Mary Kingsley

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Mary Kingsley
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 37 ans)
Simon's TownVoir et modifier les données sur Wikidata
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George Kingsley (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Manuscripts and Archives Department Yale University Library (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Mary Henrietta Kingsley, née le à Londres et morte le à Simon's Town, dans la Colonie du Cap, est une exploratrice et une ethnographe britannique. qui s'est fait connaitre par ses publications et ses conférences rapportant ses voyages en Afrique occidentale et équatoriale, elle est également la première personne européenne à pénétrer dans certaines parties reculées du Gabon. Ses récits ethnographiques ont contribué à l'amélioration de la connaissance scientifique de la culture des peuples de l'Afrique subsaharienne. S'intéressant aussi à la faune, elle récolte plusieurs nouveaux taxons de poissons, de reptiles et d'insectes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et famille[modifier | modifier le code]

Mary Henrietta Kingsley naît le à Islington, dans la banlieue de Londres, fille de George Kingsley (en), médecin, et de Marie Bailey, ancienne gouvernante[1] Elle est la nièce de l'écrivain Charles Kingsley et du romancier et voyageur Henry Kingsley (en)[1]. La famille s'installe à Highgate. Son père s'absente régulièrement pour accompagner en tant que médecin particulier des familles de l'aristocratie, dans des voyages, et met à profit ses voyages pour recueillir du matériel ethnographique[1]. La famille de Mary mène une vie isolée et Mary est une enfant silencieuse et recherche peu la société. Elle participe aux travaux de la maison et au recherches anthropologiques de son père. Elle n'est pas scolarisée, mais lit beaucoup, puisant des ouvrages d'histoire naturelle et de sciences dans la bibliothèque paternelle[1].

Portait de Mary Kingsley en 1892

En 1879, la famille s'installe à Bexleyheath, dans le Kent, puis à Cambridge en 1886. Son frère Charles est étudiant à Christ's College et Mary est en contact avec le monde universitaire. Elle se lie notamment avec Francis Burkitt et Agnes Smith Lewis, et elle peut développer ses propres compétences académiques. Elle fait son premier voyage à l'étranger en 1888, lorsqu'elle passe une semaine à Paris avec une amie de la famille[1]. Elle consacre les quatre années suivantes à ses parents dont la santé s'est nettement détériorée, en effet, son père meurt en et sa mère en avril de la même année. Elle prend des vacances aux Canaries, en et peut enfin investir pleinement les domaines auxquels elle s'est depuis longtemps intéressée, notamment l'Afrique, sa population et ses richesses.

Premier voyage en Afrique[modifier | modifier le code]

Le navire fait escale à Freetown, en Sierra Leone, le , puis continue sa route vers le Luanda[1]. En , elle atteint Cabinda où elle passe deux semaines dans le comptoir de Richard Dennett et prend des notes qui formeront la préface de l'ouvrage de ce dernier, Notes on te Folklore of the Fjort — French Congo[2].

L'État indépendant du Congo[modifier | modifier le code]

Mary Kingsley, quitte l'enclave de Cabinda pour se rendre à l'État indépendant du Congo[3], propriété privée placée sous l'autorité arbitraire du roi des Belges, Léopold II. Elle y constate les sévices commis contre la population autochtone : travail forcé et autres atrocités. Méfaits que Joseph Conrad dénoncera ultérieurement dans son livre Heart of Darkness (Au cœur des ténèbres). Elle découvre également les ravages causés par le climat équatorial particulièrement débilitant et la maladie du sommeil. Le climat est également un source de mélancolie et même de suicides. Elle recueille les explications animistes pour lesquelles tout a une cause naturelle[4]. Mary Kingsley remonte le fleuve Congo pour rejoindre le Lagos. Le cargo qui mouillait dans l'embouchure du fleuve lève l'ancre pour atteindre le port de Matadi qui est à une distance de 140 miles de l’océan. À Matadi, Mary Kingsley emprunte le train dont la ligne a été construite pour convoyer l'ivoire et le caoutchouc venus de l'arrière-pays. De retour, elle et le capitaine John Murray décident de quitter un pays où règnent la violence et l'insécurité pour naviguer vers le Congo français[5].

Dernier voyage[modifier | modifier le code]

Au cours de la seconde guerre des Boers, Mary Kingsley se porte volontaire comme infirmière et s'embarque pour l'Afrique du Sud. Elle meurt de la typhoïde dans la ville de Simon, où elle soignait des prisonniers Boers. Selon ses dernières volontés, son cercueil, recouvert du drapeau britannique pour marquer le caractère officiel de ses funérailles, est jeté à la mer au large des côtes africaines[6].

Découvertes zoologiques[modifier | modifier le code]

Mary Kingsley a rapporté de ses voyages 65 spécimens de poissons et 18 reptiles. Parmi ceux-ci figurent plusieurs nouveaux taxons, dont une espèce et seize sous-espèces de poissons[7], un serpent et huit insectes. Trois de ces poissons seront nommés en son honneur : Ctenopoma kingsleyae, Mormyrus kingsleyae (es) et Alestes kingsleyae. D'autres espèces étaient connues ou avaient déjà été décrites, mais sont accueillies avec reconnaissance par le musée d'histoire naturelle de Londres, qui n'en possédait pas de spécimen[7].

Idées défendues[modifier | modifier le code]

L'impérialisme africain[modifier | modifier le code]

Dans son deuxième livre, West African Studies (1899), elle propose une nouvelle organisation politique pour l'Afrique de l'ouest. Soutenant fortement l'impérialisme britannique, elle pense toutefois que la méthode proposée, un renforcement des structures d'État, n'est pas la bonne, et qu'il vaudrait mieux s'appuyer sur le commerce pour asseoir l'hégémonie de la Couronne. Par contre, elle s'oppose à la vision continentale des peuples africains, manifestant un grand respect pour ce qu'elle voit comme des différences, mais pas une infériorité[8].

Féminisme et féminité[modifier | modifier le code]

En Angleterre, elle se montre hostile au droit de vote des femmes et aux féministes victoriennes, selon Jean Sévry, « On aurait pu s’attendre, de sa part, à beaucoup de sympathie [envers les suffragettes]. Mais c’est le contraire qui se produit. Elle est foncièrement hostile à toute cette agitation sociale qu’elle trouve passablement ridicule[9]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

  • (en) Travels in West Africa, Washington, National Geographic, 1897, rééd. 2002, 388 p. (ISBN 9780792266389)[10],
  • (en) Travels in West Africa: Congo Français, Corisco, and Cameroons, Boston, Beacon Press, 1897, rééd. 1 janvier 1988, 788 p. (ISBN 9780807071052),
  • (en) A Hippo Banquet, Penguin Classics, coll. « Little Black Classics, volume 32 », 1897, rééd. 26 février 2015, 52 p. (ISBN 9780141397283),
  • (en) The Congo and the Cameroons, Londres, Penguin Books Ltd, 1897, rééd. 1 février 2007, 136 p. (ISBN 9780141025513),
  • (en) West African Studies, Londres, Franklin Classics Trade Press, 1899, rééd. 8 novembre 2018, 804 p. (ISBN 9780344935473),
  • (en) Co-écrit avec George Henry Kingsley, Notes on Sport and Travel, Wentworth Press, 1900, rééd. 6 mars 2019, 566 p. (ISBN 9780530237589),

En français[modifier | modifier le code]

  • (fr) Une odyssée africaine [« Travels in West Africa »] (trad. de l'anglais par Anne Hugon), Phébus, , 440 p. (ISBN 9782859402235),

Postérité[modifier | modifier le code]

La Royal African Society est fondée en 1901, en mémoire de Mary Kingsley et afin de « favoriser une meilleure compréhension de l'Afrique au Royaume-Uni »[11].

En 1903, à l'initiative de John Holt (en), la Liverpool School of Tropical Medicine (en) (LSTM) crée la médaille Mary Kingsley décernée annuellement à des personnes qui ont contribué à la lutte et de la prévention des maladies tropicales[12]. Le premier récipiendaire est en 1995 Patrick Manson, un des pionniers de la médecine tropicale.

Une série télévisée, diffusée en 2007 par la ZDF, Tropenfieber, évoque les expéditions africaines de Mary Kingsley[13].

Archives[modifier | modifier le code]

Les archives de Mary Kingsley sont déposées et consultables auprès des bibliothèques de l'Université Yale, dans la section archives et manuscrits[14] et de l'université de Liverpool, dans la section collections spéciales et archives[15].

Médaille du Mary Kingsley Award de la Liverpool School of Tropical Medicine

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f D.J. Birkett, « Kingsley, Mary Henrietta (1862–1900) », dans Oxford Dictionary of National Biography, (lire en ligne).
  2. Richard Edward Dennett, Notes on the folklore of the Fjort (French Congo), London,
  3. (en) « Congo Free State | historical state, Africa », sur Encyclopedia Britannica (consulté le )
  4. Katherine Frank 1986, p. 82.
  5. Katherine Frank 1986, p. 82-85.
  6. « Death of Mary Kingsley | History Today », sur www.historytoday.com (consulté le )
  7. a et b Frank 1986, p. 252.
  8. Stephen Luscombe, « The British Empire, Imperialism, Colonialism, Colonies », sur www.britishempire.co.uk (consulté le )
  9. Jean Sévry, « Mary Kingsley, l'exploratrice solitaire », sur sielec.net (consulté le ).
  10. [compte rendu] (en) Rosalind I. J. Hackett, « Reviewed Works: Travels in West Africa by Mary H. Kingsley; A Voyager out: The Life of Mary Kingsley by Katherine Frank », Journal of Religion in Africa, vol. 21, no 1,‎ , p. 78-82 (lire en ligne)
  11. (en) « History », sur Royal African Society (consulté le )
  12. (en-GB) « Mary Kingsley Medal », sur LSTM (consulté le )
  13. (en) « Tropic Fever. Hazard in the Jungle, Mary Kinsley's incredible travels », sur colourfield.de (consulté le )
  14. (en-US) « Collection: Mary Henrietta Kingsley papers | Archives at Yale », sur archives.yale.edu (consulté le )
  15. (en-GB) « Papers of George Macmillan relating to Mary Kingsley - Archives Hub », sur archiveshub.jisc.ac.uk (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles dans des encyclopédies et ouvrage de références[modifier | modifier le code]

  • D. J. Birkett, « Kingsley, Mary Henrietta (1862–1900) », dans Oxford Dictionary of National Biography (lire en ligne).
  • (en) Desmond Wilcox, Ten Who Dared, Boston, Little, Brown, , 336 p. (ISBN 9780913948095, lire en ligne), p. 268-297. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article,
  • (en) John Keay, Explorers Extraordinary, Los Angeles, J.P. Tarcher, , 228 p. (ISBN 9780874773972, lire en ligne), p. 97-124. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) John Logan Allen, Explorers, volume 2, Macmillan Reference USA, , 236 p. (ISBN 9780028648910, lire en ligne), p. 125-128,
  • (en) Anne Commire (dir.), Women in World History, Volume 8, Waterford, Connecticut, Yorkin Publications / Gale Cengage, 1999, rééd. 20 juillet 2000, 879 p. (ISBN 9780787640675, lire en ligne), p. 676-680. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article,
  • (en) Laurie Lanzen Harris (dir.), Biography for Beginners: World Explorers, Pleasant Ridge, Michigan, Favorable Impressions, , 362 p. (ISBN 9781931360203, lire en ligne), p. 325-328,
  • (en) Brian Howard Harrison (dir.), Oxford Dictionary of National Biography, volume 31, Oxford, Oxford University Press, , 998 p. (ISBN 9780198614111, lire en ligne), p. 712-714. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article,
  • (en) Nicholas Storey, Great British Adventurers, Barnsley, South Yorkshire, Remember When, , 160 p. (ISBN 9781844681303, lire en ligne), p. 62-66,

Biographies[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • John Keay, Voyageurs extraordinaires, Payot, 2003 (ISBN 2-228-89770-1) (traduction par Jacqueline Odin de Explorers Extraordinary, 1986). Chapitre IV : Petits travaux pour l'Afrique. Mary Kingsley.
  • Mary Kingsley, la montagne des Dieux, Bande dessinée de Telo, Mathieu, Dorison et C. Clot, collection Explora, Glénat, 2012 - (ISBN 9782723481953).

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) « Miss Mary Kingsley on the South African Hospitals », The British Medical Journal, vol. 2, no 2068,‎ , p. 440-441 (lire en ligne),
  • (en) L. Toulmin Smith & Mrs. Humphrey Ward, « Mary Henrietta Kingsley », Folklore, vol. 11, no 3,‎ , p. 348-350 (lire en ligne),
  • (en-GB) J. E. Flint, « Mary Kingsley-A Reassessment », The Journal of African History, vol. 4, no 1,‎ , p. 95-104 (lire en ligne),
  • (en) John E. Flint, « Mary Kingsley », African Affairs, vol. 64, no 256,‎ , p. 150-161 (lire en ligne)
  • (en) Gerry Kearns, « The Imperial Subject: Geography and Travel in the Work of Mary Kingsley and Halford Mackinde », Transactions of the Institute of British Geographers, vol. 22, no 4,‎ , p. 450-472 (lire en ligne),
  • (en) Caroline Oliver, « Mary Kingsley », African Affairs, vol. 70, no 280,‎ , p. 222-235 (lire en ligne)
  • (en) Edward A. Tiryakian, « White Women in Darkest Africa : Marginals as Observers in No-Woman's Land », Civilisations, vol. 41, nos 1-2,‎ , p. 209-238 (lire en ligne)
  • (en) Gerry Kearns, « The Imperial Subject: Geography and Travel in the Work of Mary Kingsley and Halford Mackinder », Transactions of the Institute of British Geographers, vol. 22, no 4,‎ , p. 450-472 (lire en ligne)
  • (en) Laura E. Ciolkowski, « Travelers' Tales: Empire, Victorian Travel, and the Spectacle of English Womanhood in Mary Kingsley's "Travels in West Africa" », Victorian Literature and Culture, vol. 26, no 2,‎ , p. 337-366 (lire en ligne),
  • (en) Ulrike Brisson, « Fish and Fetish: Mary Kingsley's Studies of Fetish in West Africa », Journal of Narrative Theory, vol. 35, no 3,‎ , p. 326-340 (lire en ligne),
  • (en) Deborah Shapple Spillman, « African Skin, Victorian Mask : the Object Lessons of Mary Kingsley and Edward Blyden », Victorian Literature and Culture, vol. 39, no 2,‎ , p. 305-326 (lire en ligne),

Liens externes[modifier | modifier le code]

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