Fourbure

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Radiographie d'un pied fourbu de profil chez le cheval.
Bascule de la troisième phalange.

La fourbure ou pododermatite aseptique diffuse[1] est une maladie des sabots ou des onglons du bétail.

C'est une congestion inflammatoire aiguë du pied. En raison de l'inextensibilité relative de la boîte cornée, elle entraîne un arrêt circulatoire localisé avec ischémie des tissus, notamment du tissu podophylleux[1]. Il se produit une désunion entre les structures osseuses et cornées, provoquant le basculement de la troisième phalange vers l'avant, caractéristique de cette affection. À l'extrême, la troisième phalange peut perforer la sole. Il s'agit là d'un cas gravissime.

Causes[modifier | modifier le code]

La cause peut être métabolique (par excès de nourriture, déshydratation, infections généralisées provoquant la libération d'endotoxines ou rétention placentaire), traumatique (par excès de travail ou surcharge chronique, c'est-à-dire par excès de poids) ou iatrogène (administration de trop grande quantité de corticoïdes). Une fourbure chronique peut se manifester à la suite d'une fourbure aiguë[2].

Symptômes[modifier | modifier le code]

On peut reconnaître la fourbure aiguë par une chaleur aux pieds affectés (le plus souvent bilatérale et le plus souvent aux antérieurs) une boiterie modérée à intense, un positionnement de l'animal de telle sorte qu'il met son poids sur les membres postérieurs, un pied chaud associé à un pouls digité bondissant, une sensibilité de la sole aux pinces tricoises[3],[4], ainsi que le basculement ou la descente de la 3e phalange sur une radiographie. La fourbure chronique se reconnaît par des bosses sur le devant des pieds affectés et une boiterie légère à modérée.

Traitement[modifier | modifier le code]

Le traitement est celui de la cause avec, de plus, mise au repos, anti-inflammatoires non stéroïdiens (les corticoïdes sont à proscrire)[5]. Dans les suivis possibles, citons également l'administration de vasodilatateur comme d'acépromazine, le patch de nitroglycérine ou la cryothérapie pour la vasodilatation[6],[4], la mise en place d'une litière épaisse au box, ou encore la saignée dans les 12 heures après les premiers symptômes en cas de surcharge alimentaire[2]. Des inhibiteurs du TNF sont parfois utilisés[7]. Un parage curatif facilite la guérison et diminue la douleur[1].

Chez le bovin[modifier | modifier le code]

La fourbure est une pathologie fréquente chez le bovin. Ainsi, un troupeau de vaches laitières hautement productrices peut être touché à 78%[8].

Causes[modifier | modifier le code]

D'autres facteurs ont déjà été identifiés dans l'apparition de la fourbure bovine[1] :

  • la gestion des animaux entre le vêlage et le départ en lactation : la fourbure peut survenir deux à trois mois après le vêlage à la suite de dommages vasculaires, hémorragies et de thrombose du pododerme ;
  • l’âge de l’animal, sa croissance et sa conformation ;
  • l'hérédité, avec une héritabilité comprise entre 0,14 et 0,22 ;
  • des processus inflammatoires aigus (métrite, mammite) ;
  • le logement, avec un sol dur (sol bétonné, caillebotis) ;
  • la saison et les conditions climatiques (humidité élevée).

Chez le cheval[modifier | modifier le code]

La fourbure du cheval dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Xénophon, en 380 av. J.-C., fut le premier à mentionner ce qui s'apparente à la fourbure, en parlant de « surabondance d’orge », mais sans en décrire les symptômes[9]. « les maladies sont plus faciles à traiter au départ que lorsqu’elles sont devenues chroniques et ont été mal diagnostiquées ». Chiron, au IVe siècle, est le premier à comprendre les mécanismes de la fourbure, évoquant même une séparation entre le sabot et les lamelles dermiques[9]. Au Moyen-Age, et pendant plus de 600 ans, la fourbure est traitée par une ablation totale de la sole, avant d’être interdite pour cruauté à la fin du XIXe siècle[10]. La première ferrure orthopédique est recommandée en 1548 [9].

Causes[modifier | modifier le code]

Une nouvelle cause a été identifiée à la fourbure équine : un dysfonctionnement partiel de l’hypophyse et une résistance à l’insuline engendre une concentrations sanguine élevée en insuline, qui déclenche une prolifération lamellaire inappropriée (lat. "Laminitis"), l’affaiblissement des lamelles et donc la fourbure[11].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Chez le cheval fourbu, il se produit une désunion entre les structures osseuses et cornées, provoquant non pas le basculement de la troisième phalange vers l'avant car l'os naviculaire placé derrière l'en empêche, mais par le décollement de la paroi, caractéristique de cette affection. À l'extrême, la troisième phalange peut perforer la sole[12]. Il s'agit là d'un cas gravissime. Outre les symptômes au niveau du pied lui-même, le cheval peut avoir de la fièvre, et les muqueuses oculaires rouges[13].

Traitement et pronostic[modifier | modifier le code]

Si c'est le début de la maladie, le cheval doit être déferré et doit marcher un peu[14]. Au-delà, ou dans le cas de fourbure chronique, un soutien mécanique du pied est indispensable[14] pour limiter les tensions sur les lamelles[6]. Ainsi, une ferrure adaptée, avec un fer orthopédique tronquant la pince et soutenant les talons et la partie postérieure de la fourchette[15] (fer à l’envers, fer ovale, ou si phalange distale est déplacée, un fer en cœur ou un fer en M)[5] supportera le pied et facilitera la guérison[9]. En effet, une telle ferrure réduit la tension exercée par le tendon fléchisseur profond du doigt et assure un soutien de la sole, sans altérer sa vascularisation [16],[17]. Une plaque et du silicone peuvent être également mises en place.

Une alternative au traitement de la fourbure chronique est le déferrage du cheval ainsi qu'un parage « pieds nus » qui favorisera le dynamisme du métabolisme[réf. à confirmer][18], la vascularisation du pied est améliorée et favorise la guérison.

La fourbure reste une affection grave pouvant compromettre définitivement l'aptitude au travail[19]. Par exemple, elle affecte environ 0,5 % des chevaux participants à des épreuves internationales d'endurance[20], mais dont seulement 50 % pourront retourner en compétition[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Blondaux S., La fourbure bovine. Actualités. (Thèse de doctorat vétérinaire), École nationale vétérinaire d'Alfort, (lire en ligne [PDF])
  2. a et b Dr. C. Descamps, « La fourbure », Sports équestres, no 21,‎
  3. (en) N. S. Loving, All horses system go, Trafalgar Square Books, (ISBN 978-1570763328), p. 74-85
  4. a et b (en) Pollitt C.C., Diagnosis and management of lameness in the horse, Saunders, (ISBN 0-7216-8342-8), p. 325-339
  5. a et b Bourzac C., Module informatique interactif sur le syndrome podotrochléaire du cheval (Thèse d'exercice), Université Claude-Bernard Lyon 1, (lire en ligne [PDF])
  6. a et b Courtois P., La fourbure chez le cheval d'endurance : enquête épidémiologique sur les saisons 2004 à 2007 (Thèse de doctorat vétérinaire), École nationale vétérinaire d'Alfort, (lire en ligne [PDF]), p. 157
  7. N. S. Loving, Manuel vétérinaire pour propriétaires de chevaux, Vigot (ISBN 2-7114-1369-1)
  8. (en) Radostits O., Gay C., Blood D., Hinchcliff K., Veterinary Medicine, A Textbook of the Diseases of Cattle, Sheep, Pigs, Goats and Horses, Saunders, , 9e éd. (ISBN 978-0702026041), « Laminitis », p. 1805-1810
  9. a, b, c et d Didier Géraldine, Étude comparative des différentes techniques de vénographie du pied du cheval atteint de fourbure (Thèse de doctorat vétérinaire), École nationale vétérinaire de Toulouse, (lire en ligne [PDF])
  10. (en) Heymering, « A historical perspective of laminitis », Veterinary Clinics: Equine Practice, no 26,‎ , p. 1-11 (lire en ligne [PDF])
  11. Doaré S., Leveillard D., d’après la présentation de Chris Pollitt, issu d'un article de la revue équ'idée n°77, Hiver 2011, « Dernières avancées de la recherche sur la fourbure », Les haras nationaux français,‎
  12. F. Grosbois, F. Cavé, J.M. Goubault, « Le pied du cheval », Les haras nationaux français,‎
  13. « Cheval magazine hors-série santé », Cheval magazine, Prest edit SAS, no 19 « Le guide de la santé du cheval »,‎ , p. 67-70
  14. a et b Comité éditorial Giphar, « La fourbure du cheval », sur Pharmacien Giphar,‎ (consulté le 1er septembre 2015)
  15. Leveillard D., Vessiller B., Williamson-Noble M. et Häberli B., Manuel du maréchal-ferrant européen du 21e siècle, European Federation of Farriers Associations (EFFA), (lire en ligne [PDF]), p. 85-89
  16. (en) Eades, S.C., Holm, A.M.S. et Moore, R.M., 48th Annual Convention of the American Association of Equine Practitioners, American Association of Equine Practitioners (AAEP), , « A review of the pathophysiology and treatment of acute laminitis: pathophysiologic and therapeutic implications of endothelin-1 », p. 353-361
  17. (en) Rendle, D., « Equine Laminitis 1. Management in the acute stage », In practice, no 28,‎ , p. 434-443
  18. « Aide mémoire pour le parage d’un fourbu », sur podologie équine libre (consulté le 4 septembre 2015)
  19. (en) Reed S.M., Equine Internal Medicine, , 3e éd., p. 529-544
  20. Langlois C., Robert C., « Épidémiologie des troubles métaboliques chez les chevaux d’endurance », Pratique vétérinaire équine, no 157,‎ , p. 51-65
  21. Simondon M., Vade Mecum de l'endurance équestre et CD Rom interactif (Thèse d'exercice), Université Claude-Bernard Lyon 1, (lire en ligne [PDF])

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Liens externes[modifier | modifier le code]