Scanderbeg

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Georges Castriote Skanderbeg
Illustration.
Titre
Dominus Albaniæ
Prédécesseur Jean Castriote
Successeur Jean (fils unique)
Biographie
Nom de naissance Georges Castriote
Date de naissance
Lieu de naissance Krujë (Albanie actuelle)
Coa Kastrioti Family.svg Principauté castriote (en)
Date de décès (à 62 ans)
Lieu de décès Lezhë (Albanie actuelle)
Flag of Most Serene Republic of Venice.svg République de Venise
Nature du décès paludisme[1]
Sépulture Lezhe
Nationalité albanaise
Père Gjon
Mère Vojsava
Conjoint Donica
Enfants Gjon (fils unique)
Entourage nobles albanais
Profession militaire
Religion Chrétien
Résidence Krujë

Skanderbeg (en français, né Georges Castriote, ) est un seigneur albanais du XVe siècle considéré comme le héros national albanais pour sa résistance à l'Empire ottoman. Georges Castriote est né à Krujë, son père était le seigneur albanais Jean (Gjon) Castriote et sa mère Vojsava, une princesse fille du Seigneur de Pollog, actuelle Macédoine du Nord[2],[3]. Son père, seigneur de la moyenne Albanie, avait été obligé par les Ottomans de payer un tribut à l'Empire. Pour s'assurer de la loyauté de ses dirigeants régionaux, le sultan avait l'habitude de prendre leurs enfants en otage et de les élever à la cour ottomane. En 1413, Georges Castriote et ses trois frères furent emmenés par le Sultan turc, Mehmet I. Il suivit l'école militaire de l'Empire ottoman, avec le futur sultan Murad II, qui monte sur le trône en 1421, après la mort de son père, Mehmet I. Le sultan Murad II lui confie de hautes charges militaires. Skanderbeg remporta plusieurs victoires militaires en Asie, grandissant l'Empire pour le compte des Turcs. Après la mort de son père, le prince Gjon, le Sultan, au lieu de lui consigner le règne paternel, occupe l'Albanie et installe un gouverneur à Krujë. Skanderbeg déclare son indépendance le 28 novembre 1443, hissant son drapeau rouge à l'aigle noir. Skanderbeg, ayant rejeté l'islam et l'Empire ottoman, devient défenseur de son pays et de la chrétienté dans les Balkans et l'Europe.

Le surnom de Skanderbeg est d'origine turque : les Ottomans l'appellent Iskander Bey, c'est-à-dire « prince Alexandre », en référence à ses talents de chef militaire qui leur évoquent Alexandre le Grand. Par translittération, ce surnom est devenu Skënderbeu en albanais et Skanderbeg dans la plupart des langues européennes[4].

Enfance[modifier | modifier le code]

Le château de Skanderbeg à Krujë, aujourd'hui un musée.

Né à Krujë, en Albanie, Skanderbeg appartenait à la famille Kastrioti (en) (Castriote). Il est le fils de Jean (Gjon) Castriote, seigneur de la Moyenne Albanie qui comprend Mat, Krujë, Mirditë et Dibër, et de la princesse Voïsava Tripalda[5], fille du seigneur de Pollog. Jean (Gjon) Castriote est de ceux qui, au début, s'opposent à l'incursion du sultan Ottoman Mehmet Ier, mais sa résistance n'est pas efficace. Il perdit la guerre contre les Turcs en 1413. Le sultan Mehmet Ier accepte sa soumission, l'obligeant à lui rendre hommage. Pour s'assurer de sa fidélité, ses quatre fils Georges, Reposio, Constantin et Stanisha Kastrioti sont emmenés comme otages pour servir dans l'armée turque. Tous, sauf Georges, connaissent une mort violente.

Succès dans l'armée ottomane[modifier | modifier le code]

Skanderbeg (Iscander-Bey) se distingue comme l'un des meilleurs officiers du sultan (Murat II) dans plusieurs campagnes des Ottomans en Europe et en Asie Mineure. Cela lui vaut d'être nommé général (pacha). Il combat notamment les Byzantins, les Perses et les Syriens. Certaines sources prétendent qu'il entretient des liens secrets avec la cité dalmate de Raguse, avec Venise, avec Ladislas Ier de Hongrie et Alphonse Ier de Naples. Le sultan Murad II lui donne confiance dans toute opération militaire en Asie Mineure. À la mort de son père, le Prince Gjon, le Sultan ne le nomme pas comme son successeur. Skanderbeg fit semblant d’obéir au Sultan[réf. nécessaire]. Bien que respecté et glorifié, il a le mal du pays. Après la mort de son père et l'empoisonnement de ses frères, Skanderbeg cherche un moyen de retourner en Albanie pour aider ses compatriotes à se soulever contre les forces ottomanes [6].

Le combat pour la libération de l’Albanie[modifier | modifier le code]

Territoire occupé par la ligue de Lezhë.
Georges Castriote, Albanie
Représentation de la résistance de Georges Castriote.

En 1443, Skanderbeg trouve l'occasion d'un soulèvement pendant la bataille qui l'opposa aux Hongrois menés par Jean Hunyadi à Niš, actuellement au sud de la Serbie. Il change de camp avec d'autres combattants albanais servant dans l'armée ottomane et s'empare de Krujë le 28 Novembre 1443, le fief de son père en Albanie centrale. Il dresse au-dessus du château le drapeau de ses armoiries (rouge avec un aigle noir bicéphale), et prononce ces paroles : « Je n'ai pas apporté la liberté, je l'ai trouvée ici parmi vous. » Il réussit ensuite à unir les princes albanais contre les Turcs au sein de la ligue de Lezhë en 1444. C'est le début de l'épopée héroïque des Albanais contre l'occupant, utilisant le terrain montagneux à son avantage, comme lors de la bataille de Torvioll, le 29 juin 1444. Skanderbeg inflige de rudes défaites aux troupes turques.

Pendant les 23 années qui suivirent, il tient tête à la plus grande armée de l'époque alors que le nombre de ses combattants n'excède pas 20 000 hommes. En 1450, l'armée ottomane conduite par le sultan Mourad II en personne échoue devant Krujë, et il meurt de rage et chagrin[réf. nécessaire]. En deux autres occasions, en 1466 et 1467, Mehmet II, le conquérant de Constantinople, est également repoussé par Skanderbeg, après avoir perdu vingt-quatre batailles et échoué à prendre Krujë[7].

Relations avec les États chrétiens[modifier | modifier le code]

Les succès militaires de Skanderbeg attirent l'attention et l'admiration des États pontificaux, de Venise et de Naples, inquiets de l'extension de la puissance ottomane en mer Adriatique. Skanderbeg sait en tirer habilement profit et obtient par la diplomatie de l'argent, du ravitaillement et même des troupes en provenance des trois États italiens. Son partisan le plus fidèle et puissant est le roi de Naples Alphonse le Magnanime, qui le prend sous sa protection en 1451, peu après la deuxième victoire contre Mourad II. Outre son aide financière, le roi de Naples s'engage à fournir au dirigeant albanais des troupes, des équipements militaires et à l'abriter, lui et sa famille, en cas de besoin.

En tant que défenseur actif de la chrétienté dans les Balkans, Skanderbeg est également impliqué dans la politique extérieure de quatre papes, dont Pie II, l'humaniste, écrivain et diplomate de la Renaissance, qui lui octroie le titre de Athleta Christi. Profondément éprouvé par la chute de Constantinople en 1453, Pie II essaie d'organiser une nouvelle croisade contre les Turcs, sous le commandement de Scanderbeg, mais la croisade échoua à cause de la mort du Pape Pie II, à Ancone. Il avait fait de son mieux pour venir en aide à Skanderbeg, à l'image de ses prédécesseurs Nicolas V et Calixte III. Cette politique est poursuivie par son successeur, Paul II.

Postérité[modifier | modifier le code]

Gjergj Kastriot Skanderbeg.jpg

Après sa mort naturelle en 1468 à Lezhë, son armée réussit à contenir les Turcs pendant encore 12 ans. Finalement, en 1480, l'Albanie fut reconquise par l'Empire ottoman. La même année, ils envahirent l'Italie et conquirent la ville d'Otrante.

La renommée posthume de Skanderbeg dépassa les frontières de son pays. Voltaire pensait que l'Empire byzantin aurait survécu s'il avait eu à sa tête un dirigeant de cette qualité. Des poètes et des compositeurs ont également été inspirés par sa carrière militaire. Pierre de Ronsard lui a dédié un poème, tout comme le poète américain Henry Wadsworth Longfellow. Antonio Vivaldi a composé un opéra appelé Scanderbeg. Il existe de nombreux monuments en l'honneur de Scanderbeg, non seulement en Albanie, au Kosovo et en Macédoine du Nord, mais un peu partout en Europe, notamment à Rome, Bruxelles, Londres, Genève où une statue lui est consacrée dans le jardin du Palais William Rappard, siège de l'OMC[8].

Skanderbeg est aujourd'hui le héros national des Albanais; il est parfois considéré comme un défenseur historique de l'Europe.

Blason[modifier | modifier le code]

Sur les armes du royaume albanais que fonda Ahmet Zogu en 1928, l'aigle bicéphale noir de l'Albanie est surmontée d'une tête de chèvre. Représentatif de ce pays de pâturages et d'élevage, cet animal aurait, selon la légende, permis la victoire de l'Albanie lors d'une bataille au XVe siècle. En effet, Skanderbeg eut l'idée de fixer des bougies sur les cornes des chèvres lorsque l'armée de Murad II entra dans le pays. Voyant en pleine nuit un nombre incroyable de torches qu'il prit pour autant de combattants ennemis, le sultan fit demi-tour. Cette ruse sauva momentanément le pays.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • 1480 : premier livre en latin publié par Demetrio Franco à Venise, l'original est perdu, mais dont il reste la traduction italienne, en 1531, 1545 et de suite. Traduit et publié en albanais en 2005.
  • 1508: Historia de Vita et gestis Scanderbegi, Marin Barleti, Rome, .
  • 1539 : Commentario delle cose de Turchi et del Sig. Giorgio Scanderbeg, prencipe d'Epyrro, Paolo Jovio, Venise.
  • 1576 : Histoire de Georges Castriote, surnommé Scanderbeg, roy d'Albanie, Jacques de Lavardin, Paris, G. Chaudière.
  • 1584 : Gli illustri et gloriosi gesti et vittoriose imprese del Sig. D. Giorgio Castriotto detto Scanderbeg principe d'Epiro, Demetrio Franco, Venise.
  • 1644 : Scanderbeg, roman anonyme attribué à Chevreau (Barbier 16839). Paris, Toussainct Quinet (2 volumes in-8).
  • 1732 : Scanderbeg, ou les Aventures du prince d'Albanie, roman anonyme attribué à Chevilly (Barbier 16840). Paris, C.-J.-B. Delespine et G.-A. Dupuis (2 volumes in-12).
  • 1970 : Historia e Skënderbeu, Fan Noli, Tirana.
  • 1970 : Les Tambours de la pluie, Ismaïl Kadaré.

Musique[modifier | modifier le code]

Sculpture[modifier | modifier le code]

A Rome, il y a un monument équestre sur la place Albania depuis 1942. À Tirana existe un buste de bronze du sculpteur Odhise Paskali de 1936. Des monuments équestres de Scanderbeg sont présents à Tirana (Monumenti i Skënderbeut në Tiranë), Krujë, Pristina, Skopje et aux États Unis[Où ?]. Une statue en bronze de Skanderbeg se trouve depuis 1968 sur la place Prévost-Delaunay, près du parc Josaphat, dans la commune belge de Schaerbeek. À Genève un buste en bronze se trouve dans le parc de l'OMC. À Londres, un buste en bronze de Skanderbeg, « invincible héros national, défenseur de la civilisation occidentale », a été érigé en 2012, à l'occasion du centenaire de l'indépendance de l'Albanie au Lady Samuel's Garden.

Sport[modifier | modifier le code]

Le club de football de la ville de Korçë, fondé en 1909 sous le nom de Vllazëria Korçë, a été renommé Skënderbeu Korçë en hommage à Skanderbeg en 1925.

Odonymes[modifier | modifier le code]

En 1978, la place Skanderbeg dans le 19e arrondissement de Paris prend son nom.

Depuis 1566 il y a à Rome une rue et une place Scanderbeg ainsi que le Palais Scanderbeg.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Noli 1947, p. 38
  2. Oliver Jens Schmitt, Skanderbeg : Der neue Alexander auf dem Balkan, Regensburg, éd. Friedrich Pustet, 2009, p. 44-45
  3. http://archives.24heures.ch/actu/suisse/livre-paye-suisse-fait-scandale-albanie-2009-03-24
  4. Paolo Jovio, Commentario delle cose de Turchi....con gli fatti et la vita di Scanderbeg, Venise, Aldus, p. MDXLI.
  5. Gjon Muzaka, Breve memoria de li discendenti de nostra casa Musachi, 1510, p. 301 ; paru et traduit en français dans Karl Hopf, Chroniques gréco-romaines, Paris, 1873, p. 270-340.
  6. Demetrio Franco, Gli illustri et gloriosi gesti et vittoriose imprese fatte contra Turchi dal Sign. D. Giorgio Castriotto, detto Scanderbeg, Prencipe d'Epirro. Ce livre résulte d'une traduction du livre latin de Demtrio Franco, publié le 2 avril 1480 à Venise, par le typographe allemand Erhard Ratdolf, dont ont été perduez les traces. Le père Demtrio Franco était un noble de la ville de Drishti, au service de Scanderbeg.
  7. Marin Barleti, Historia de vita et gestis Scanderbegi, epirotauri.
  8. « skanderbeg : PÂQUIS, J'ADÔÔÔRE ! »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franco Demetrio, « Gli illustri et gloriosi gesti et vittoriose imprese fatte contra turchi dal Sign. D. Giorgio Castriotto detto Scaqnderbeg, Prencipe d'Epiro », Vinegia presso Altobello Silicato, 1584, Libraria della Fortezza.
  • Paolo Jovio, Commentario delle cose de' Turchi et del S. Geeogio Scanderbeg…, Venezia, 1430.
  • Storia di Giorgio Castriotto sopranominato Scanderbeg (Anonimo di Palermo), 1845.
  • La biographie de George Castrioti Scanderbe par Fan S. Noli et l'Encyclopédie Britannica de 1911.
  • Jacques Delavardin, Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderberg, roy d'Albanie. Paris : G. Chaudière, 1576.
  • Camille-Pierre-Alexis Paganel, Histoire de Scanderbeg, ou Turks et chrétiens au XVe siècle. Paris : Didier, 1855. Réédition : Histoire de Skanderbeg. Héros de l'Europe chrétienne. Paris, Éditions du Trident, 2010.
  • Marin Barleti, Historia de vita et gestis Scanderbegi Epirotarum principis, 1508.
  • (en) Fan Stilian Noli, George Castrioti Scanderbeg (1405–1468), International Universities Press, (OCLC 732882).
  • Sabri Godo, Sknderbeu, Tirana, 1975.
  • Virgjil Kule, Kryqtari i Fundit, (Le dernier Croisé), Tirana, 2016
  • Lek Pervizi, Scanderbeg, Album commemoratif, Bruxelles, 2018

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]