Siège de Metz (1552)

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Siège de Metz par Charles Quint
Description de cette image, également commentée ci-après
Dessin de la défaite du siège de Metz par Charles Quint, XVIe siècle.
Informations générales
Date 19 octobre 1552 – 2 janvier 1553
Lieu Metz, France
Issue Victoire française
Belligérants
Armoiries modernes Saint-Empire bicéphale.svg Saint-Empire romain germaniqueBlason France moderne.svg Royaume de France
Commandants
Armoiries Charles Quint.svg Charles QuintArmoiries ducs de Guise.svg François de Guise
Forces en présence
60 000 hommes[1] et 150 canons.5 000 fantassins et 700 cavaliers[1]
Pertes
30 000 hommesindéterminées

Dixième guerre d'Italie

Batailles

Tripoli (9 août - 15 août 1551) · Mirandola (en) (juillet 1551 - mars 1552) · Ponza (5 août 1552) · Metz (octobre 1552 - janvier 1553) · Corse (1553 - 1559) · Marciano (2 août 1554) · Renty (12 août 1554)

Le siège de Metz, se déroule d’ aux premiers jours de , et se conclut par une défaite cinglante du Saint-Empire romain germanique et par la poursuite de l’occupation de Metz par les troupes françaises.

« [Le] plus beau siège qui fut jamais »

— Brantôme

Le voyage d’Allemagne[modifier | modifier le code]

Lettre de Montmorency demandant des renforts au duc de Vendôme contre Charles Quint Archives Nationales AE-II-2188

Avec le soutien des princes luthériens, ligués contre Charles Quint - qui lui accordent en échange de son alliance la possibilité d'occuper les évêchés de l'Empire de langue romane, Verdun, Metz et Toul - Henri II organise son « voyage d’Allemagne », une expédition tournée contre le Saint-Empire romain germanique. Sous les ordres du connétable Anne de Montmorency, les troupes d’Henri II s’emparent, sans combattre, de Toul et de Metz, où celui-ci bénéficie du concours de certains échevins francophiles. Henri II fait son entrée solennelle à Metz le 18 avril 1552. Les Messins l’accueillent sans joie, reprochant aux maîtres échevins messins, les paraiges, d’avoir trahi la cité messine. La ville est toutefois soumise, sous le ferme contrôle des hommes de Montmorency. Le 22 avril, laissant à Metz 3 400 hommes, Henri II reprend sa route vers le Rhin mais ne peut occuper Strasbourg. Vers le 20 mai, il rebrousse chemin, occupe Verdun, avant de rentrer en France. Ainsi s’achève la « chevauchée d’Austrasie ».

Encerclement impérial[modifier | modifier le code]

Plan de Metz assiégé par Charles Quint

Pour laver l’affront des princes luthériens et du roi de France, Charles Quint marche sur Metz le 1er septembre 1552. Le 23 octobre, les troupes impériales atteignent Thionville, ville Luxembourgeoise et Boulay au nord de Metz. Début novembre, 50 000 impériaux, armés de cent à cent-cinquante canons, renforcés par les 12 000 soldats du margrave Albert de Brandebourg investissent les faubourgs de Metz. Comme le montre un plan de Sébastien Leclerc, les campements de l’armée impériale, parsemés autour de la ville, forment une ligne pratiquement infranchissable[2] : les Brabançons et les Italiens tiennent le nord-est, les Allemands et les Tchèques tiennent l’est et le sud-est, les Espagnols et l’artillerie impériale, les côtés sud et sud-est, les troupes du margrave Albert de Brandebourg, les positions situées au nord-ouest.

Fortifications françaises[modifier | modifier le code]

Chargé le par Henri II de la défense de la ville, le lieutenant-général François de Guise fait raser cinq des faubourgs, dont les faubourgs de Saint-Arnould et de Saint-Thiébault, et une quarantaine d’édifices religieux[3], dont les monastères de Saint-Clément, de Saint-Arnould, afin de faciliter la défense de la cité[4]. Il avait en outre fait élever un boulevard d’artillerie en terre, du côté de Bellecroix, et avait creusé un fossé en bordure de la Seille[1]. Après avoir fait sortir de la ville les bourgeois messins par une ordonnance du 21 octobre[4], il emmagasine des vivres avant l’automne, pour soutenir un long siège. En novembre, François de Guise dispose de moins de 7 000 hommes, dont 1 000 pionniers et 700 cavaliers.

Pilonnage d'artillerie et combats[modifier | modifier le code]

L’avant-garde de l’armée de Charles Quint, sous le commandement du duc d’Albe, encercle la ville le 19 octobre 1552. Pendant tout le mois de novembre, l’artillerie de Charles Quint pilonne la ville de Metz au sud-est des fortifications. Le bombardement commence le 9 novembre 1552, avec l’arrivée de l’empereur. Dans l’esprit des tournois médiévaux, des cavaliers brandebourgeois défient des cavaliers français, sans réel succès. Le 17 novembre 1552, une brèche d'une quarantaine de mètres est ouverte près de la porte Serpenoise, mais le doublement des remparts médiévaux ne permet pas aux Impériaux de tirer parti de cette canonnade. Le 27 et 28 novembre, les tirs endommagent, un peu plus à l'ouest, près de trois cents mètres de remparts, que les assiégés s'empressent aussitôt de renforcer.

Entrée d'Henri II dans la ville par la porte Serpenoise qu'il fera plus tard raser pour l'édification de la citadelle

Au cours du siège, la place reçoit ainsi près de 15 000 boulets de canons, sans succès décisifs[4]. Les mines creusées par les Impériaux ne donnent pas plus de résultats, la terre étant détrempée par les intempéries et la nappe phréatique toute proche. Après près de deux mois de siège, les troupes impériales, composées d’Allemands, d’Espagnols, d’Italiens, de Tchèques, de Wallons et de Flamands souffrent du typhus, de la faim et du froid. Les désertions sont nombreuses dans les rangs des Impériaux. Fin décembre 1552, Charles Quint change de tactique. Dépité et malade, il lève le siège le 1er janvier 1553 avec son armée décimée, et repart vers Thionville, qu’il atteint le 2 janvier. Les malades et les blessés, abandonnés sur place par les troupes impériales, seront diplomatiquement épargnés par les troupes françaises.

Occupation française[modifier | modifier le code]

L’occupation française commence de facto. La « protection » de la France sur la République messine se traduit par l’implantation d’une forte garnison dans la cité et par la construction, en 1556, d’une puissante citadelle, à l’épreuve de l’artillerie. Malgré les prières des protestants messins à la Diète germanique, la question messine ne figura plus à l'ordre du jour des assemblées impériales après 1582[1]. Bien que juridiquement toujours intégrée au Saint-Empire romain germanique, la ville restera dans les faits aux mains de la couronne de France, devenant française de jure en 1648, avec la signature des traités de Westphalie. Ce statu quo sera cependant remis en question par le Traité de Francfort en 1871, après un nouveau siège de la ville - victorieux - par les troupes allemandes.

Epilogue[modifier | modifier le code]

Le siège affecta psychologiquement l'empereur Charles Quint qui aurait dit "la chance est femme, elle préfère un jeune roi à un vieil empereur". Le souverain prit bientôt la décision de renoncer au pouvoir et peu à peu remis ses possessions à ses héritiers, son fils qui devint le roi Philippe II d'Espagne et son frère cadet qui succéda à l'Empire sous le nom de Ferdinand Ier du Saint-Empire. Prince flamand, il se retira dans un couvent espagnol. Il y mourut en 1558 en déclarant : "Si l'on ouvrait mon coeur, on y trouverait le nom de Metz".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Le siège de Mets, en l'an MDLII, Paris Charles Estienne, 1553.
  • Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Le siège de Metz par l'empereur Charles V, en l'an 1552 : où l'on voit comme monsieur de Guise et plusieurs grands seigneurs de France, qui étoient dans ladite ville ce sont comportés à la deffence de la place, Metz Pierre Collignon, 1665. [lire en ligne]
  • François-Michel Chabert: Journal du siège de Metz en 1552 : documents relatifs à l'organisation de l'armée de l'empereur Charles-Quint et à ses travaux devant cette place, et description des médailles frappées à l'occasion de la levée du siège [par Bertrand de Salignac], Rousseau-Pallez, Metz, 1856.
  • René Bour, Histoire illustrée de Metz, Metz, 1950.
  • François-Yves Le Moigne et Gérard Michaux, La réunion de Metz à la France (1520-1648), Histoire de Metz, 1986.
  • Gaston Zeller, Le Siège de Metz par Charles Quint, Nancy, 1943.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d René Bour, Histoire illustrée de Metz, Paul Even, Metz, 1950 (p.125-129).
  2. Le médecin Ambroise Paré réussit à entrer dans la ville mi-décembre, en versant « quinze cens escus » à un capitaine italien. (Ambroise Paré, Voyage de Metz, 1552)
  3. Liste des édifices détruits dans les Mémoires-journaux de François de Lorraine, duc de Guise, éd. du commentaire analytique du Code civil, Paris (p.159).
  4. a, b et c Guy Cabourdin:Les temps modernes, de la Renaissance à la guerre de Trente ans, Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Histoire de la Lorraine, Presses universitaires de Nancy, Nancy 1991 (pp. 73-79)