Eau de Cologne

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Eau de Cologne originale.
Maison Farina.
Journal de Paris 6. XI 1802, Avis de Jean Marie Farina.

Le nom eau de Cologne désigne à l'origine soit un parfum créé par Jean Marie Farina (1685-1766), soit plus généralement une catégorie de parfums contenant 4 à 6 % d'essences.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Jean Marie Farina, parfumeur italien, s’installa à Cologne au début du XVIIIe siècle où il se mit à produire, dès 1708, une « eau admirable », ou Aqua mirabilis, ainsi qu'on appelait alors des eaux issues d’une distillation quelconque et auxquelles on prêtait des dons particuliers. L’eau de Farina est produite à l'aide d'un mélange d’huiles essentielles et d’alcool quasi pur. Ce principe de mélanger des huiles essentielles à de l’alcool provient directement de l’Italie, mais Farina innova en créant une eau parfumée fraîche et légère qui contrastait fortement avec les essences jusqu’alors connues, telles que l’huile de cannelle, l’huile de santal, ou encore le musc.

L'eau admirable de Farina connait d'abord un succès local, mais conquiert peu à peu les cours d'Europe. La première livraison vers Paris a lieu en 1727, mais le grand succès en France sera largement lié aux officiers de l’armée française qui, après la guerre de Succession de Pologne, popularisèrent le parfum en France sous le nom d'eau de Cologne, nom que Farina adopta alors également [1].

L’Eau de Cologne originale de Giovanni Maria Farina (1685-1766) devint le parfum favori de divers personnages connus tels que les rois Louis XV et XVI ainsi que de Napoléon[2]. Aujourd’hui, l’Eau de Cologne originale est toujours produite par la huitième génération de descendants de Jean Marie Farina à Cologne (Jean Marie Farina vis-à-vis la place Julier depuis 1709).

Contrairement à de nombreuses légendes, le parfum de Farina ne fut jamais utilisé comme médicament.[réf. nécessaire] À l’époque où Farina s’installa dans la ville libre d’empire de Cologne, seuls les étrangers de confession catholique et travaillant dans les métiers de luxe étaient les bienvenus (les produits de luxe désignaient exclusivement l’or, l’argent, la soie et les parfums). Lors de l’occupation française (1794-1814) ces lois furent abolies, permettant ainsi à quiconque de s’installer dans la ville. Cette époque marque le début des contrefaçons du parfum de Farina qui en l’espace de 80 ans proliférèrent à une vitesse impressionnante. Presque 2000 plagiats de l’Eau de Cologne de Farina furent recensés. Et c’est à cette époque que l’on vanta les prétendus bienfaits thérapeutiques du parfum. Ce phénomène est d’ailleurs relativement simple à comprendre; il y avait à l’époque tellement de fausses Eau de Cologne sur le marché que les revendeurs sentirent le besoin d’attribuer des qualités médicinales à leur parfum, de manière à élargir leur clientèle.

Le 19 août 1803, Wilhelm Mülhens fit l’acquisition des droits du nom « Farina » qu’il obtient certes par le biais d’un Carlo Francesco Farina (Santa Maria 05.08.1755 - Düsseldorf 25.09.1830) venu d’Italie, toutefois cet homme n’était aucunement apparenté à la célèbre famille de parfumeurs créateurs de l’Eau de Cologne et établie à Cologne depuis 1709 (Farina gegenüber).

Un autre grand parfumeur a été Jean Marie Joseph Farina (1785-1864), neveu du premier, fondateur, en 1806, de la maison Jean-Marie Farina, rue St-Honoré, Paris, reprise par Roger & Gallet en 1862. Ces derniers sont détenteurs des droits sur Eau de Cologne extra vieille (alors que le produit original se nomme Original Eau de Cologne). Elle a reçu l'approbation de la commission des remèdes secrets, le 18 août 1810[3].

Composition[modifier | modifier le code]

L'eau de Cologne est un hydrolat additionné d'eau-de-vie. Celle de Farina se compose de mélisse sèche, ou de marjolaine, de thym, de romarin, d'hysope, d'absinthe, de lavande, de racines d'angélique, de cardamome, de baies de genièvre, de semences d'anis, de carvi, de fenouil, de cannelle, de muscades, de girofles, d'écorces de citrons, d'huile volatile de bergamote et d'eau-de-vie[4].

« Cette recette d'un Italien, donnée d'après Morelot, fournit un alcool d'agréable odeur. On fait d'abord macérer les substances sèches, on les distille au bain-marie. Très-employée. Cette eau de toilette se prépare avec quelques différences dans les quantités des huiles volatiles, selon les goûts particuliers. Elle se fabrique encore à Cologne[4]. »

En 1851, la véritable eau de Cologne est expédiée en fioles allongées contenant près d'un septième de litre, avec un bouchon de liège revêtu d'un parchemin et enveloppé d'un imprimé signé de la griffe de Jean-Marie Farina, outre l'empreinte d'un timbre sec et d'un cachet aux armes de Prusse, apposé en cire verte sur les boites et les flacons, qui se vendent chacun 1 fr. 50c[3](voir illustration).

Terme générique[modifier | modifier le code]

Une centaine d'années après la création de l’eau de Cologne, le parfum se vit en concurrence avec une quantité innombrable d’imitations que la famille réussit après de longs procès à faire interdire. Les poursuites judiciaires durèrent néanmoins près de quatre-vingts ans et cela eut pour conséquence la généralisation du terme d’Eau de Cologne. Le nom d’un parfum exclusif fut ainsi abusivement utilisé, jusqu'à ce qu’il devienne un terme générique. Le fait que les fausses eaux de Cologne se soient multipliées à une vitesse impressionnante eut pour conséquence une confusion générale. Tous ces parfums légers portaient certes le même nom, toutefois leurs odeurs divergeaient radicalement les uns des autres. C’est ainsi que les esprits n’ont plus su attribuer le nom d’eau de Cologne exclusivement au parfum de Farina et ont associé le terme à tout parfum d’une concentration moindre. En parfumerie, il est aujourd’hui courant de faire la distinction entre eaux de Parfum, eaux de Toilette et eaux de Cologne. Ces désignations font référence à leur concentration en essences :

  • Eau de Parfum : 12 - 20 % d'essences
  • Eau de Toilette : 7 - 12 % d'essences
  • Eau de Cologne : 4 - 6 % d’essences

Féminis ou Farina : controverse sur l'invention[modifier | modifier le code]

Une controverse persiste quant au fait qu'on ne sait véritablement à qui attribuer l'invention de l'eau de Cologne. Un certain Giovanni Paolo Feminis, cité comme inventeur dans la plupart des traités du XIXe siècle[4], pourrait en avoir confié le secret à Jean-Antoine Farina[5]. Les plus grands détracteurs de cette théorie sont, bien entendu, les héritiers de Farina. Des preuves existent toutefois selon lesquelles l'inventeur est bien Feminis : « Dans le dernier fascicule de la revue, notre collègue Irissou nous a exposé les résultats de l'enquête entreprise par M.Utescher sur les origines de l'eau de Cologne. Or, je possède plusieurs prospectus du XVIIIe siècle qui tranchent le débat...et que les héritiers de Farina n'auraient pas eu intérêt à produire. L'un signé de « Louis-Jean-Marie Farina », indique: « Elle doit son existence à l'esprit inventeur de Paul Feminis et Jean-Marie Farina, son successeur ». L'autre: « La seule et véritable continue à se faire, par le seul successeur Jean Farina, à la maison du sieur Feminis, rue de la Balance-d'Or à Cologne.» Aucun doute ne saurait donc subsister quant à la priorité de Feminis »[6],[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Giovanni Fenaroli, L. Maggesi: [Acqua di Colonia]. In: Rivista italiana essenze, profumi, piante offizinali, olii vegetali, saponi, Jg. 42 (1960)
  • Francesco La Face: Le materie prime per l'acqua di colonia. In: Relazione al Congresso di Sta. Maria Maggiore 1960.
  • Sébastien Sabetay: Les Eaux de Cologne Parfumée. Sta. Maria Maggiore Symposium 1960.
  • Frederick V. Wells: Variations on the Eau de Cologne Theme. Sta. Maria Maggiore Symposium 1960.
  • Frederick V. Wells, Marcel Billot: Perfumery Technology. Art, science, industry. Horwood Books, Chichester 1981, ISBN 0-85312-301-2, S. 25, S. 278
  • Markus Eckstein: Eau de Cologne les 300 ans de Farina, Bachem Verlag, Köln 2009, ISBN 978-3-7616-2315-2.

Liens[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hier zitiert nach Mönckmeier, Die Geschichte des Hauses Johann Maria Farina, S. 61. cite une lettre de Farina de 1742 où le nom apparait pour la première fois: Monsieur Peiffer d Bacharach me fait voir une de vous lettre par laquelle vous luy demande six boutellie de Eau de Cologne. Cet ensi que on lapelle en France, mais en soie mesme cet de leau admirable, et je suis le seulle qui faie de la veritable …
  2. Napoléon et l'eau de Cologne. Jean Vasse Revue d'histoire de la pharmacie .Année 1969. Volume 57 .Numéro 203. p. 497-499 sur le site persee.fr
  3. a et b Monbrion (M.). Dictionnaire universel du commerce, de la banque et des manufactures…: Par une société de négociants et de manufacturiers. A. Delahays, 1851.Livre numérique Google
  4. a, b et c Julien-Joseph Virey. Traité complet de pharmacie, théorique et pratique: contenant les éléments, l'analyse et les formules de tous les médicaments…Ferra, Rouvier, 1833. Livre numérique Google
  5. « Cette eau n'a cessé de jouir, depuis le 13 janvier 1727, date de son invention, de la plus grande réputation, qu'elle a en partie méritée par les soins de Paul Feminis, qui en fut l'inventeur, de Jean-Antoine Farina, de Cologne, à qui le secret fut confié, et qui le transmit à Jean Marie Farina, son petit-fils, qui l'a fait connaître et en a répandu la consommation dans toute l'Europe et en France, où elle a reçu l'approbation de la commission des remèdes secrets, le 18 août 1810. Quoique la composition de cette eau célèbre ne soit plus un secret, elle est devenue l'objet d'un commerce de parfumerie assez considérable. étant également nécessaire à la toilette des dames et même à celle des hommes, comme eau aromatique, spiritueuse et odoriférante ». Dans Monbrion (M.). Dictionnaire universel du commerce, de la banque et des manufactures ...: Par une société de négociants et de manufacturiers. A. Delahays, 1851.Livre numérique Google
  6. Une note en bas de page va plus loin : « Cette eau alcoolisée et parfumée à la fleur d'oranger, était manifestement utilisée en Italie depuis un temps immémorial. Feminis, qui la fit connaître à Cologne, était sans doute à l'origine un simple colporteur.Quant à Farina, son compatriote et héritier, il fait au contraire figure de grand inventeur-non pas de ce « remède secret », alors panacée à usage interne et externe-, mais bien de la publicité pharmaceutique à rayon d'action mondiale ». P. Lemay .Revue d'histoire de la pharmacie. Année 1952; Volume 40; Numéro 132; p. 318. Sur le site persee.fr Revues scientifiques
  7. « Précieuse plaquette de Jean-Marie Farina vantant les mérites de son "Eau de Cologne". Après le texte décrivant les bienfaits de la célèbre lotion et donnant des conseils pour son administration, on trouve des "Extraits des lettres approbatives" envoyées à l'auteur "par MM. les Docteurs en médecine", ainsi qu'un extrait du jugement du Tribunal de commerce de Paris (21 février 1825) condamnant un contrefacteur du produit dont Farina détenait les droits : le parfumeur Guelaud, demeurant rue de la... Grande-Truanderie (ça ne s'invente pas). Très rare, comme tous les tirages de cette curieuse brochure. Farina s'y présente comme un descendant et héritier de Féminis, l'inventeur de l'eau dite de Cologne ». Dans EAU DE COLOGNE. FARINA (Jean-Marie) Précis sur les propriétés médicales de l'Eau de Cologne, de Jean-Marie Farina, Ancien Distillateur de Cologne, demeurant rue Saint-Honoré, no 333, à Paris Epernay, Imp. de Warin-Thierry, (vers 1826)