Gaspard de Heu

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Gaspard de Heu
Biographie
Naissance
Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
MetzVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Activité
AristocrateVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Enfant
Armoiries de Heu 1.svg
blason

Gaspard de Heu (vers 1517[1] - 1558 à Vincennes), maître-échevin de Metz (1542 puis 1548[2]), seigneur de Buy, Ennery et Flévy, fut déposé pour cause d'hérésie protestante (1542) et se retira à Strasbourg. Il est « célèbre dans notre histoire par la participation qu'il eut, avec son frère, dans l'introduction des troupes françaises dans la ville de Metz et, ensuite, par l'occasion que son malheur donna à la conspiration d'Amboise[3]. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Nicolas de Heu et de Marguerite de Brandebourg[2]. Le [1], il épouse Jeanne de Rognac, fille d'Antoine de Louvain, seigneur de Rognac en Tardenois et protestant de la première heure. Il a deux fils Gaspard, Moyse et une fille Marguerite[2].

Le Réformé[modifier | modifier le code]

La famille de Heu est majoritairement protestante et Gaspard invite Guillaume Farel a prêcher les idées de la Réforme. L'opposition des Treize, le conseil suprême de la République messine, lui interdisant l'accès de la ville, le prêche se déroule à Montigny-lès-Metz, le . Ce premier prêche se déroule sans incident. Le second, les 3 et voit l'opposition croitre entre le parti catholique, qui ferme les portes de la ville et empêche bourgeois et maitre-échevin de revenir coucher chez eux, et Gaspard de Heu, ceux-là arguant du fait que Metz appartient à l'évêque, celui-ci qu'elle est ville d'Empire[1].

Quelque temps plus tard, Gaspard de Heu s'absentant de la ville pour assister à une réunion de la ligue de Smalkalde fut « mis hors de paraige » (déposé de sa charge de maitre-échevin). On ne sait s'il fut rétabli dans sa position, toujours est-il que son échevinage se conclut, le , par une « trêve religieuse » où les protestants obtiennent que leur religion soit librement prêchée et que la chapelle de Saint-Nicolas leur soit attribuée[1]. Lui succède Richard de Raigecourt.

La trêve religieuse est de courte durée : Michel de Gournay et Claude Baudoche recevant l'appui de l'empereur, le pasteur protestant, Watrin Dubois est expulsé en . Il est réélu maitre-échevin en 1548.

Le Traître[modifier | modifier le code]

C'est Gaspard de Heu qui, en 1552, lors du siège de la ville de Metz par les armées françaises, a ouvert — ou favorisé l’ouverture — des portes de la ville « impossible à défendre » aux Français.

Gaspard de Saulx, dans ses mémoires, relate ainsi[4] la prise de la ville

« "Le roi, ayant gagné dans Metz ceux de Heu par présents et promesses joints à la division du peuple dont la négligence n’avait à rien pourvu, arrive aux portes. Le sieur de Tavannes (…) les harangue, les intimide, fait des promesses, tire parole d’eux de recevoir le connétable avec ses gardes et une enseigne de gens de pied : puisque le roi allait pour la liberté d’Allemagne, il ne pouvait moins qu’avoir son logis en leur ville. Il conduit les bourgeois au connétable. Soudainement, tous les meilleurs hommes de l’armée sont mis sous une enseigne, [le connétable] entre en la ville de Metz, deux maréchaux de camp à sa tête. Le sieur Bourdillon s’avance en la place, le sieur de Tavannes demeure à la porte que les bourgeois voulaient à tous coups fermer, voyant cette enseigne si accompagnée, et toujours [il] les en garda par belles paroles. Un capitaine suisse à la solde des Messins tenant les clefs, ayant vu entrer plus de sept cents hommes, les jette à la tête du sieur de Tavannes avec le mot du pays tout est choué et quitte la porte que le sieur de Tavannes tint jusqu’à ce que le connétable arrive. La ville assurée, le roi fit son entrée à Metz, au commencement d’avril 1552 et y laisse le sieur de Gonnord gouverneur." »

Le roi Henri II étant notoirement anti-protestant, on ne peut que s’étonner de cette attitude de la part d’un magistrat très actif dans l’avancement de la Réforme.

De fait, après le siège de Metz par les armées impériales qui tentent en vain de reprendred la ville, il est arrêté au début de 1553 à Ennery par une patrouille impériale qui l’emmène à Thionville (alors dans le comté de Luxembourg, fief impérial), puis Bruxelles où il est enfermé au château de Vilvorde.

Il est interrogé, en février, sur sa « trahison » à la cause impériale. Il se justifie ainsi : « "s’il n’y eut que moy qui me montra à la porte pour laisser entrer les Français dans la ville je l'ay fait en bonne intention, autrement la ville eust été pillé saccagé"[1]. »

Après trois années de prison, il est libéré, probablement à l’occasion de l’abdication de Charles Quint, en 1556.

Le Martyr[modifier | modifier le code]

Il part à Paris négocier avec Jacques de Savoie-Nemours un échange de seigneuries, Gaspard cédant les propriétés françaises de son épouse, Jeanne de Rognac contre une terre dans le territoire (protestant) de Neuchâtel, en Suisse[1].

Il est, depuis 1553, le beau-frère de Jean du Barry, qui a épousé Guillemette, la sœur de Jeanne de Louvain. Avec lui, Gaspard est actif pour défendre la cause de la Réforme et prend appui sur Henri III de Navarre. Martin Luther, informé des événements parisiens écrit à son correspondant, :

« "Puisse la promesse de de Buis[5], faite au nom du Navarrais, devenir une réalité, mais je me méfie de la timidité du-dit roi qui a coutume de couper tous les élans virils. Je ne veux pas vaticiner pourtant je crains que vous n'aperceviez bientôt combien hyperboliques sont les hérauts qui vous ont splendidement célébrés ses vertus. La légèreté du baron (du Barry) m'est connue, c'est pourquoi je laisse dire ce que l'on me rapporte quant à de Buis, bien qu'il ne machine rien de perfide, il s'agite en vain"[1]. »

De fait, Gaspard de Heu est arrêté, en mars 1558, sur ordre du cardinal de Lorraine et transféré au château du bois de Vincennes.

Il est clandestinement exécuté, le dans la prison du château de Vincennes[6].

Ce fut, nous dit de Thou, pour venger la mort de son beau-frère que Jean du Barry se plaça à la tête de la conjuration d'Amboise qui entraîna sa perte[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Roger Mazauric, Le tragique destin d'un praticien messin : Gaspard de Heu, Académie nationale de Metz, 1978 en ligne
  2. a b et c Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, La maison de Heu, Metz, 1860.
  3. François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la noblesse, 1775
  4. L’orthographe a été modernisée. Op. cit. : Les Chroniques de la ville de Metz: 900-1552.
  5. Il s’agit de Gaspard de Heu, seigneur de Buy.
  6. Une exécution secrète (1558)
  7. in Montoy, L'Austrasie: revue du Nord-Est de la France, Volume 4.