Mentalisme (psychologie)

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En psychologie et psycholinguistique, le mentalisme (du latin mens, « esprit ») est une approche qui vise à comprendre le fonctionnement de l'esprit humain et plus particulièrement de la conscience en utilisant largement l'introspection. La scientificité de cette approche est quelquefois décriée en raison de certains défauts imputés à l’introspection.

Origines[modifier | modifier le code]

Sans avoir créé le néologisme, le philosophe anglais Henry Sidgwick (1838-1900) utilise l'expression pour la première fois pour décrire un phénomène qui serait l'antithèse du matérialisme[1]. Toutefois, dans l'histoire des idées, certains rapprochent ce concept de la philosophie de George Berkeley (1685-1753), bien qu'il n'ait jamais utilisé ce mot dans ses écrits. La raison en est qu'il a développé une philosophie radicalement contraire aux présupposés matérialistes[2]. Son « immatérialisme » pourrait se rapprocher du concept de « mentalisme ».[réf. nécessaire]

Psychologie mentaliste du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La version psychologique de la tradition mentaliste est apparue au XIXe siècle, dans l'héritage des philosophies spiritualistes et positivistes. De la première, elle a gardé l'intérêt pour les grandes questions concernant l'esprit humain et notamment de l'étude de la conscience. Et c'est en réaction à la psychologie philosophique d'un Maine de Biran (1766-1824) que ces psychologues défendent la méthode scientifique qui a fait faire des progrès majeurs aux sciences naturelles au cours du siècle[3].

Informés des méthodes qui ont été développées pour la psychologie physiologique, les psychologues mentalistes[Qui ?] cherchent donc à se préserver des illusions et des erreurs de la « psychologie populaire » mais sans perdre de vue ces grandes questions qui échappent parfois à la psychophysique – malgré l'exemple de la psychologie structuraliste de Wilhelm Wundt qui ne renonce pas à l'étude de phénomènes complexes comme l'attention[4],[3],[5].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Dans la première décennie du XXe siècle, en Allemagne, l'« École de Würzbourg » d'Oswald Külpe et Karl Bühler développe la technique d'introspection provoquée qui exige des sujets qu'ils détaillent aussi précisément que possible ce qui se passe en eux au cours des expériences[6].

En France, Alfred Binet (1857-1911), pourtant appelé au poste du directeur du Laboratoire de psychologie de la Sorbonne, délaisse ce champ de recherche pour s'intéresser à l'introspection provoquée[6]. Sensibilisé aux cas des enfants anormaux par Théodore Simon, il investit le champ de l'étude expérimentale de l'intelligence humaine, avec la mise au point de la première batterie de tests mesurant l'intelligence, l'échelle de Binet-Simon[7].

Critiques[modifier | modifier le code]

Les critiques de la psychologie mentaliste ont été nombreuses et ont suivi plusieurs axes. Une critique récurrente, formulée par Bergson se résume dans la formule selon laquelle l'« introspection » est en fait une « rétrospection » [8],[9] : le sujet, même entraîne doit reconstruire les événements mentaux et, qui plus est, il doit en plus les formuler verbalement. Ces multiples étapes invitent donc à questionner l'introspection comme outil.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Such view I think is often called Idealism. I propose to label it ‘Mentalism’ in broad antithesis to ‘Materialism’» (Mind, Jan.1901). Autre source : "Mentalism" in Oxford English Dictionary.
  2. Consulter par exemple le livre de S. Charles, Berkeley au siècle des Lumières, Immatérialisme et scepticisme au XVIIIe siècle, Vrin, 2003.
  3. a et b Jérôme Sackur, « L'introspection en psychologie », Revue d'histoire des sciences, vol. 2009/2 (, t. 62,‎ , p. 349-372 (DOI 10.3917/rhs.622.0349., lire en ligne)
  4. Wundt encadre ainsi la thèse de Max Friedrich consacrée à "La durée de l'aperception des stimuli visuels simples et complexes" (1883)
  5. Albert Michotte, « A propos de la Méthode d'introspection dans la psychologie expérimentale », Revue néo-scolastique, no 56,‎ , p. 507-532 (lire en ligne)
  6. a et b J.L. Roulin (dir.) et Serge Nicolas, Psychologie cognitive, Éditions Bréal, (lire en ligne), « Les origines de la psychologie cognitive », p. 30-31
  7. (en) Richard R. Valencia et Lisa A. Suzuki, Intelligence Testing and Minority Students: Foundations, Performance Factors, and Assessment Issues, Sage, (lire en ligne), p. 5-7
  8. (en) John Laird, « Introspection and Intuition », The Philosophical Review, vol. 26,, no 5,‎ , p. 496-513 (DOI 10.2307/2178046, lire en ligne)
  9. Richard Shusterman, Cécile Lavergne et Thomas Mondémé, « Le corps pragmatiste, entretien avec Richard Shusterman », Tracés, vol. 2008/2, no 15,‎ , p. 255-267, notamment 266 (lire en ligne)