Aller au contenu

Magasin général (bande dessinée)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Magasin général
Série
Scénario Régis Loisel
Jean-Louis Tripp
Dessin Régis Loisel
Jean-Louis Tripp
Couleurs François Lapierre
Genre(s) Comédie dramatique

Personnages principaux Marie
Serge
Lieu de l’action Drapeau du Québec Québec

Chronique sociale

Époque de l’action Années 1920

Pays Drapeau du Canada Canada
Langue originale Français québécois
Éditeur Casterman
Collection Univers d'auteurs
Nombre d’albums 9 (2006-2014)

Magasin général est une série de bande dessinée en neuf albums, réalisée par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp pour le scénario et le dessin, François Lapierre pour la mise en couleurs. L’adaptation en français québécois est de Jimmy Beaulieu. Les albums ont été publiés entre 2006 et 2014 aux éditions Casterman.

Historique de la série

[modifier | modifier le code]

En 2001, Régis Loisel déménage avec son épouse à Montréal, destination que lui conseille un ami. Il termine alors sa série Peter Pan. L'université du Québec en Outaouais lui propose de venir faire un enseignement en bande dessinée. Loisel n’est pas intéressé mais il en informe Tripp. Ce dernier accepte. Il partage alors l’atelier de Loisel. Ils travailleront sur leurs projets individuels pendant deux ans puis Tripp propose à Loisel d’associer leurs dessins[1].

L’idée de départ de l’histoire est de Loisel. Originellement, il devait conter l’histoire d’une Marie tenant un bougnat-charbon dans la France rurale des années 30. Leur installation au Québec est l’occasion de transporter l’histoire. À l’aide de l’auteur Jimmy Beaulieu, Québécois, les dialogues se sont enrichis de la langue locale.

L’histoire initialement prévue sur quelques albums s’est installée dans le temps pour décrire la vie du petit village de Notre-Dame-des-Lacs au Québec. Comme l’écrit Laurence Le Saux: « Magasin général devait les occuper deux ans, et fournir la matière de trois albums. C’est finalement neuf ans, et autant d’épisodes, que Jean-Louis Tripp et Régis Loisel ont consacré à leur série. Avec finesse, humour et tendresse, ils racontent l’histoire d’un village québécois dans l’entre-deux-guerres »[2].

Cette série présente la particularité d'avoir été réalisée à quatre mains pour le dessin noir et blanc, Régis Loisel et Jean-Louis Tripp ayant décidé de combiner leurs styles (très différents, mais jugés complémentaires) pour donner naissance à un « auteur virtuel ». Chaque case est alors d'abord esquissée par Loisel, sous une forme proche du story board, avant d'être reprise par Tripp[1]. Au début de chaque album, une planche est présentée dans les deux étapes de sa conception, avant mise en couleur.

D'abord pré-publié en Belgique[3] dans le journal Le Soir et en France dans le magazine BoDoï [3],[4], le premier tome est publié le par les éditions Casterman. La série s'achèvera en avec la parution du neuvième et dernier album [5]. Elle aura remporté un grand succès avec plus d'un million d'albums vendus[1].

Magasin Général de Loisel et Tripp

Marie (2006)

[modifier | modifier le code]

Félix Ducharme raconte son histoire dans son village de Notre-Dame-des-Lacs au Québec, jusqu’à sa propre mort. Tout le village est présent pour soutenir sa jeune veuve Marie. C’est elle désormais qui va reprendre le Magasin général, seul commerce du village. Au fil des jours, on découvre la vie quotidienne de Réjean le nouveau curé venu de Montréal, Gaétan jeune homme gentil mais un peu simple, la famille Archambault dont le fils Jean-Baptiste vient de se casser la jambe. Marie sort alors pour la première fois la voiture et l’emmène au village d’à côté, disposant d'un médecin, pour se faire plâtrer, accompagnée de la jeune Jacinthe. Le jeune curé rencontre Noël le vieux charpentier et l’aide à revoir les plans de son bateau en construction. Mais la tenue du magasin seule s’avère difficile pour Marie et même si certains habitants l’aident, d’autres la sollicitent beaucoup, la faisant douter de son futur dans ce village. Pendant ce temps, la plupart des hommes du village sont absents, partis travailler le bois ou chasser en tant que trappeurs. Marie engage Gaëtan pour l’aider au magasin. Les saisons passent et alors que la neige arrive, Marie voit un motocycliste en panne au bord de la route...

Serge (2006)

[modifier | modifier le code]

Le motocycliste s’appelle Serge et est tombé en panne de moto près du village. Marie l’accueille et le loge, la neige l’empêchant de repartir. Une veuve qui accueille un inconnu, cela fait jaser au village. Serge vient de Montréal, après avoir longtemps vécu en France. Il apporte avec lui un raffinement inconnu à la campagne. Lorsque qu’un des habitants se blesse, il se propose de le remplacer pour tuer le cochon, personne d’autre ne sachant le faire. Cet acte lui vaut le respect des villageois. Serge propose alors de réaliser un dîner de réveillon chez Marie en leur préparant de la grande cuisine. Les invités sont comblés, Marie est sous le charme. Serge se sent de mieux en mieux dans le village, disparait quelques jours puis revient après le jour de l’An chargé de provisions : il annonce vouloir ouvrir un restaurant. Installé le soir dans le Magasin général, il tire au sort des invités du restaurant et convie les habitants les uns après les autres. Il leur prépare des plats qu’ils ne connaissaient pas, ces derniers sont ébahis. Serge et Marie se rapprochent...

Les hommes (2007)

[modifier | modifier le code]

Après une longue période de travail hors du village, les hommes reviennent. Ils découvrent à la fois la mort de Félix et qu’un inconnu, Serge, s’est installé chez Marie et a ouvert un restaurant. Serge invite la famille Allaire à diner, mais le mari, juste revenu, n’aime pas l’idée et ils n’y vont pas. Le malaise s’installe. Et le jour de la messe, l’affrontement arrive, un des villageois frappe Serge. Marie est en colère et ferme son magasin. Les autres femmes sont solidaires et la scission s’installe entre hommes et femmes dans le village. La colère monte et les hommes finissent par détruire le cabanon où vit Serge. Le curé culpabilise de ne pas avoir su maintenir la paix. Alice Coté va accoucher mais cela se passe mal. Alors que Serge avait réparé sa moto et était déjà parti, son mari Réal le rattrape et le ramène. Il sauve Alice en stoppant une hémorragie. Le calme revient au village. Serge retourne chez Marie, malheureuse de ne pas avoir su séduire Serge. Il lui avoue qu’il est un inverti.

Confessions (2008)

[modifier | modifier le code]

Le calme est revenu au village, Serge a été accepté par les hommes.Tout le monde attend maintenant le mariage entre Marie et Serge, ce dernier vivant toujours chez elle. Marie est malheureuse car continue à croire qu’elle pourrait séduire Serge mais en vain. Dans un moment de peine, elle va se confesser. Alors que Serge était parti se défouler chez Noël à clouer des planches de son bateau, le curé, choqué de ce qu’il a appris, les rejoint. Après quelques verres, ils mettent au point un plan pour que les villageois comprennent qu’il ne peut y avoir de mariage. Joseph, le père de Gaëtan meurt et alors que Marie, excédée, voudrait que Serge quitte le village, Serge accepte de devenir le père d’adoption de Gaëtan. Marie et Serge se disputent. Marie emmène Alcide le cordonnier en ville et il lui raconte qu’il écrit des poèmes. Serge s’installe chez Joseph. Il propose à Marie de venir récupérer des draps. Elle y va accompagnée de Marceau, ils se retrouvent sur un lit...

Montréal (2009)

[modifier | modifier le code]

Clara apprend que Marie a couché avec son petit ami Marceau. Dès lors, le village entier l’apprend. Marie est rejetée par tous ses amis sauf Serge et Gaëtan. Marceau est aussi en colère d’avoir été trahi par son ami Roch Ouellette à qui il s’était confié. La grand-mère de Jacinthe s’éteint paisiblement. Après l’enterrement, Marie propose à Jacinthe de la prendre en charge chez elle. Mais la pression est de plus en plus forte sur Marie, le village la rejette. Alors une nuit, elle part en voiture avec Jacinthe vers Montréal qu’elle a toujours rêvé de connaitre. Elle va s’installer chez Philomène, la tante de Serge. Ce dernier accepte de s’occuper du Magasin Général mais uniquement selon ses horaires. Il ne veut pas non plus ré-achalander, n’ayant pas de camion. Les clients sont mécontents et les réserves s’épuisent vite. Réjean le curé déplore la situation de Marie et se sent responsable de sa fuite. Serge le réconforte et lui prend la main. Réjean en est très troublé… Pendant ce temps, Marie et Jacinthe découvrent Montréal, sa vie, ses nuits animées. Alors que les humains se disputent, se déchirent, le chiot, le chat et le canard continuent à jouer ensemble...

Ernest Latulippe (2010)

[modifier | modifier le code]

Marie et Jacinthe étant toujours à Montréal, le magasin est vide. Les villageois décident de s’organiser. Ils demandent à Serge de prendre une carriole, d’aller faire les courses et d’avancer l’argent. Serge accepte et part au village chercher des provisions. Sur le chemin, ils aident à réparer le pont cassé par les intempéries. Si Marie se sent bien à Montréal, Jacinthe déprime, son village lui manque. Marie décide alors de la ramener à Notre-Dame des Lacs. Elle revient avec Philomène, la tante de Serge. Alors que les retrouvailles ont lieu, Ernest Latullipe arrive en courant au village : il a besoin d’aide pour soigner son frère Mathurin, attaqué par un ours et grièvement blessé à une jambe. Serge, Réjean et Jacinthe partent en canoé dans la forêt chercher Mathurin, Jacinthe ayant hérité du savoir de sa grand-mère pour les plantes médicinales. Lors de l’expédition, Réjean fait part de ses doutes sur sa vie à Serge. Ils ramènent Mathurin, fiévreux, au village pour le soigner. Les frères Latullipe s’installent provisoirement chez Marie.

Charleston (2011)

[modifier | modifier le code]

Mathurin s’est réveillé et reprend des forces après son attaque de l’ours. Ernest, sous le charme de Marie, décide de se couper la barbe. Ils commencent une liaison. Pendant ce temps, Serge et Réjean se rapprochent, notamment avec des promenades en forêt. Les villageois se posent des questions sur ce que fait Marie mais ne la condamnent plus. Celle-ci a rapporté de Montréal belles robes et maquillages et en fait profiter ses amies, qui, elles aussi, rêvent de la grande ville. Pour compléter les tenues, Alcide accepte de fabriquer des souliers pour Éloïse. Les frères Latulippe se reposent en restant au village et jouent du Charleston pour les villageois. L’ambiance est joyeuse au village et les différents conflits semblent maintenant loin. Marie assume sa double liaison avec les frères Latulippe mais sait aussi qu’ils repartiront bientôt dans les bois, l'hivernage arrive. Pendant ce temps, le curé essaie d’élire un nouveau Maire mais ne trouve pas de candidat. Les soirs passent et les hommes boivent et dansent au lieu de voter. Marie rappelle que si les femmes avaient le droit de voter, l’élection serait déjà terminée... Les femmes du village commencent à s’impatienter : le travail à finir chez eux avance peu, les hommes boivent tous les soirs, les filles veulent des robes et danser le Charleston. Les hommes repartent finir les travaux en cours puis disent au revoir pour plusieurs mois. Ils quittent le village pour repartir travailler. La vie reprend doucement, la neige est tombée et Serge pense à rouvrir son restaurant pour l’hiver. Mais Marie a des nausées, Philomène lui demande si elle ne serait pas enceinte...

Les femmes (2012)

[modifier | modifier le code]

Marie apprend qu’elle est enceinte et en est bouleversée mais heureuse. Elle l’apprend à Serge mais préfère ne pas le dire à son village au début. Réjean s’interroge sur son avenir car est de moins en moins sûr de sa place de curé de village. Il décide d’aller en parler avec Serge et Noël autour d’une prune. Après une longue discussion et une marche dans la forêt avec Noël, Réjean semble avoir pris une décision. Le lendemain, il est absent pour faire la messe. Les sœurs Gladu décident de l’attendre. Mais à bout de froid dans l’église, elle partent chez Noël pour essayer de le trouver. Elles le retrouvent travaillant sur la dérive du bateau de Noël, heureux comme jamais. Serge les rejoint et ramène les sœurs au village. Pendant ce temps, Eloïse se rapproche d'Alcide, sensible à ses poèmes. Marie décide de prévenir Jacinthe et Adèle de sa grossesse. Le réveillon approche et Serge invite les villageois à diner. La messe est annulée pour la seconde fois, Réjean étant absent. Eloïse et Alcide profitent que tout le village soit réuni pour expliquer qu’ils sont en amour. Marie renchérit et annonce qu’elle est en famille. Les habitants sont inquiets de ne plus avoir de curé. Mais ils aiment bien Réjean et n’ont pas vraiment le goût qu’on leur envoie un autre curé. Ils envoient une délégation négocier avec Réjean. Celui-ci accepte d’exercer à temps partiel. La messe de Noël est donnée par Réjean, suivie d’un diner au Magasin général, lui-même suivi d’une soirée dansante de Charleston. Toutes les festivités semblent faire sortir toutes les femmes mères de famille d’une longue torpeur. Elle décident qu’elles aussi ont droit aux belles robes. Elle se réunissent et décident de partir à la ville voisine, Saint Siméon, où se font les courses pour s’acheter du tissu...

Notre-Dame des Lacs (2014)

[modifier | modifier le code]

Les hommes sont partis et le village reprend son rythme hivernal. Les sœurs Gladu vieillissent et tous les villageois montrent leur solidarité en les aidant au quotidien. Gaëtan leur mijote des plats qu’elles apprécient particulièrement. Les femmes se confectionnent de belles robes comme à Montréal, Réjean continue de travailler à la construction du bateau avec Noël. Les mois passent, la neige fond et le retour des hommes est annoncé. Ils arrivent et sont accueillis par Serge qui les fait entrer dans le Magasin Général : la fête est organisée, toutes les dames ont mis leurs belles robes. Les belles robes et les rues boueuses amènent le progrès : des trottoirs en bois sont construits dans tout le village pour mieux circuler. Le printemps arrive, Alcide et Eloïse se marient. Pour le baptême du bateau de Noël, presque terminé de construire, Réjean et Serge décident d’aller faire des achats à Montréal. Pour garder la surprise, ils partent en Indian, la moto de Serge. Arrivés à Montréal, ils s’achètent de beaux costumes et sortent le soir danser le Charleston. Ils profitent de la soirée douce pour rentrer à pied chez Serge, passent devant les magasins Loisel et Tripp, les couleurs Lapierre et le magasin Beaulieu. Leur idylle commence. Ils sont ensuite invités chez les parents de Réjean, qui remet sa soutane pour l’occasion. Au village, Marie profite du printemps pour se promener en forêt et se baigner. Félix fait le bilan de ces deux dernières années. Il se rend bien compte que les choses ont bien plus changé depuis son décès que pendant toute sa vie. Mais il est heureux que tous ceux qu’il a connus soient heureux finalement. C’est le jour du baptême du bateau de Noël. Tout le village est réuni, Réjean et Serge offrent leur surprise de Montréal, un perroquet, Alcide lit un poème réalisé pour l’occasion, Marie baptise le bateau d’une bouteille de champagne. Malheureusement, un feu se déclare dans la cale du bateau. Au même moment, Marie perd les eaux, l’accouchement commence. Les hommes poussent le bateau sur la rivière où il finit de brûler, désespérant Noël. Marie accouche de jumeaux, un garçon et une fille. Réjean et Serge envisagent d’aider Noël à reconstruire son bateau mais aussi sa grange. Pour finir, on peut revoir toutes les photos prises par Jacinthe depuis qu’on lui a offert l’appareil à Montréal...

Personnages

[modifier | modifier le code]
  • Marie Ducharme : jeune veuve d'une quarantaine d'années, propriétaire du Magasin Général.
  • Serge Breuillet : ancien vétérinaire pendant la Grande Guerre. Il a vécu à Paris et vient s'installer au Québec.
  • Félix Ducharme : époux défunt de Marie, il apparaît en voix off et raconte l'histoire.
  • Réjean Beauregard: curé de la paroisse du village, il est arrivé récemment de Montréal.
  • Noël Poulin: le vieux menuisier du village. Athée, il est quand même ami du nouveau curé Réjean.
  • Jacinthe Tremblay: jeune fille amie de Marie, elle vit avec sa grand mère, Louise Laflamme.
  • Gaëtan Payette: fils du maire Joseph Payette et simple d'esprit, il est jovial et sympathique.
  • Les sœurs Gladu: Rosa, Albertine et Jeannette sont les vieilles filles très croyantes du village.
  • Alcide Choquette: le cordonnier, poète à ses heures.
  • Philomène: la tante de Serge qui vit à Montréal.
Magasin général (2006-2014)
 

Cette série est reconnue pour ses deux originalités majeures: tout d’abord, le dessin est réalisé à quatre mains, Loisel faisant la mise en place des personnages et le crayonné, Tripp finalisant le dessin avec l’encrage. Ensuite, les dialogues sont en francais du Québec donnant une touche unique au récit, grâce à Jimmy Beaulieu. Comme l’écrit Léga: « De la même manière, sur une idée originale du créateur de La Quête de l'oiseau du Temps, le papa de Paroles d'Anges a mis des mots. Et quels mots ! On savait que les québécois ont l'accent qui chante, mais à l'écrit ça dézingue à tout va ! Expressions savoureuses, petits mots bien de là-bas, jurons brillants... sans jamais passer pour de l'imitation hasardeuse ou de la moquerie d'expatriés, la langue des habitants de Notre-Dame des Lacs rayonne de bonheur, et donne le sourire à elle toute seule »[6].

La série n’est pas concue pour proposer beaucoup d’action, de la violence ou des coups d’éclats. Comme l’écrit Benoit Cassel pour le tome 1: « L’histoire, quant à elle, ne raconte pas grand-chose : juste le quotidien d’une petite communauté campagnarde québécoise, durant une saison chaude des années 20. Et pourtant cela exprime énormément d’émotions. Que le bien-être de tous et de chacun vient de l’entraide ; que le bonheur est dans le pré ; qu’une estime sincère est bien plus forte qu’une amitié de façade… Bref, Magasin général est une véritable ode à la solidarité et à la tolérance »[7]. Le tome 2 confirme le ressenti du premier tome et comme l’écrit F.Mayaud: « Voilà une lecture qui apaise et réconcilie avec la vie, c’est une BD profondément positive qui incite à croire en l’humain, et c'est paradoxalement ce qui déplaira à ses détracteurs. Les autres seront ravis de renouer avec cette ambiance jusqu’à ce que l’expression « A tantôt » vienne mettre un terme à cet album »[8].

Les deux auteurs réussissent à créer un monde où les émotions saisissent le lecteur. Comme l’écrit B.Roure: « Comme souvent dans Magasin général, c’est à une valse des émotions et des belles relations humaines que l’on assiste, où la générosité danse avec l’amour, la solidarité avec la camaraderie. Régis Loisel et Jean-Lous Tripp ont bâti un petit monde attachant, où le moindre contretemps devient palpitant, où la moindre larme émeut. Cette chronique d’un mode de vie oublié étonne à chaque volume par sa simplicité. Mais devant tant de sincérité, d’humour et de si beaux dessins, comment ne pas fondre ? »[9].

Le rythme du scénario, avec peu d’évènements hormis les changements profonds chez les uns et autres dont le personnage principal Marie, peut donner l’impression d’un étirement au fil des épisodes. Comme l’écrit J.B.Vanier: « Alors d’accord : ça commence à faire un peu long, à paraitre peut être redondant… Mais on aime s’y reposer, chaque année, dans ce Magasin Général là, loin des tracas de nos bitumes peu affriolants et de notre individualisme désespérant. Alors à tantôt… »[10]. Les évènements sont contés en douceur, dans une ambiance chaleureuse et avec humour. Le dessin, tout en rondeur, s’accorde avec le récit. Comme le note M.Natali pour le tome 8: « Cependant, pour attendus que soient certains événements, ils n’en sont pas moins amenés avec habileté et tiennent le lecteur en haleine de bout en bout. Le ton reste empreint d’humanité et saupoudré d’un agréable humour, tandis que le patois local teinte savoureusement les dialogues »[11].

Pour Y.M. Labé, le tome 5 est l’un des meilleurs de la série car envoie l’héroïne hors de son village, continuer à s’épanouir à Montréal. Il écrit que: « Montréal est aussi la chronique la plus réussie de la vie à Notre-Dame-des-Lacs. Fable sur l'exclusion et sur les invariants féminin et masculin, mais aussi éloge de la solidarité et de l'ouverture à l'autre et à l'ailleurs, cet album balance continuellement entre émotion et humour, truculence des situations et vivacité des réparties »[12].

La série se conclut sur un album photographique dessiné, donnant une suite à l’histoire de chacun sous forme de quelques images prises sur le vif. Comme l’écrit S.Dehove: « Simplement intitulé du nom du village, l’album clôt l’histoire de ses habitants avec modestie. Jean-Louis Tripp et Régis Loisel choisissent incontestablement le charme de la suavité au piment du drame. Poursuivant leur apologie de l’émancipation, les auteurs démontrent sans niaiserie que le plaisir et l’épanouissement personnels ont pour corollaires l’amour et la chaleur humaine »[13]. En conclusion, comme le note C.L. Detournay: « Même si Magasin général n'a pas remporté le fauve de la meilleure série lors du dernier FIBD d'Angoulême, cet univers hors-norme a su toucher des lectorats très différents qui ont vibré à l'unisson pour ce village de papier »[14].

Distinctions

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]

  • Ressource relative à la bande dessinéeVoir et modifier les données sur Wikidata :

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 3 Frédéric Potet, « Magasin général, fresque sociale dans le Québec d’autrefois », sur Les petits miquets, blog du Monde,
  2. Laurence Le Saux, « Critique de Magasin Général », sur telerama.fr,
  3. 1 2 « Magasin général », sur le site personnel de Régis Loisel.
  4. Dès n°91.
  5. Nicolas Albert, « Magasin Général: Dernier Traits », sur Comixtrip,
  6. Léga, « Critique de Magasin Général tome 1: Marie », sur bdgest,
  7. Benoit Cassel, « Critique de Magasin Général tome 1: Marie », sur planetebd.com,
  8. F.Mayaud, « Critique de Magasin Général tome 2: Serge », sur bdgest,
  9. Benjamin Roure, « Critique de Magasin Général tome #5 », sur bdgest,
  10. Jean-Bernard Vanier, « Critique de Magasin Général tome 7: Charleston », sur planetebd.com,
  11. M.Natali, « Critique de Magasin Général tome 8: Les femmes », sur bdgest,
  12. Yves-Marie Labé, « "Magasin général (tome 5) Montréal", de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp : une comédie humaine à l'accent joual », sur lemonde.fr,
  13. Sarah Dehove, « Critique de Magasin Général tome 9 », sur planetebd.com,
  14. Charles-Louis Detournay, « ”Magasin général”: quel bonheur », sur actuabd,