Johan de Witt

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Johan de Witt
Description de cette image, également commentée ci-après

Johan de Witt en Grand Pensionnaire (1669) par Jan de Baen (Rijksmuseum Amsterdam).

Naissance
Dordrecht (Provinces-Unies)
Décès (à 46 ans)
La Haye (Provinces-Unies)
Nationalité Prinsenvlag.svg Provinces-Unies
Pays de résidence Hollande
Profession
Autres activités
Formation
Conjoint
Descendants
Anna de Witt
Agnes de Witt
Maria de Witt
Johan de Witt Jr
Famille
Jacob de Witt [père]
Andries de Witt [oncle]
Cornelis de Witt [frère]
Andries Bicker [beau-père]
Jan Bicker [beau-père]
Cornelis de Graeff [oncle]
Pieter de Graeff [cousin]

Compléments

Johan de Witt (en français Jean de Witt) (né le 24 septembre 1625 à Dordrecht - mort le 20 août 1672 à La Haye) fut grand-pensionnaire de Hollande (Provinces-Unies) de 1653 à 1672. Il meurt avec son frère Cornelis massacré par la foule.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né en 1625 dans une famille patricienne de Dordrecht, il est le plus important représentant de la bourgeoisie hollandaise dans le gouvernement de la république des Provinces-Unies, qu'il dirige de fait pendant 20 ans.

Johan de Witt étudie le droit à l'université de Leyde. Géomètre-mathématicien à ses heures, il publie des Elementa curvarum linearum[1] traitant de la génération des sections coniques par des pantographes. Cet ouvrage est publié en annexe de la réédition de la Géométrie de René Descartes dont la deuxième partie de l'édition latine date de 1661 (bien que le texte définitif date de 1659) par l'ami de de Witt, Frans van Schooten, professeur de mathématiques à Leyde. C'est par ce biais qu'il suit le développement du calcul des probabilités. Dès 1670, il publie le premier traité moderne d'évaluation des rentes viagères par l'espérance mathématique (de la valeur actuelle des paiements futurs) sous le titre Waardije van Lyf-renten naer Proportie van Los-renten.

Grand Pensionnaire de Hollande[modifier | modifier le code]

Tôt après son élection en tant que pensionnaire de Hollande, il doit mener de front la guerre contre l'Angleterre républicaine. En 1654, il conclut la paix avec l'Angleterre de Cromwell qui demande l'exclusion de la famille d'Orange-Nassau du stathoudérat, car depuis le mariage de Guillaume II à Marie Henriette Stuart, fille de Charles Ier d'Angleterre, il se défie des liens entre les Stuarts et la maison d'Orange. Une des clés de la réussite politique de De Witt réside dans son étroite collaboration avec son oncle Cornelis de Graeff, l’un des plus influents régents d'Amsterdam.

Pendant la Deuxième Guerre anglo-néerlandaise de 1665-1667, les Néerlandais ont capitalisé sur l'incendie de Londres de 1666 ainsi que sur le raid sur la Medway mené par Michiel de Ruyter en 1667. En tant que pensionnaire de la plus importante des provinces de l'union, Johan de Witt supervise les négociations menant à la signature du Traité de Breda[2] menées conjointement avec la France, qui a participé (quoique mollement) au conflit. Celui-ci prévoit l'assouplissement des dispositions de l'édit de Navigation anglaise ainsi que la rétention des conquêtes de guerre : les plantations du Suriname deviennent donc néerlandaises alors que la Nouvelle-Néerlande passe sous la coupe anglaise.

Il renforce la souveraineté des provinces. En 1667, par l'Édit perpétuel, De Witt et ses acolytes (Andries de Graeff, Gaspar Fagel et Gillis Valckenier) abolissent la fonction de stathouder en Hollande et influencent en ce sens plusieurs autres provinces dont la Zélande et Utrecht.

Coincé entre la France et l'Angleterre[modifier | modifier le code]

Les corps des frères De Witt sur le Groene Zoodje du Lange Vijverberg à La Haye, 20 août 1672 (vers 1673) par Jan de Baen (Rijksmuseum Amsterdam)[3].

En 1668, les ambitions non dissimulées de Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols (actuelle Belgique) — notamment durant la Guerre de Dévolution — inquiètent l'opinion publique néerlandaise. Johan de Witt voit sa politique pro-française s'écrouler face à l'agitation pro-anglaise des Orangistes qui entraînent dans leur sillage les régents des grandes villes. Louis XIV, persuadé que la Triple alliance (Suède, Provinces-Unies et Angleterre) mise sur pied pour contrecarrer ses desseins sur les Pays-Bas espagnols est le fruit de la fourberie de Witt, ne se sent plus tenu par l’alliance de 1663, et travaille activement à une coalition contre la République en concluant le traité secret de Douvres avec Charles II d'Angleterre.

Une fin atroce[modifier | modifier le code]

En 1672, Johan de Witt ne peut empêcher Louis XIV d'envahir les Pays-Bas dans le cadre de la guerre de Hollande. Accusé d'avoir livré la République à la France et de vouloir, à tort, faire assassiner le prince Guillaume, il est emprisonné avec son frère Cornelis, en attente d'un jugement pour haute trahison : le 20 août de la même année, les deux hommes sont massacrés par un attroupement pro-orangiste qui force les portes de leur cellule, puis sauvagement mutile leurs corps (la chronique parla même d'un cas d'anthropophagie) : cet épisode regardant la mort d'un homme que l'histoire a rétrospectivement jugé compétent, est considéré par les Hollandais comme absolument indigne[4].

Il est possible que l'entourage de Guillaume III d'Orange-Nassau (et non le prince lui-même) travailla ainsi au rétablissement du stathoudérat.

Littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Texte rédigé entre 1649 et 1659 ; cf. Grootendorst, Jan de Witt's Elementa Curvarum Linearum, Liber Primus, Springer, 2000.
  2. Cf. Herbert H. Rowen, John de Witt, Statesman of the True Freedom, Cambridge University Press, (réimpr. 2002), « A snarling peace », p. 125-140
  3. Au dos du tableau on trouve la mention manuscrite suivante : « Ce sont les corps de Jan et Cornelis de Witt peints par un peintre de premier plan, d'après nature, le soir à onze heures, encore accrochés sur l'estrapade. Cornelis est celui sans perruque. Jan de Witt a ses propres cheveux. Ceci est la seule peinture d'après nature [d'un tel acte perpétré] le 20 Août 1672 et donc vaut beaucoup d'argent. »
  4. (en) Is it true that an angry mob of Dutchmen killed and ate their own prime minister in 1672?, par Eugen Byrne, sur Historyextra, BBC World History Magazines.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]