Future capitale égyptienne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ne doit pas être confondu avec Nouveau Caire.

Future capitale égyptienne
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Gouvernorat Le Caire
Gouverneur Ahmed Zaki Abdin (en)
Démographie
Population hab. (2018)
Densité hab./km2
Population de l'agglomération hab.
Géographie
Coordonnées 30° 02′ nord, 31° 47′ est
Superficie 70 000 ha = 700 km2
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Égypte

Voir la carte administrative d'Égypte
City locator 14.svg
Future capitale égyptienne

Géolocalisation sur la carte : Égypte

Voir la carte topographique d'Égypte
City locator 14.svg
Future capitale égyptienne

La future capitale égyptienne est en 2018 une ville en construction devant à terme devenir la capitale de l'Égypte. Le chantier est situé à environ 45 kilomètres à l'est du Caire, en plein désert.

Ce déplacement est une tentative de désengorger la métropole nilote, en proie à une expansion démographique et économique que les infrastructures peinent à suivre. Mais les observateurs font remarquer que ce déplacement vers l'Est a probablement également des visées politiques, visant notamment une plus grande proximité du pouvoir avec la zone stratégique du canal de Suez.

Le projet, prévu depuis les années 1970 et sans cesse repoussé, a reçu son véritable lancement à l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi. Suscitant un certain enthousiasme en Égypte, il est également à l'origine d'un certain nombre de critiques, concernant en particulier son financement.

Localisation et toponymie[modifier | modifier le code]

La future capitale est située environ 45 kilomètres à l'est du Caire, en plein désert, à mi-chemin entre l'actuelle capitale et la ville de Suez à l’entrée sud du canal. Toutefois, elle est intégralement située à l'intérieur du Gouvernorat du Caire ; en effet, la constitution égyptienne dit explicitement que Le Caire est la capitale de l'Égypte, ce qui ferait de celle-ci une nouvelle cité-satellite de la capitale actuelle comme les quatre qui ceinturent déjà cette dernière[1].

En mars 2018, la ville n'a pas encore de nom. Toutefois, les détracteurs du projet l'appellent ironiquement « Madinat Sissi » (en arabe) ou « Sissi-City » (en anglais), soit « La cité de Sissi » pour souligner le caractère pharaonique, personnel et volontariste du projet[2]. Certains commentateurs utilisent le nom donné au projet lors de sa présentation officielle, « Future City »[3].

Historique du projet[modifier | modifier le code]

Les premiers projets[modifier | modifier le code]

La future nouvelle capitale égyptienne s'inscrit dans une lignée de nombreuses villes nouvelles, lancées par les divers gouvernants égyptiens depuis l'indépendance, et visant toutes à désengorger la vallée du Nil, qui constituent les seules terres arables du pays. Ainsi, le schéma directeur de 1974 prévoyait l'aménagement de dix-huit villes nouvelles, toutes situées dans le désert à l'est ou à l'ouest du fleuve (par exemple Dix-de-Ramadan (en) et Six-Octobre)[4].

Entre 1977 et 2000, vingt-deux projets ont ainsi été menés à bien, en particulier sous Sadate et Moubarak[5].

La relance sous al-Sissi[modifier | modifier le code]

La conférence de Charm el-Cheikh durant laquelle Abdel Fattah al-Sissi annonce en mars 2015 la création de la future capitale.

Dès son arrivée au pouvoir en 2014, Abdel Fattah al-Sissi montre un fort intérêt pour ce projet et lance très rapidement le chantier. En mars 2015, à Charm el-Cheikh, il présente le projet à la communauté internationale[6]. Le calendrier des travaux propose que le déménagement du palais présidentiel, du Parlement et des trente-deux ministères ait lieu dès juin 2019[7].

L'intérêt d'al-Sissi pour ce projet est triple. Premièrement, la ville nouvelle a pour but de désengorger Le Caire, qui en 2015 compte dix-huit millions d'habitants (nocturnes), mais jusqu'à vingt-deux millions d'usagers (diurnes) ; les prévisions démographiques officielles égyptiennes anticipent une population de quarante millions d'habitants en 2040[1].

Par ailleurs, le choix de déménager le centre décisionnel du pouvoir politique vers l'est ne doit rien au hasard ; de nombreux observateurs s'accordent pour dire que le président égyptien cherche à rapprocher le pouvoir du canal de Suez, artère commerciale vitale pour le pays ; ainsi que de la péninsule du Sinaï, politiquement indocile[7].

Les travaux réalisés[modifier | modifier le code]

Vue satellite du Caire en novembre 2015. À l'Est du centre-ville, on voit les lotissements inachevés du Nouveau Caire ; au-delà en allant encore vers l'est, on voit les premiers terrassements des autoroutes de la nouvelle capitale.

Les travaux commencent par un grand chantier d'infrastructures. En mars 2018, 390 kilomètres d’autoroutes ont été construits. Puis démarre en 2016 la première tranche des travaux urbains à proprement parler, couvrant une surface de 17 000 hectares (25 000 logements, répartis en sept cents immeubles et neuf cent cinquante villas). Sur ce chantier travaillent environ deux cent mille personnes (ouvriers, mais aussi fonctionnaires, militaires, etc.). Cette première phase correspond à un budget d'environ 70 milliards livres égyptiennes (soit environ 3,3 milliards d'euros au taux de change de 2018)[7].

La Chine, très présente dans le financement du projet, est également investie dans la construction, avec la réalisation d'au moins une vingtaine de tours[7].

Caractéristiques urbaines[modifier | modifier le code]

L'emprise de la nouvelle capitale est de sept cents kilomètres carrés. L'ensemble est prévu pour accueillir environ six millions et demi d'habitants, répartis sur vingt-et-un districts résidentiels, à une échéance de vingt ans environ[7]. La ville est prévue pour compter environ dix mille kilomètres de voies nouvelles, dont une part importante réservée à l'espace piétonnier[8]. À l'achèvement, 1 750 000 emplois permanents sont prévus, ainsi que 663 infrastructures de santé, sept cents écoles maternelles et garderies, ainsi qu'un parc à thème[6].

Outre de très nombreux logements, non seulement de haut de gamme mais aussi plus modestes afin d'accueillir tous les fonctionnaires du nouvel ensemble, le projet compte des hôtels de luxe, un nouvel aéroport, une tour de 345 mètres[9]. En janvier 2019, le premier bâtiment public inauguré est la Cathédrale de la Nativité du Christ, décidée notamment en réaction à l'attentat du 11 décembre 2016, et plus grande église du Moyen-Orient[7],[10]. Au même moment, la mosquée Al-Fattah al-Alim, plus grande mosquée d'Égypte, est également inaugurée.

Critiques[modifier | modifier le code]

Le financement[modifier | modifier le code]

La plus virulente critique adressée par les observateurs au projet est l'absence de transparence concernant le financement de l'opération. Le coût annoncé du projet est d'environ 43 milliards d'euros en 2015, alors que l'Égypte traverse une crise économique et budgétaire importante[9]. Si la plupart des noms des équipements construits ou à construire sont inconnus, la grande artère centrale du projet portera le nom de Mohammed ben Zayed, prince héritier de l'émirat d'Abou Dabi, ce qui laisse supposer aux observateurs un financement au moins en partie émirati : « L’Égypte se livre au Golfe, à l’Arabie saoudite et aux Émirats »[7].

La China State Construction Engineering finance un tiers du prix prévisionnel du projet (environ quinze milliards d'euros sur les quarante-cinq anticipés) par un mécanisme de prêts[11].

Un fort risque de non-achèvement[modifier | modifier le code]

Les prévisions officielles de durée du chantier varient en fonction des personnes effectuant les annonces : al-Sissi parle d'un chantier ne dépassant pas cinq ans ; le ministre du Logement estime entre cinq et sept ans la durée des travaux ; mais le ministre de l’Investissement parle de douze années de chantier avant mise en service[12]. L'exemple des villes nouvelles égyptiennes déjà construites montre leur échec relatif à se développer (à l'exception de Dix-de-Ramadan, qui a partiellement rempli ses objectifs initiaux), et a fortiori à désengorger la capitale[4].

L'analyse des travaux réalisés en fin d'année 2017 et au début de 2018 montre un resserrement du projet par rapport aux ambitions initiales, resserrement sur lequel aucune communication officielle n'est effectuée ; mais de nombreux panneaux publicitaires présentant l'état initialement prévu de la nouvelle capitale sont abattus ou arrachés, ce qui laisse présager une modification assez importante du projet. Cette modification est observable sur les bâtiments déjà réalisés, qui ne correspondent pas à l'architecture de style dubaïote envisagée, mais plutôt à ce qui se fait depuis des années en matière de construction en Égypte[13].

L'approvisionnement en eau de la ville[modifier | modifier le code]

Un autre point fréquemment souligné est la difficulté d'approvisionner le nouvel ensemble urbain en eau douce ; la seule source disponible est en effet le Nil lui-même, dont il faut pomper l'eau pour l’apporter en plein désert[14].

Une ville pour les riches[modifier | modifier le code]

Une autre des critiques adressées au projet est de se former une ville pour les plus aisés, excluant soit de fait — par le prix des logements proposés[7] — soit de droit — par la constitution d'une ville fermée et très sécurisée — les plus modestes. Ismaïl Alexandrani, journaliste d’investigation égyptien, estime ainsi en 2015 que la nouvelle capitale sera une « bulle golfienne isolée et climatisée »[5].

D'autre part, le coût de ce chantier mobilise nécessairement des fonds qui auraient pu être utilisés ailleurs. Selon Khaled Fahmy (en), le projet est « la meilleure illustration de l’insistance [du] gouvernement à ignorer [la population] » et un exemple de « l’absence totale d’institutions démocratiques efficaces ». Le journaliste Ismaël Alexandrani estime quant à lui que ce projet est l'aboutissement du modèle néolibéral de développement urbain prôné et mené à bien par Hosni Moubarak durant sa présidence, modèle financé en partie par les pays du Golfe et cherchant plus l'inscription du Caire dans le réseau des villes mondiales que le bien-être des habitants[12].

L'efficacité du désengorgement[modifier | modifier le code]

La crainte exprimée que les logements soient inabordables pour la classe moyennes et a fortiori les classes modestes égyptiennes en génère une autre : que la nouvelle capitale soit un éléphant blanc, une cité très peu peuplée au regard de ses ambitions, et donc que l'engorgement du Caire se poursuive et s'aggrave. Ainsi, certaines délégations diplomatiques actuellement implantées au Caire n'envisagent absolument pas de déménagement dans la nouvelle capitale, mais seulement la création d'une antenne locale[7].

Même en cas de succès, certains craignent que la réussite du projet urbain de la nouvelle cité crée une forte migration pendulaire entre les deux pôles du Caire ancien et de la ville nouvelle, contribuant à l'engorgement plutôt qu'au soulagement des infrastructures[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alexandre Buccianti, « Égypte : une nouvelle capitale pharaonique », RFI,‎ (lire en ligne).
  2. Philippe Mischkowsky, « Égypte : La "nouvelle capitale" ou le mirage de la Sissi-City », Courrier International,‎ (lire en ligne).
  3. Laura Monfleur, « L’aménagement de l’Égypte : les méga-projets du président Abdel Fattah al-Sissi », Les clés du Moyen-Orient,‎ (lire en ligne).
  4. a et b Roman Stadnicki 2017, « Une ville-fantôme de plus » en périphérie du Caire ?, p. 20.
  5. a et b Laura Monfleur, « L’aménagement de l’Égypte : les villes nouvelles du Grand Caire », Les clés du Moyen-Orient,‎ (lire en ligne).
  6. a et b Roman Stadnicki 2017, Inrtoduction, p. 3.
  7. a b c d e f g h i et j Marie Verdier, « L’Égypte va déménager sa capitale », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne).
  8. (en) « Vision », sur The Capital Cairo (consulté le 29 mars 2018).
  9. a et b Claire Williot, Éric de Lavarène et Nadia Blétry, « Égypte : le mirage d'une nouvelle capitale en plein désert », France 24,‎ (lire en ligne).
  10. G. V., « Inauguration de « la plus grande église du Proche Orient » dans la nouvelle capitale à l’occasion du Noël copte de la part du Patriarche copte orthodoxe et du Président égyptien », Fides,‎ (lire en ligne).
  11. « Égypte : la Chine financera la construction de la nouvelle capitale administrative à hauteur de 15 milliards $ », Algérie Éco,‎ (lire en ligne).
  12. a et b Roman Stadnicki 2017, Course à la « modernisation », autoritarisme et crise économique, p. 7.
  13. Roman Stadnicki 2017, Désir de spectaculaire contre permanence du vernaculaire, p. 22.
  14. S. D., « Égypte : une nouvelle capitale à 45 milliards : le projet fou d'Al-Sissi », L'Obs,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Roman Stadnicki 2017] Roman Stadnicki (photogr. Manuel Benchetrit), « Sissi-City, la “nouvelle capitale d'Égypte” : Enquête sur une publicité bien gardée », La revue du crieur,‎ (lire en ligne)