leur univers spirituel, remercient l'âme de l'animal qu'ils ont chassé.

Pêche

Les femmes pêchent des petites crevettes et des petits poissons avec des épuisettes. Elles ramènent peu de nourriture, car elle ces proies sont peu abondantes dans la rivière.

Le sagou

Le sagou est réalisé à partir de la pulpe du sagoutier. Après l'avoir abattu, les Mentawaïs enlèvent la pulpe, puis la lavent. Cette pulpe donne un liquide blanc, qui est filtré afin d'obtenir une sorte de « farine ». Pour les Mentawaïs, cet arbre permet d'éviter la famine, car la farine est très nourrissante et les arbres sont nombreux.

Élevage

Les Mentawaïs élèvent des porcs et des poulets, qu'ils nourrissent avec le sagou. Les Mentawaïs ne mangent pas beaucoup de viande, mais ils utilisent les cochons et les volailles comme monnaie d'échange. Ainsi lorsqu'un homme demande une femme en mariage il doit fournir au père de la mariée une certaine quantité de porcs et de volailles. De même, pour faire un tatouage le Mentawaï paie en poulets.

Les fruits

Les Mentawaïs consomment beaucoup de fruits. Un homme est chargé de monter dans les arbres à plus de 20 m de hauteur. Pour cela, ils font des repose-pied avec une machette.

Repas

Les Mentawaïs partagent la nourriture : pendant le repas, chaque personne a le même nombre de morceaux de nourriture que son voisin. Les nouveau-nés ont autant de nourriture que les adultes. Car, pour eux, chaque personne a la même importance, qu'elle soit chamane ou pas, qu'elle soit vieille ou jeune.

Le sagou est présenté dans une feuille enroulée, fermée avec une ficelle. Pour la viande, chaque famille possède une petite planche en bois et les petits morceaux de viande sont disposés dessus.

Coutumes[modifier | modifier le code]

Tatouages[modifier | modifier le code]

Rituel d'affutage des dents (1938). Les tatouages des 2 hommes sont visibles.

Ils se tatouent le corps des pieds à la tête. Les tatouages, très impressionnants par leur taille et leur apparence guerrière, ont plusieurs explications :

  • La première est liée à leurs croyances animistes. Ils croient que tout objet est animé et possède une âme capable de sortir de son enveloppe matérielle. Pour empêcher que l'âme ne parte (ce qui donnerait des maladies et la mort), ils se décorent la peau. Le tatouage vient de cette croyance : il sert à préserver intacte l'âme de l'individu.
  • La seconde fonction est d'indiquer l'identité, le clan et à quelle famille appartient l'individu grâce à des symboles (ex : la lune, le soleil...) qui déterminent l'appartenance à une famille.
  • Les tatouages ont une troisième explication. Ils remplacent leurs vêtements et ils paraissent protéger les humains.
2 femmes Mentawai (1910).

Les séances de tatouages sont très nombreuses dans une vie des Mentawaïs et leur corps en est presque recouvert. Chaque partie du corps est tatouée petit à petit : les jambes, les bras, le torse et parfois le visage. Les tatouages sont constitués de courbes et de lignes. Hommes et femmes sont tatoués de la même façon exceptés les bras et les cuisses des femmes qui ne sont pas marqués.

Les tatouages sont faits à l'aide d'un petit pinceau appelé « patit » sur lequel est fixée une pointe de laiton. L'encre est constituée d'un mélange de noir de fumée récupéré sous les marmites et de jus de canne à sucre. Les motifs sont d'abord dessinés sans encre sur le corps du futur tatoué, en prenant exemple sur le corps du tatoueur. Les plus anciens, qui assistent à la séance, donnent leur avis sur les dessins, et le tatoueur recommence jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord sur la forme artistique des motifs, qui doit suivre la tradition. Le tatoueur peut alors commencer avec l'encre. Le « patit » est enduit d'encre et le tatoueur repasse les motifs dessinés avec de l'encre. À l'aide d'une baguette en bois, le tatoueur donne de petits coups secs et rapides sur l'instrument pour que l'aiguille pique la peau. Elle se déplace alors lentement le long de la ligne tracée. La séance est longue et très douloureuse, mais les gens tout autour racontent des blagues et des histoires pour soutenir le tatoué.

Fleurs[modifier | modifier le code]

Les Mentawaïs portent des fleurs d'hibiscus sur leurs têtes. Dans la tradition, elles se transmettent de générations en générations.

Rites[modifier | modifier le code]

Les Mentawaïs ont également adopté, au cours du temps, différents rites qui symbolisent le passage d'étapes dans une vie. Bien que ces rites ne soient pas pratiqués par la totalité des Mentawaïs, deux le sont par une large majorité: il s'agit du passage de l'enfant à l'adulte et du passage de jeune homme à homme marié. Le premier consiste en une cérémonie rassemblant tous les membres de la famille autour d'un repas composé de plusieurs petits morceaux de nourriture préparés pour l'occasion, il s'agit d'un repas de fête exceptionnel. Le second est un rituel beaucoup plus symbolique: les jeunes hommes parent leur sexe d'anneaux faits de petits morceaux de bois flexibles et de fines feuilles de palmiers. Tout la symbolique de ce rite réside dans ces anneaux qui permettraient la fécondité du jeune homme.

Habillement[modifier | modifier le code]

Les Mentawaïs portent des pagnes végétaux fabriqués avec les écorces des arbres coupées en lamelles, trempées dans l'eau et longuement martelées, sans les déchirer, pour quelles soient plus souples. Pour finir, ils les font sécher au soleil et ils les nouent autour du torse. Au fil du temps, ces pagnes vont devenir similaires à un tissu.

Langue[modifier | modifier le code]

La langue mentawaï fait partie du rameau des langues sumatriennes de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes, auquel appartiennent également les langues batak, enggano, nias et simeulue.

Rapports sociaux[modifier | modifier le code]

La société Mentawaï repose notamment sur sa hiérarchie et sur le rôle important que joue le chef de la tribu, qui est une femme la plupart du temps. Les Mentawaïs lui vouent un culte particulier qui mêle obéissance et fascination. Les membres de la tribu ont coutume d'organiser un rite qui porte le nom de "sarçage" et qui célèbre la chef de la tribu. Il consiste à organiser un banquet de mets préparés par les membres de la tribu à partir d'aliments basiques tels que les fruits et légumes récoltés aux alentours. Au cours de ce rite, les membres viennent un à un poser quelques excréments enveloppés dans des feuilles d'arbres fruitiers arrivés à maturité. Ces excréments sont ensuite conservés en signe de respect et font la fierté de toute la tribu.

Habitat[modifier | modifier le code]

Une maison commune Mentawaï (2004)

Les Mentawaïs n'habitent pas exactement dans un village mais dans une maison collective, l'« uma ». C’est aussi un refuge spirituel où les vivants peuvent prier et communier avec leurs ancêtres. Pour les jeunes apprentis, ils sont formés à la vie en harmonie avec la forêt et finalement, initiés à l’art du Mentawaï. Les enfants commencent à utiliser la machette à l'âge de 4 ans.

Les familles dorment dans l'« uma », la maison collective où tout le monde vit en communauté. Il existe aussi des « sapo », de petites maisons individuelles, officiellement pour la chasse et l'entretien de la forêt. Officieusement, c'est un endroit où l'homme et la femme se retirent de leurs umas pour rester ensemble et partager un peu d'intimité.

Dans leur village, il n'y a pas de chef, mais un guide, le chaman. Chacun sait ce qu'il doit faire. Après le repas du soir, les Mentawaï se réunissent pour parler, avec des cigarettes à la bouche. Les réunions peuvent durer des heures, car il faut que tout le monde soit d'accord, ce n'est pas la majorité qui l'emporte.

Un peuple menacé[modifier | modifier le code]

Les Mentawaï ont subi une politique très dure d'acculturation et de sédentarisation forcée, menée au nom de la modernisation par le gouvernement indonésien dès les années 1950, appliquée avec l'usage de la violence sous la dictature de Soeharto. Cette politique a été source d'un bouleversement du mode de vie des Mentawaï, contraints de quitter la forêt, leur lieu de vie ancestral, et de s'installer dans des villages constitués de maisons individuelles, au lieu des traditionnelles grandes maisons communautaires ou uma.

Depuis la démission de Soeharto en 1998, cette acculturation forcée a cessé, mais nombre de Mentawaï ne savent plus vivre ou survivre dans la forêt. L'île a été classée Réserve de la biosphère par l'ONU. Quelques Mentawaïs ont alors repris leur mode de vie traditionnel en retournant dans la forêt et en reconstruisant des uma. Ils seraient aujourd'hui un millier à avoir retrouvé ce mode de vie ancestral, qui est encore découragé par le gouvernement, central et local.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Lelièvre, Mentawai La forêt des esprits, Anako Editions, (ISBN 2907754092)
  • Raymond Figueras, Au pays des Hommes-Fleurs, avec les chamans des îles Mentawai; Transboréal, Paris, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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