Famille matrilinéaire

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La famille matrilinéaire est un système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de sa mère. Cela signifie que la transmission, par héritage, de la propriété, des noms de famille et titres passe par le lignage féminin.

Toutefois, une gradation dans la transmission des noms ou des titres de propriété se remarque à mesure de l'emprise de la filiation patriarcale. Dans la filiation matrilinéaire, cette transmission en arrive alors à passer de l'oncle (le frère de la mère) au neveu (le fils de la sœur).

La transmission de l'héritage (notoriété, position sociale, biens et services) s'est d'abord effectuée de mère à fille. Par glissement, elle s'est opérée ensuite de mère à fille et à fils, pour finalement se réaliser d'oncle à neveu. Il est remarquable, dans ce contexte, que la filiation (fils) de père à fils est totalement occultée, en tant que substantif, la filliation (fille) de mère à fille, alors que la culture passe généralement par cette filliation.

L'héritage d'oncle à neveu implique une dépendance vis-à-vis de la femme, du frère envers sa sœur, détentrice de ce pouvoir spécial de la régénération de la lignée ancestrale.

Les relations sociales régnant dans les sociétés matrilinéaires, avant leur cloisonnement par le patriarcat (les dieux dominants deviennent masculins dans ce cas) peuvent trouver une caractérisation dans le fait même de la position de la femme : étant la personne par laquelle passent les ancêtres (la mémoire de la société en question, son histoire, ses faits, ses gestes), elle trouve un respect qu'elle a perdu plus tard de la part de son compagnon devenu patriarche. De plus, la vertu régénératrice du coït étant totalement ignorée, il y règne une très grande permissivité sexuelle avant le mariage.

Des femmes continuent de transmettre leur nom, leurs biens et leurs savoirs à leurs filles, héritières d'une lignée exclusivement féminine. « La naissance de filles est donc nécessaire puisque ce sont elles qui transmettent la filiation », explique Françoise Héritier, anthropologue française, experte des systèmes de parenté et qui a succédé à Claude Lévi-Strauss au Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Les fils, eux, appartiennent par leur naissance au groupe de leur mère, mais ils ne transmettent pas cette filiation à leurs enfants »[1].

Les Minangkabau[modifier | modifier le code]

Les Minangkabau de la province indonésienne de Sumatra occidental, au nombre de quelque 8 millions de personnes, sont la plus grande société matrilinéaire dans le monde.

Les Barbares[modifier | modifier le code]

Les invasions barbares qui suivent la chute de l'Empire romain d'Occident voient affluer des peuples; comme les Burgondes« la succession se faisait non point de père en fils mais sur désignation de la mère en faveur de tous ses fils, quels qu'en soit le père, légitimes ou non. Cette pratique aboutissait au partage du royaume en autant de parts que d'enfants, lesquels n'avaient de cesse de se massacrer afin de récupérer l'ensemble du territoire »[2].

Les sociétés juives[modifier | modifier le code]

La famille juive orthodoxe contemporaine constitue encore un modèle résiduel de la famille matrilinéaire parce que l'appartenance au peuple juif (et implicitement à la religion) est assurée seulement si la mère est juive.

Dans ce cas, la matrilinéarité n'a de relation avec la domination économique des hommes et le statut social des femmes que par la seule transmission idéale de la religiosité.

Selon des rabbins, en particulier du judaïsme « réformé », la famille hébraïque telle qu'elle apparaît dans la Torah est patrilocale, donc suit les coutumes, y compris religieuses, du mari et non de la femme. Rien n'y indiquerait une matrilinéarité obligatoire du judaïsme, cette règle serait en fait d'apparition plus tardive et n'a pas le crédit de tous les Juifs.[réf. souhaitée]

La matrilinéarité a été introduite par des Rabbins Ukrainiens suite aux pogroms de Kirovohrad (15 avril 1881) et Kiev (26 avril 1881) (qui font suite à l’assassinat d’Alexandre II). Le but de cette mesure était de donner une légitimité sociale aux enfants issus des nombreux viols perpétrés à ces occasions.[réf. nécessaire]

Le fosterage[modifier | modifier le code]

Dans les sociétés anciennes, l'éducation des garçons était fréquemment confiée au frère de la mère (oncle maternel). Cette pratique était très répandue chez les Celtes, sous le nom de fosterage. Elle renforçait le contrôle de l'héritage, et donnait lieu à une expression aujourd'hui abandonnée, le beau-neveu, que l'on trouve dans la littérature médiévale. Cet usage perdure de nos jours dans certaines sociétés traditionnelles (Afrique, Haïti).

Liste de sociétés matrilinéaires[modifier | modifier le code]

Nom Continent Pays Mariage Lignée Référence Année de
découverte
Alor Asie Indonésie Cora du Bois (en) 1944
Bamenda Afrique Cameroun patrilocal matrilinéaire (que les Kom) Phyllis Kaberry (en) 1952
Batek Asie Malaisie patrilocal Kirk Michael Endicott 1974
Bontoc Asie Philippines Albert Jenks
Albert Bacdayan
1905
1974
Boyowan Australasie Papouasie-Nouvelle-Guinée patrilocal matrilinéaire Bronisław Malinowski 1916
Bribri Amérique du Nord Costa Rica matrilocal matrilinéaire William More Gabb 1875
Bunt (en) Asie Inde patrilocal matrilinéaire Kathleen Gough (en) 1954
Chambri (en) Australasie Papouasie-Nouvelle-Guinée Margaret Mead 1935
Fore Australasie Papouasie-Nouvelle-Guinée Shirley Glasse (Lindenbaum) 1963
Garo Asie Inde matrilocal matrilinéaire
Hopis Amérique du Nord États-Unis matrilocal matrilinéaire Barbara Freire-Marreco (en) 1914
Iban Asie Bornéo les deux aucun Edwin H Gomes 1911
Imazighen (Berbères) et Touaregs Afrique Sahara du Nord patrilocal patrilocal George Peter Murdock 1959
Iroquois Amérique du Nord Nord-Est de l'Amérique du Nord matrilocal matrilinéaire Lewis Henry Morgan 1901
Jaintia alias Pnar (en) ou Synteng) Asie Inde matrilocal matrilinéaire
Jivaro Amérique du Sud Amazone-Ouesy Rafael Karsten (de) 1926
Juifs des Kibboutz Israël [3] matrilinéaire Judith Buber Agassi[4] 1989
Karens Asie Birmanie matrilocal matrilinéaire Harry Ignatius Marshall[5] 1922
Kerinci Asie Indonésie matrilocale matrilinéaire C.W. Watson[6] 1992
Khasi Asie Inde matrilocal matrilinéaire P. R. T. Gurdon[7] 1914
!Kung (Bochimans) Afrique Afrique du Sud Marjorie Shostak (en) 1976
Marshallais Oceanie Îles Marshall matrilocal matrilinéaire
Maliku Asie Inde séparé matrilinéaire Ellen Kattner 1996
Minangkabau Asie Indonésie les deux Pieter Johannes Veth (nl) 1882
Moso/Naxi Asie Chine séparé matrilinéaire Joseph Francis Charles Rock 1924
Siraya Austronésie Taïwan duolocal, uxorilocal matrilinéaire Shepherd & Candidius (en) 1995
Nayars Asie Inde matrilinéaire Kathleen Gough (en) 1954
Navajos Amérique du Nord États-Unis matrilocal matrilinéaire
Nubiens Afrique Soudan Ernest Godard 1867
Ngazidja /Grande Comore Afrique Comores matrilocale matrilinéaire Paul Guy[8]
Martine Gestin, Nicole-Claude Mathieu[9]
1942
Ovambos Afrique Namibie matrilinéaire Maija Hiltunen (Tuupainen)[10] 1970
Sérères Afrique Sénégal, Gambie, Mauritanie patrilocale les deux Henry Gravrand[11]

Charles Becker[12]

1990

1993

Tlingits Amérique du Nord États-Unis matrilocal matrilinéaire Aurel Krause (en) 1885
Vanatinai Australasie Papouasie-Nouvelle-Guinée matrilocal matrilinéaire Maria Lepowsky 1981
Wemale (en) Asie Indonésie Adolf Ellegard Jensen (en) 1939
Woorani[réf. nécessaire] Amérique du Sud Équateur John Man[réf. nécessaire] 1982[réf. nécessaire]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. GEO no 397 de mars 2012 p. 64.
  2. Michel Rouche, « Clotilde, femme, reine et sainte », in Le Figaro magazine, 10 juillet 2010, page 78
  3. Cf. Mariage dans le judaïsme.
  4. (en) Agassi, Judith Buber, (1989) "Theories of Gender Equality: Lessons from the Israeli Kibbutz", Gender and Society, 3/2, 160-186.
  5. Marshall, Harry Ignatius (1922). "The Karen People of Burma: A Study in Anthropology and Ethnology." Ohio State University Bulletin 26(13). ISBN 974-8496-86-4
  6. C. W. Watson Kinship, Property and Inheritance in Kerinci, Central Sumatra 1992 ISBN 0 904938 19 0
  7. The Khasis by P. R. T. Gurdon
  8. Paul Guy, « Sur une coutume locale de droit musulman de l'Archipel des Comores », Revue algérienne, tunisienne et marocaine de législation et de jurisprudence,‎ octobre-décembre 1942, p. 78-79 (résumé)
  9. Martine Gestin et Nicole-Claude Mathieu, Une maison sans fille est une maison morte, Maison des sciences de l'homme,‎ 2007 (présentation en ligne)
  10. Marriage in a matrilineal African tribe: A social anthropological study of marriage in the Ondonga tribe in Ovamboland.
  11. Gravrand, Henry, "La civilisation sereer, vol. II : Pangool", Nouvelles éditions africaines, Dakar (1990), pp 193-4, ISBN 2-7236-1055-1
  12. Becker, Charles, "Vestiges historiques, trémoins matériels du passé clans les pays sereer", Dakar (1993), CNRS - ORS TO M Excerpt (Retrieved : 23 July 2012)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]