Maxime Rovère

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Maxime Rovère
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Maxime Rovère en 2018.
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Maxime Rovère ou Rovere, né en 1977, est un écrivain, philosophe et traducteur français. Il a consacré plusieurs livres à la philosophie de Spinoza, et publié plusieurs ouvrages sur ses propres recherches en éthique, qu'il réunit sous le terme de philosophie interactionnelle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École normale supérieure (1996-2002), où il a suivi le séminaire de Bernard Pautrat, et ancien élève d'histoire de l'art à l'École du Louvre, il a enseigné la philosophie à l'École normale supérieure de Lyon de 2002 à 2007, puis à l'université pontificale catholique de Rio de Janeiro (Brésil) de 2015 à 2019. En 2020, il est fellow à l'Institut de recherches avancées d'Amsterdam[1].

Ses travaux peuvent se diviser en trois champs de recherche principaux :

  1. l'histoire de la philosophie, abordée à partir de Spinoza et des échanges intellectuels à Amsterdam au XVIIe siècle[2] ;
  2. la littérature où ses traductions, adaptations et présentations vont de Giacomo Casanova[3] jusqu'à la littérature enfantine[4] ;
  3. l'esthétique, fruit d'une collaboration directe avec les artistes.

Il collabore régulièrement avec Lidia Breda pour la Petite Bibliothèque Rivages, à titre de traducteur et/ou de préfacier, aux éditions Payot & Rivages, et avec Maxime Catroux aux éditions du Groupe Flammarion. De 2008 à 2020, il est intervenu régulièrement dans Le Magazine littéraire et dans L'Histoire.

Travaux sur Spinoza[modifier | modifier le code]

Spinoza, Méthodes pour exister[modifier | modifier le code]

Son premier livre consacré à Spinoza publié en 2010 chez CNRS Éditions sous le titre Exister. Méthodes de Spinoza, repris en 2013 par le même éditeur au format de poche sous le titre Spinoza. Méthodes pour exister, vise principalement à montrer que l'œuvre de Spinoza ne propose pas un « système philosophique »[5] mais des « méthodes » ponctuelles destinées à modifier des situations concrètes [5],[6],[7],[8]. Il soutient notamment que :

  • La théorie des trois genres de connaissance (expérience, raison, intuition) chez Spinoza ne décrit pas des types d'idées, mais des méthodes de vérification[9].
  • Il n'y a pas de différence entre le « salut des ignorants » (expression popularisée par Alexandre Matheron[10]) et le salut des philosophes : chacun doit mettre en place pour lui-même un système de croyances dont il détermine le degré de rationalité en fonction de ses besoins[11].
  • Ce que Spinoza appelle « idée de Dieu » n'est pas un contenu de penser, mais une manière de comprendre[12].
  • Le « salut » proposé par Spinoza ne consiste pas tant à échapper aux passions (logique de la béatitude), aux contraintes (logique de la liberté) ou à la mort (logique du salut), qu'à s'approprier indéfiniment les obstacles comme exercice d'une puissance singulière et infinie[13].

Le Clan Spinoza[modifier | modifier le code]

En 2017, il publie Le Clan Spinoza, un roman historique sur la vie et le parcours philosophique de Spinoza et de ses amis et collaborateurs. Parmi eux, Saül Levi Morteira, rabbin de la communauté juive d’Amsterdam ; Adriaan Koerbagh, encyclopédiste ; Franciscus van den Enden, activiste opposé à Louis XIV ; Nicolas Sténon ; etc. Désigné comme un roman sans fiction par l'auteur, le livre utilise des descriptions, des dialogues, des détails narratifs et humoristiques qui déjouent les rigidités de l'écriture universitaire. Il est publié à Paris chez Flammarion[14], puis repris en poche dans la collection Libres Champs des éditions Flammarion en 2019.

Le Clan Spinoza a apporté plusieurs corrections dans la biographie de Spinoza. Maxime Rovere y soutient notamment que :

  • Spinoza n'a pas été excommunié de la communauté juive pour ses idées, mais en raison d'un imbroglio à la fois financier, juridique et politique qui ne s'éclaire que si l'on tient compte des parcours de tous les acteurs, en particulier de celle du grand rabbin, Saül Levi Morteira[15].
  • Spinoza n'a jamais été un tailleur de lentilles, comme les autres biographes l'affirment. Il était subventionné par ses amis à telle hauteur qu'il n'avait pas besoin de vendre quoi que ce soit pour vivre. L'argument de Rovere s'enrichit d'une réflexion sur la réception des recherches en optique de Spinoza dans la société bourgeoise puis capitaliste des XIXe et XXe siècles[16].
  • Spinoza ne doit pas être tenu pour la seule source des idées développées dans l'Ethique, bien qu'il en soit techniquement l'auteur. Dans l'épilogue, Rovere conclut : « C'est ainsi que le livre s'est recomposé, non plus seulement autour de la personne de Spinoza, mais comme une série d'événements où il ne m'a plus été nécessaire de tracer des frontières entre ce qui est philosophique et ce qui ne l'est pas, entre la vie de l'un et celle de l'autre, ni entre les pensées de l'un et celles de l'autre, parce que dans le désordre de l'existence, toutes ces frontières sont franchies par de grands mouvements conceptuels et affectifs qui traversent les individus et contribuent à les construire »[17].

Spinoza, Correspondance[modifier | modifier le code]

Sa traduction en français de la Correspondance de Spinoza, accompagnée d'une longue préface, a été publiée en 2010 aux éditions GF. Elle complète et corrige celle proposée par Charles Appuhn en 1924[18].

Œuvre (philosophie interactionnelle)[modifier | modifier le code]

L'appellation d'éthique interactionnelle, puis « philosophie interactionnelle », est apparue chez Maxime Rovere entre 2017 et 2019 pour désigner une réflexion largement inspirée de recherches en sociologie. Le terme par lequel il désigne son approche se réfère à l'Interactionnisme symbolique d'Erving Goffman, à ceci près que Rovere étend à la métaphysique l'emphase portée sur les interactions.

Dans L'école de la vie, il parle aussi de « cybernétique paraconsistante », une expression qui croise l'étude de l'information des systèmes complexes définissant la cybernétique, avec la notion de paraconsistance issue des logiques qui étudient des systèmes incohérents (ouLogique paracohérente).

Il se réfère aussi aux travaux de Francis Chateauraynaud, Eva Illouz, Bernard Lahire, Bruno Latour, Hartmut Rosa)

Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même[modifier | modifier le code]

Derrière un titre provocant, Rovere inaugure son travail de conceptualisation des interactions d'une manière humoristique. Le livre se présente comme une parodie de développement personnel et recourt au registre argotique propre aux conflits entre individus. Il développe pourtant une éthique originale, appuyée sur plusieurs concepts :

- le « naufrage interactionne »l est un phénomène circulaire dans lequel deux interlocuteurs perdent confiance dans la capacité de l'autre à dire quelque chose de vrai[19]. Cela crée une dynamique d'exclusion dans laquelle l'interaction s'effondre sur elle-même, ce qui crée chez chaque acteur ou locuteur le sentiment inquiétant de sa « propre insuffisance »[20].

- Tout en reprenant l'analyse nietzschéenne qui fait le lien entre le droit moral et l'obéissance (à un État imaginaire), Rovere la complète en montrant la valeur expressive des jugements moraux, susceptibles d'exprimer des émotions et de produire des effets de rupture, parfois souhaitables quoique non liés à la vérité, dans les interactions[21].

L'école de la vie. Érotique de l'acte d'apprendre[modifier | modifier le code]

Présenté comme deuxième volume de l'éthique interactionnelle, L'école de la vie étudie les « interactions productrices de savoir » qui désignent les actes d'enseigner et d'apprendre. Le livre emploie le terme d'érotique au sens de Platon, comme science du désir pur (et non seulement sexuel). Le livre comporte quatre parties :

  • « Une apothéose amoureuse » met en valeur la nature circulaire, multiple et incontrôlable des interactions qui permettent, dans une salle de classe, d'emporter des jeunes gens dans des « méta-dimensions » de leur propre existence.
  • « La sexualisation d’Éros » interroge la manière dont la sexualisation entrave les interactions productrices de savoir en rétablissant, par des procédures complexes, le corps humain comme terrain de conflit entre plusieurs institutions normatives.
  • « Érotique de la révolte » étudie les réactions hostiles et les mécanismes qui permettent de les faire fructifier collectivement et individuellement.
  • « Érotique de l'émancipation » montre que tout enseignement, tout apprentissage n'ont de sens que comme pratiques de liberté, et que la liberté n'est ni un droit, ni une condition permanente, ni un état provisoire, mais un problème qui demande sans cesse de nouvelles solutions.

Autres publications[modifier | modifier le code]

Biographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Rouge kwoma. Peintures mythiques de Nouvelle-Guinée, sous la direction de Maxime Rovère et Magali Mélandri, Paris, RMN/Musée du quai Branly, 2008 (ISBN 978-2-91-513393-6)
  • Spinoza, Correspondance, traduction, présentation, notes, dossier, bibliographie et chronologie par Maxime Rovère, Flammarion, coll. « GF » no 1438, 2010 (ISBN 978-2-08-123138-2)

Ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse[modifier | modifier le code]

Choix d'articles scientifiques[modifier | modifier le code]

  • « Spinoza et les modes du commerce », in Astérion, n. 5, « Le marchand et le philosophe », 2007, p. 219-238
  • « Le Parallélisme, un fantasme géométrique dans l’histoire du spinozisme », in Le modèle spinoziste des relations corps/esprit, sous la dir. de Ch. Jaquet, Paris, Hermann, 2010, p. 49 - 71
  • « Causalité et signification : la construction d’un sujet libre chez Spinoza et Lacan », Spinoza et la psychanalyse, sous la direction de P. Sévérac et A. Martins, Hermann, 2012, p. 17-34
  • « Qu’est-ce qu’un auteur ? Réflexions sur la différence entre l’histoire des sciences et l’histoire de la philosophie », in Méthode et Histoire, sous la direction d’Anne-Lise Rey, Paris, Garnier, 2013, p. 142-158

Traductions[modifier | modifier le code]

Préfaces[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]

Radio[modifier | modifier le code]

https://www.franceculture.fr/emissions/grandes-traversees-oncle-walt-mister-disney/un-certain-art-du-dessin-anime

Télévision[modifier | modifier le code]

En 2015, il participe à l'émission Secrets d'Histoire consacrée à Giacomo Casanova, intitulée Casanova, l'amour à Venise, diffusée le 20 octobre 2015 sur France 2[26].

Il participe également à l'émission Bibliothèque Médicis, intitulée Avec ou sans Dieu ?, présentée par Jean-Pierre Elkabbach sur Public Sénat[27].

Il réalise également une présentation de Spinoza, intitulée Le génie provocateur de Spinoza.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir le site du NIAS : [1]
  2. Voir notamment la présentation d'actu philosophia : Actu philosophia
  3. Voir sur la biographie de Casanova par Maxime Rovere la critique du Monde des livres : Le Monde
  4. Voir l'entretien à propos de Casanova publié sur le site de Fondation La Poste [2].
  5. a et b Discours de soutenance, § 3. [3].
  6. Voir la critique du livre sur actu-philosophia [4]
  7. Voir la recension du livre en néerlandais [5]
  8. Voir les discussions sur les forums spécialisés [6].
  9. Exister. Méthodes de Spinoza, p.88.
  10. A. Matheron, Le Christ et le salut des ignorants, Aubier Montaigne, 1997, (ISBN 2700733142)
  11. Exister. Méthodes de Spinoza, p.268.
  12. Exister. Méthodes de Spinoza, p.277-323.
  13. Exister. Méthodes de Spinoza, p.329-360. Ce dernier chapitre s'appelle d'ailleurs « La fin des promesses ».
  14. « Le Clan Spinoza » (consulté le 24 octobre 2017)
  15. Le Clan Spinoza, chapitre intitulé « 27 juillet 1656. Affaire classée », p.185 et suiv.
  16. Le Clan Spinoza, chapitre intitulé « Tombeau pour un mécène », p.349 - 352.
  17. Le Clan Spinoza, p.561.
  18. Voir Roger Pol-Droit dans Le Monde du 29 janvier 2010. [7]
  19. Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, p.90-91.
  20. Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, p.126.
  21. Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, p.138.
  22. Selon l'avis de Gilles Heuré dans Télérama, ce livre fournit quelques pistes d'interprétation philosophiques pour aborder un personnage complexe [8].
  23. [9]
  24. [10]
  25. [11]
  26. « Secrets d'Histoire - Casanova : l'amour à Venise », sur Inatheque (consulté le 23 novembre 2020)
  27. « Bibliothèque Médicis - Avec ou sans Dieu », sur Télé-Loisirs (consulté le 30 novembre 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]