Fordlândia

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Fordlandia, Pará, 2005 : ancienne maison d'administrateur.
Fordlandia, Pará, 2005 : Vestige d'usine de latex et débarcadère sur le Tapajos.

Fordlândia est le nom donné à une ville nouvelle, une cité ouvrière mode américain (« company town »), bâtie par l’industriel américain Henry Ford en 1928[1], sur une immense concession au bord du Rio Tapajós dans l'état de Pará au Brésil. Elle se situe à mi-parcours entre Santarem et Itaituba. Elle est reliée par une piste de 50 km à la Transamazonienne (route BR-230) près de Ruropolis. Le projet était d’exploiter le caoutchouc naturel. Ce projet se solda par un échec complet. Présentée parfois comme une ville fantôme[2], elle compte à la fin des années 2010 environ 3000 habitants[3],[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Henry Ford avait l'intention d'utiliser Fordlandia comme une source d’approvisionnement en caoutchouc pour les pneus des voitures Ford, en mettant fin à sa dépendance envers le caoutchouc de la Malaisie britannique[5]. La région de Fordlandia comportait des arbres dispersés donnant le caoutchouc récolté et transformé traditionnellement. Le territoire de Fordlandia était vallonné, rocheux. Aucun des cadres de Ford n'avait une connaissance suffisante de l’agriculture tropicale pour réussir en fait un tel projet (les arbres à caoutchouc, plantés près les uns des autres dans les plantations devinrent des proies faciles pour la rouille et les insectes).

Suivant les conceptions rigoureuses de la vie prônée par Henry Ford, la ville reprenait les conceptions des patrons chrétiens version puritaine dans la période de la Prohibition et allant jusqu'à de l'utopie dans le système de production et la constitution d'une cité. Mais Henry Ford est resté dans le système capitaliste pur en étant tout à fait en dehors du paternalisme dans son action de patron. Le « fordisme » représente le modèle d'organisation et de développement d'entreprise dans le “compromis économique et social vertueux” selon Henry Ford qui par convictions prônait le « mode-de-vie sain »[6]. Et en fait le dirigeant est totalement opposé au syndicalisme et agit dans ses unités de production avec une police privée interne.

Les employés recrutés localement devaient porter les badges d'identification en usage dans l'entreprise et durent travailler aux heures les plus chaudes de la journée, sous le soleil tropical. Le climat agressif a fait de très nombreux morts, plus que les autres conditions de travail. Les travailleurs des plantations de Fordlandia, pour la plupart des Indiens brésiliens, recevaient une nourriture à laquelle ils n'étaient pas habitués, comme des hamburgers. Ford interdisait aussi de boire de l'alcool et de fumer dans la ville, y compris à l'intérieur des maisons et des lieux de rassemblement.
Beaucoup d'ouvriers ont refusé de travailler et en 1930 certains se révoltèrent contre l'encadrement de Ford. La révolte se termina au bout de quelques jours après l'arrivée sur place de l'armée brésilienne.
Pendant la brève histoire de son activité de ville-usine, un village s'était établi à quelques kilomètres en amont, sur l'île de l’Innocence, avec des bars, des boîtes de nuit et des prostituées.

Greg Gandin, professeur à l'université de New York, relate dans l'un de ses ouvrages le témoignage d'une jeune femme ayant accompagné son père ingénieur à Fordlândia : « on avait tout : bibliothèque, terrain de golf, piscine, hôpital modernes… On habitait des belles maisons, les rues étaient propres. J'ai vraiment apprécié mon séjour là-bas »[2].

Le gouvernement brésilien était alors peu ouvert aux investissements étrangers, tout particulièrement dans la région amazonienne, et n'offrit que peu de soutien à ce projet. Ford tenta une nouvelle expérience en amont de la première, à Beltarra, où le climat était plus favorable à la culture du caoutchouc. Au début des années 1940, une équipe du studio Disney en tournée en Amérique du Sud réalise un documentaire commercial sur la gigantesque plantation intitulé Amazon Awakens (1944)[7].

Mais à partir de 1945, le développement de la production de caoutchouc synthétique réduisit la demande mondiale en caoutchouc naturel. Les investissements de Ford cessèrent brutalement. Fordlândia fut un échec total et Henry Ford qui n'y est jamais allé revendit ses possessions en 1945 avec une perte de 20 millions de dollars.

Le domaine est devenu patrimoine historique au XXIe siècle et a été classé par le gouvernement brésilien[Quand ?]. Les archives de Ford contiennent des documents filmés sur la fabrication de la ville et l'exploitation industrielle des arbres. Mais si l'usine est encore surveillée par du personnel malgré son matériel hors d'usage alors qu'elle n'a jamais rien produit de fait, et si les corons sont encore habités par d'anciens ouvriers – ou sont devenus des squats –, les pavillons ont été dévalisés au cours du temps et sont au bord de la ruine de même que l’hôpital devenu inutilisé depuis la fermeture.

Un médiateur faisant office de maire est en place et essaie actuellement de préserver le patrimoine historique.

La salle polyvalente est encore un lieu de rassemblement pour les habitants actuels anciens et jeunes brésiliens (qui veulent faire vivre la ville devenue sûre puisque sans richesse autre qu'historique).

Urbanisme de ville-usine[modifier | modifier le code]

Fordlândia se situe dans une concession attribuée à Ford, qui couvre plus de 10 000 km2 le long de la rivière Tapajós, près de la ville de Santarém, dans l'État du Pará, à environ 960 km de l’embouchure de l'Amazone.

La ville nouvelle fut constituée par des maisons préfabriquées dont le style dépendait de la fonction de son occupant dans l'entreprise: pavillons pour l'encadrement, corons pour les ouvriers.
La manufacture de traitement du latex, une construction de très grandes dimensions est une des composantes de l'architecture industrielle américaine.
Un hôpital fut construit dès le début, les soins y étaient gratuits et réputés pour leur efficacité[6].
Une centrale électrique, une scierie qui l'alimentait, elle-même fournie par le déboisement initial, furent mises en service.
Des boutiques se sont ajoutées organisées sur le mode américain qui comporte la facilité moderne du self-service.

Proche de l'embarcadère la ville est formée d'un « centre urbain » éclaté formé de la salle polyvalente (cinéma, salle de danse...), une école, un golf, une piscine.

Toutes les constructions et leurs meubles équipant venaient directement des États-Unis pour les activités comme pour l'habitat.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Romero, « Brésil. Dans les vestiges du rêve d'Henry Ford », Courrier international,‎ , p. 28-29. Traduction d'un article de Simon Romero paru au New York Times le 20 février 2017.
  2. a et b Vincent Joly, « Dans le cœur vide des villes fantômes », in Le Figaro Magazine, semaine du 13 décembre 2013, pp. 56-61.
  3. http://pauline.daniel.book.picturetank.com/___/series/9a06f3785803ec369a7dfe1d0bba475e/a/Fordlandia_ou_l'arbre_qui_pleure.html.
  4. https://www.theguardian.com/cities/2016/aug/19/lost-cities-10-fordlandia-failure-henry-ford-amazon.
  5. Les arbres à caoutchouc originaires de l'Amérique avaient été transplantés en Asie en culture intensive pour les besoins des industriels européens au XXe siècle. Ils ont été exploités dans le système colonial jusqu'après la deuxième guerre mondiale.
  6. a et b "Henry Ford Health System" (en) est le système de santé conçu par Henry Ford franc-maçon qui par convictions hygiénistes était fermement opposé à la consommation de tabac et d'alcool (voir Henry Ford#Welfare capitalism).
  7. (en) Steven Watts, The Magic Kingdom, p. 258.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]