La Scandaleuse de Berlin

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La Scandaleuse de Berlin
Titre original A Foreign Affair
Réalisation Billy Wilder
Scénario Billy Wilder
Charles Brackett
Richard L. Breen
Acteurs principaux
Sociétés de production Paramount Pictures
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Comédie dramatique
Romance
Durée 116 minutes (1h56)
Sortie 1948

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Jean Arthur in A Foreign Affair.jpg
Marlene Dietrich in A Foreign Affair trailer.JPG

La Scandaleuse de Berlin (A Foreign Affair) est un film américain réalisé par Billy Wilder, sorti en 1948.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Berlin, 1948. Phoebe Frost (Jean Arthur), chef d'une délégation du Congrès américain, enquête sur le moral des soldats qui occupent la ville. Très vite, elle découvre qu'ils prennent du bon temps et que l'un d'eux a une liaison avec une femme soupçonnée d'être une ancienne nazie. Pour s'éviter des problèmes, le capitaine Pringle (John Lund), l'officier en question, feint de s'éprendre de Phoebe. Celle-ci, candide provinciale de l'Iowa, tombe amoureuse du vil suborneur, et ne s'étonne pas de son assiduité à fréquenter un cabaret mal famé "La Lorelei" où chante la femme fatale présumée ancienne nazie, Erika von Schluetow (Marlène Dietrich). Mais voilà que l'officier se prend au jeu, et tombe amoureux de sa compatriote! Il pourrait, à ce moment-là, quitter la sulfureuse teutonne. Mais voilà... l'ancien protecteur de celle-ci, un puissant nazi en fuite, Hans Otto Burgel, recherché par les alliés, est fou de jalousie, et veut venir tuer l'infidèle et son amant yankee. Du coup, le capitaine Pringle reçoit l'ordre de poursuivre sa liaison, même si c'est en brisant le cœur de la gentille Phoebe, jusqu'à ce que le nazi vienne dans la souricière pour se venger !

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Pendant l'été 1947, Billy Wilder se rend à Berlin avec une équipe restreinte de tournage, pour des prises de vue extérieurs de la ville en ruine et en reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Ces images, intégrées au long-métrage, peuvent donner l'impression que le film a été entièrement tourné à Berlin, ce qui n'est pas le cas.

Marlene Dietrich rejoint Hollywood pour le tournage du film à la fin de l'année 1947, tournage qu'elle accepta par besoin d'argent d'après sa fille, alors qu'elle détestait le projet, devant jouer une ancienne membre du parti nazi, proche du führer pendant la guerre. L'actrice avait déjà refusé le rôle principal du film de Marcel Carné les Portes de la nuit en 1946, arguant qu'elle ne voulait pas jouer la femme d'un collaborateur. Seul la confiance qu'elle avait en Wilder, d'origine allemande comme elle, pu la convaincre de tourner, avec en plus la présence de Friedrich Hollander, parolier des chansons de l'Ange bleu, au piano. D'après Homer Dickens, Wilder fit procéder à des essais à la comédienne June Havoc, essais qu'il montra ensuite à Dietrich pour achever de la convaincre que le rôle était fait pour elle. Trois morceaux de musique furent composés pas Hollander pour le film, et interprétés pas Marlene : Black Market, Illusions, et Ruins of Berlin. « Les chansons de A Foreign Affair suffisent à elles seules à évoquer un pan d'histoire en ruines. »[1]

Sa costumière Edith Head recréa pour elle la robe en paillettes dorées qu'elle portait lors de ses tours de chant sur les fonts occidentaux en 1944 1945. Head déclare d'ailleurs à l'époque : « On ne fait pas de robe pour Dietrich, on les crée pour elle. »[2]

Pour Marlene, ses partenaires principaux n'était pas intéressants : John Lund était « un morceau de bois pétrifié », et Jean Arthur « laide, laide, avec un accent américain atroce. » Malgré tout, d'après Maria Riva, le tournage se passa sans anicroche [3].

Billy Wilder parle ainsi du film :

« Je considère La Scandaleuse de Berlin comme un de mes films les plus réussis. Le casting était efficace. J'avais une nouvelle vedette masculine, John Lund, que je trouvais très bon. Jean Arthur était la vedette féminine, n'est-ce pas ? Elle et Marlene, évidemment. Jean Arthur ne s'entendait pas du tout avec moi. Elle était accompagnée de son mari. Un jour, pendant le tournage, ils sont venus chez moi à minuit. On frappe à la porte, je me réveille et Jean Arthur est là avec son mari, et il me dit : "Ma femme m'apprend quelque chose de très désagréable." Je lui demande : "Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce qui s'est passé ?" Il me dit : "Il y avait un gros plan d'elle où elle était absolument magnifique, formidable, et quand je suis venu la chercher au studio nous avons demandé à voir les rushes et le gros plan avait disparu. Nous ne pouvons qu'en conclure que vous favorisez mademoiselle Dietrich." Je lui ai répondu : "Penser que je détruirais quelque chose est de la pure folie."[4] »

Analyse[modifier | modifier le code]

Moins léger que son résumé pourrait le laisser croire, le film est l'un des rares à décrire la vie quotidienne dans les ruines de l'Allemagne à la fin des années 1940, rasée par les bombardements. "La Scandaleuse... " est en effet tourné dans les véritables ruines de Berlin. « Qui d'autre que Wilder aurait eu l'audace de choisir une ville martyre comme décor pour une comédie ? »[5]

La verve satirique de Billy Wilder n'épargne pas la "bien pensance" américaine incarnée par la candide députée Phoebé Frost, totalement déconnectée des réalités d'une ville en ruines où les femmes se vendent pour quelques barres de chocolat.

À sa façon, ce film comique remet en question toute une politique et des thèmes de propagande américaine alors acceptés, en particulier les programmes de dénazification sur lequel les politiciens américains de l'époque prétendaient fonder de grands espoirs.

La scène d'ouverture (aussi jubilatoire qu'iconoclaste ) montre la "rééducation" d'adolescents allemands, ex-membres de la Jeunesse hitlérienne, par des moniteurs américains (d'athlétiques policiers militaires de la MP ) qui essaient de leur inculquer des notions de démocratie en leur apprenant...le Baseball et qui les réprimandent sévèrement..car ils acceptent sans les contester les décisions de l'arbitre !

Un parallèle peut être fait entre ce film et Ninotchka, d'Ernst Lubitch, déjà scénarisé par Wilder et Brackett, dans lequel on retrouve un triangle amoureux, mais dans l'URSS stalinienne, une décennie plus tôt.

Les particularités du rôle de Marlene Dietrich[modifier | modifier le code]

Trois éléments de ce film font particulièrement échos à la vie personnelle de l'actrice :

  • Elle joue dans ce film le rôle d'une chanteuse de cabaret (le "Lorelei"), comme dans l'Ange bleu dix-huit ans plus tôt, rôle qui lança sa carrière internationale.
  • Elle interprète ici des chansons devant des soldats américains, ce qu'elle fit réellement à la fin de la seconde guerre mondiale, lui permettant d'obtenir le 18 novembre 1947, alors qu'elle tourne la Scandaleuse de Berlin, la Medal of Freedom. Une des tenues portée par l'actrice est d'ailleurs une reprise d'Irene - produite pendant la guerre pour son tour de chant, - par Edith Head[6].
  • Elle joue le rôle d'une ancienne nazie, proche d'Hitler, elle qui n'a jamais rencontré le führer et qui a toujours refusé les appels lancés par la propagande nazie, allant en 1939 jusqu'à obtenir la nationalité américaine (demandée en 1935) pour montrer son opposition au national socialisme.

Pour Jean Pavans, ce film n'eut pas été le même avec une autre actrice que Marlene[7].

Critiques[modifier | modifier le code]

D'après Maria Riva, « la première de Foreign Affair recueillit des critiques dithyrambiques » [8].

Pour Guy Bellinger, « les critiques comme le public passèrent sans la voir, cette pourtant remarquable Scandaleuse de Berlin »[5].

Néanmoins, en 1948, le magazine américain Life parle du film en ces termes : « Chanteuse de boîte de nuit, Marlène Dietrich retrouve le rôle de séductrice qu'elle incarna, il y a 18 ans, dans l'Ange Bleu ; elle est la sirène sans cœur qui pousse les hommes vers la déchéance sans cesser de chanter. »

De son coté, Henry Hart, dans le National Board of Review Magazine, écrit : « Pour un être aussi diaphane, un corps aussi bien proportionné et pour un visage aussi charmant, presque tous les scenarii sont valables. Les quinze années qu'elle a vécues à Hollywood n'ont nullement entamé son extraordinaire capital de charme. Marlène demeure l'incarnation la plus convaincante de la femme fatale qui hante les nuits des hommes. » [2]

Plus récemment, Guy Bellinger écrit : « Marlène Dietrich, toujours somptueuse, s'amuse à jouer les nazies planquées tandis que Jean Arthur, américaine Ninotchka, emporte l'adhésion, en députée puritaine s'ouvrant à la sensualité[5]. »

Box office[modifier | modifier le code]

Drapeau de la France France : 1 647 750 entrées[9]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Eric Rémy, Livret du CD Marlene Dietrich, la Blonde Vénus 1928-1948, éditions Frémaux et Associés, 2000.
  2. a et b Homer Dickens, Marlene Dietrich, traduit de l'anglais par Henri Daussy, éditions Henri Veyrier, 1974, p. 183.
  3. Maria Riva (trad. Anna Gibson, Anouk Neuhoff et Yveline Paume), Marlene Dietrich : par sa fille, Paris, Flammarion, , 787 p. (ISBN 978-2-080-66819-6, OCLC 27863174), p. 643.
  4. site web de l'institut Lumière
  5. a, b et c Guy Bellinger, Guide des films, collection bouquins, éditions Robert Laffont, 2002, volume 3, p. 2662.
  6. « Modèle porté par Marlene Dietrich pendant la guerre, lors de ses tournées sur le front, puis dans A Foreign Affair (La Scandaleuse de Berlin), Etats-Unis, 1948, de Billy Wilder, pour le rôle d'Erika von Schlütow. » in Musée Galliera, Marlene Dietrich, création d'un mythe, éditions Paris Musées, 2003, p. 232.
  7. http://blog-histoire.fr/2000-ans-histoire/2367-marlene-dietrich.html.
  8. Marlene Dietrich : par sa fille, p. 647.
  9. « La Scandaleuse de Berlin », sur AlloCiné (consulté le 27 décembre 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]