Denis de Sainte-Marthe

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Denis de Sainte-Marthe
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Denis de Sainte-Marthe (Paris, le ibidem, le ) est un moine bénédictin français, théologien et historien, qui fut supérieur général de la congrégation de Saint-Maur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dernier des enfants de François de Sainte-Marthe, seigneur de Chant d'Oiseau[1], et de Marie Camus, il appartenait à une famille originaire du Poitou et féconde en érudits et en humanistes[2] : ses grands-oncles Scévole et Louis de Sainte-Marthe avaient été chroniqueurs officiels de France, et tous les deux, comme les enfants de leur ainé, Pierre, Abel et Nicolas-Charles, avaient rédigé les premières éditions de la Gallia Christiana ; la famille était connue familièrement comme les Samarthani.

Il fit ses études au collège de Pontlevoy sous la férule des religieux de la Congrégation de Saint-Maur et y gagna la réputation d'élève modèle par son application à l'étude, puis il entra comme novice à l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes en 1668. Au cours des années suivantes il fut professeur de philosophie et de théologie aux abbayes de Saint-Rémi à Reims, Saint-Germain-des-Prés et Saint-Denis à Paris ; en même temps il rédigeait et publiait quelques ouvrages de théologie contre les thèses calvinistes et protestantes qui se répandaient alors à travers la France et les Pays-Bas[3],[4],[5].

En 1690, le chapitre général de la congrégation le nomma prieur de l'abbaye de Saint-Julien de Tours. Il y joua un rôle de premier plan dans le conflit qui opposait l'ordre à l'abbé de la Trappe Armand de Rancé, ce dernier se montrait assez critique quant aux méthodes d'étude que les Bénédictins maintenaient dans leurs monastères, et pour les défendre Saint-Marthe fit imprimer en 1692 une réplique[6] qui, si elle lui valut l'approbation retentissante de ses frères dans l'Ordre, souleva d'un autre côté l'indignation des partisans de l'abbé, en particulier la duchesse d'Alençon, Élisabeth d'Orléans, et de Bossuet. L'année suivante, Sainte-Marthe revint à la charge avec un nouveau livre sur le même sujet[7], qui fut publié sans le consentement de l'assemblée, ce qui incita le chapitre à lui enlever le poste de prieur et à l'envoyer à Saint Germain-des-Prés, où on le chargea de la volumineuse bibliothèque de l'abbaye. C'est pendant qu'il y séjournait qu'il écrivit la vie de Cassiodore, chancelier du roi Théodoric au VIe siècle[8].

Un an plus tard, il fut rétabli dans ses fonctions et envoyé à Rouen pour administrer l'abbaye Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, où il passa cinq années. Là encore il fut rattrapé par la polémique quand les jésuites eurent accusé la réédition des œuvres de saint Augustin, que le mauriste Thomas Blampin[9] venait de publier, de soutenir des positions proches du jansénisme, cet épisode donna naissance à de brèves brochures[10],[11] que Sainte-Marthe écrivit pour défendre son orthodoxie. C’est à cette époque qu'avec l'aide de son ancien professeur de théologie, Guillaume Bessin, il publia la vie de saint Grégoire le Grand ; à l'occasion de sa réédition, trois ans plus tard, il demanda au pape Clément XI d'être relevé de la dignité abbatiale afin de poursuivre ses études avec une plus grande liberté et moins de distractions, mais sa requête ne fut pas agréée. En 1699, il fut transféré au même poste à Saint-Ouen où il passa six autres années.

La reconnaissance des mérites de ses travaux littéraires fit que le chapitre général qui se tint en 1705 le transféra à Paris afin qu'il pût se consacrer à ses études avec davantage de facilités, assumant successivement au cours des triennats suivants, la charge de prieur des Blancs-Manteaux, de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés et à nouveau de Saint Denis, et à partir de 1708 celui de vice-supérieur général de la congrégation. En 1710, il fut chargé d'élaborer ce qui devait être son œuvre la plus célèbre  : à la demande du cardinal de Noailles, l'Assemblée du clergé de France le dota de quatre millions de livres pour entreprendre la rédaction d'une nouvelle édition de la Gallia Christiana, une encyclopédie de l'histoire ecclésiastique de tous les diocèses de France que les membres de sa famille avaient publiée 55 années plus tôt. Avec une nouvelle conception, plus étendue et mieux documentée, en utilisant les recompilations laissées par Claude Estiennot et avec l'aide de plusieurs collègues, parmi lesquels Étienne du Laura[12], Claude Bohier, Edmond Martène, Ursin Durand, Barthélemy de la Croix, Félix Hodin, Jean Thiroux[13] ou Benoit de Clou[14], il fit paraitre en 1715 le premier volume, qui comprenait les diocèses d'Albi, Aix, Arles, Avignon et Auch ; en 1720, il termina le deuxième sur Bourges et Bordeaux, en même temps qu'il fut nommé Président de l'Assemblée du clergé et supérieur général de la congrégation de Saint-Maur ; cinq ans plus tard, il publiait le troisième volume, qui traitait des sièges de Cambrai, Cologne et Embrun[15]. Il mourut la même année et son travail fut continué par ses collègues de la congrégation.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrimoine littéraire européen: anthologie en langue française, de Jean-Claude Polet et Claude Pichois, De Boeck Université, 1992. (ISBN 2804115259), 9782804115258

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Article sur Wikipédia consacré au manoir de Chandoiseau
  2. Cf. Paul de Longuemare, Une famille d'auteurs aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles : Les Sainte-Marte, Paris, Picard, 1902.consulter cet ouvrage
  3. Traité de la confession contre les erreurs des Calvinistes (Lyon, 1685)
  4. Response aux plaintes des Protestans, touchant la prétendue persécution de France (París, 1688).
  5. Entretiens touchant l'entreprise du prince d'Orange sur l'Angleterre (París, 1689).
  6. Lettres à M. l'abbé de la Trappe, où l'on examine sa réponse au Traité des études monastiques (Amsterdam , 1692).
  7. Recueil de quelques pièces qui concernent les quatre lettres écrites à M. l'abbe de la Trappe (Colonia, 1693).
  8. La vie de Cassiodore, chancelier et premier ministre de Théodoric le Grand (París, 1694).
  9. On trouvera sa biographie dans la Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de Saint Benoît
  10. Réflexions sur la lettre d'un abbé d'Allemagne aux Révérends Peres Bénédictins de la Congrégation de S. Maur, sur leur dernier tome de leur édition de S. Augustin (1699)
  11. Lettre à un docteur de Sorbonne touchant le mémoire adressé à MM. les prélats de France contre les Bénédictins (1699).
  12. René Prosper Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, Bruxelles, 1770.
  13. On trouvera un article consacré à dom Thiroux dans la Bibliothèque générale des écrivains de l'Ordre de Saint Benoit, patriarche des moines d'Occident par Jean François, publiée à Bouillon en 1777, pp. 130 et sqq.
  14. Tous ces noms sont cités par Jean-Philippe Le Cerf de la Viéville dans sa Bibliothèque historique et critique des auteurs de la Congrégation de St. Maur, publiée à La Haye chez Pierre Gosse en 1726.
  15. Gallia christiana, in provincias ecclesiasticas distributa : vol. I, vol. II et vol. III (Paris, 1715-1725).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]