Couvent des Jacobins (rue Saint-Honoré)

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Couvent des Jacobins
Présentation
Culte Catholique romain
Début de la construction 1611
Date de désacralisation 1790
Date de démolition 1816
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Paris
Ville Paris
L’Annonciation de Pourbus, qui ornait le maître-autel de l'église des Jacobins.

Le Couvent de l'Annonciation[1] ou Couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré[2] était un couvent dominicain situé rue Saint-Honoré, à Paris. Son emplacement correspond à la place du Marché-Saint-Honoré.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Couvent de l'Annonciation est fondé en 1611 par le Père Sébastien Michaëlis. Celui-ci vient de réformer la province de Toulouse des Frères Prêcheurs, érigée en Congrégration occitaine réformée. Malgré l'opposition à ses vues du chapitre général de l'ordre, il obtient la permission de Louis XIII et de la régente Marie de Médicis de fonder à Paris un nouveau couvent[3].

Grâce au soutien actif de l'évêque de Paris Henri de Gondi[4], qui fait un don de cinquante mille livres, les Jacobins réformés peuvent construire leur nouveau couvent. La bibliothèque est fondée en 1613 : en 1787, on lui attribue trente-deux mille imprimés et cent trente-deux manuscrits et elle compte parmi les plus belles de Paris.

Après la suppression du couvent en 1790, la bibliothèque est confisquée et les livres sont transportés au dépôt établi dans le couvent des Capucins Saint-Honoré. Le couvent est alors loué aux Amis de la Constitution qui prennent le nom de club des Jacobins[5].

Le club est fermé en 1794 et les bâtiments sont démolis en 1816.

Origine du nom « jacobin »[modifier | modifier le code]

Le terme « Jacobins » désignait, avant la Révolution, l'ordre des Dominicains, qui avait établi le son premier couvent à Paris dans un hospice pour pèlerins nécessiteux situé rue Saint-Jacques. Les frères dominicains reçurent alors le surnom de Jacobins, dérivé du prénom Jacques, Jacobus en latin.

En 1789, les Dominicains possédaient à Paris trois maisons : le couvent de la rue Saint-Jacques, le celui de la rue Saint-Honoré qui deviendra en 1790 le siège du Club des Jacobins, et la maison du faubourg Saint-Germain dont la chapelle est devenue l'église Saint-Thomas-d'Aquin[6].

Description[modifier | modifier le code]

La porte du club des Jacobins.

Le portail du couvent s'ouvrait rue Saint-Honoré, à l'endroit où s'ouvre la rue du Marché-Saint-Honoré. Modeste, il était constitué de trois arcades et cachait presque son existence dans l’encadrement des maisons qui le cernaient. En franchissant ce portail, on se trouvait dans une grande cour carrée, au milieu de laquelle se trouvait l'église appuyée aux bâtiments du couvent, du côté du chevet.

Les bâtiments s'étendaient entre la rue de la Sourdière et la place Vendôme. Une autre entrée était rue Saint-Hyacinthe.

Ces constructions étaient d'une architecture extrêmement simple. L'église[7] n'avait rien de remarquable, mais on y voyait des tableaux de Pourbus (l’Annonciation[8]) et de Mignard (l’Ecce Homo et la Mère de Douleur), ainsi que les mausolées du maréchal de Créquy (par Coysevox[9]) et du peintre Mignard (par Jean-Baptiste II Lemoyne[10]). Une chaise qui, d'après la tradition, avait servi à saint Thomas d'Aquin, y était soigneusement conservée.

Le couvent possédait en outre un cabinet d'histoire naturelle très curieux, formé par les soins du Père Labat.

Le club des Jacobins[modifier | modifier le code]

Réunion des Jacobins dans la salle du chapitre[modifier | modifier le code]

La « Société des Amis de la Constitution » précédemment connue sous le nom de Cercle des Bretons s’installe dans la salle du chapitre lors du transfert de la Constituante de Versailles à Paris. Autour des élus de Quimper s’étaient assemblés des hommes intègres, surtout soucieux d’efficacité dans leur conduite politique et qui convenaient de se concerter avant d’affronter l’Assemblée nationale, de participer à des votes, de sanctionner des choix.

Une cohésion se fait rapidement autour d’eux, qui donnent l’exemple d’une bonne marche démocratique du pouvoir. On y voit Pétion, Barnave, Volney. Le cercle devient un véritable laboratoire politique.

Réunion des Jacobins à la bibliothèque[modifier | modifier le code]

La bibliothèque du couvent, située au-dessus de l'église, où s'installe en 1791 le club des Jacobins.

Le nombre croissant de ses membres, une activité grandissante et le sentiment bientôt légitime de devenir la conscience de l’Histoire, entraînent une telle fréquentation qu’il faut se déplacer de la salle du chapitre à la bibliothèque située au-dessus de l’église des Jacobins. On ne change rien du décor et même on continue à débattre sous les images pieuses. On ajoute simplement des bancs pour les membres, une petite estrade pour la prise de parole au milieu et un fauteuil pour le président.

Réunion des Jacobins à l’église[modifier | modifier le code]

L’ultime changement qui va décider du nom du club : le 29 juin 1791, on passe de la bibliothèque à l’église. Et l’usage va s’imposer de dire : « on va aux Jacobins ».

Le laboratoire politique[modifier | modifier le code]

Les réunions, tout d’abord tenues à huis clos, deviennent publiques à partir d’octobre 1791. C’est, pour ses membres, l’occasion de roder leurs discours avant de les prononcer à l’assemblée et de tester leurs options. Formidable tremplin aussi pour lancer des idées, chauffer l’opinion et préparer les négociations les plus difficiles avec l’ensemble de l’Assemblée qui deviendra au cours des mois, une commission d’enregistrement de décisions prises à main levée au club. De la sérénité réflexive des débuts, on est passé à la passion dans tous ses risques, dont celui de mener une politique d’effets, de force, d’éclat suicidaire dans sa logique de surenchère. Le couvent des jacobins devient un des pôles de la vie révolutionnaire, foyer ardent des pulsions les plus retentissantes de ses membres et confondu peu à peu, avec ses excès.

Fermeture du club[modifier | modifier le code]

Après la chute des Jacobins le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), avoir été jacobin est une tare, alors que ce fut un passeport.

Trois mois après la mort de Robespierre, la salle des Jacobins est assiégée par la jeunesse dorée, envahie, dévastée et fermée : en novembre 1794, le boucher Legendre, qui de robespierriste était devenu thermidorien, vient mettre les scellés sur l'église.

Le 28 floréal an III (17 mai 1795), la Convention décrète que « l’emplacement des ci-devant Jacobins, rue Saint-Honoré, sera consacré à l’établissement d’un marché public. Ce marché portera le nom de Neuf thermidor. » L’affaire traîna en longueur, il fallut attendre 1806 pour que l’on perce la rue du Marché-Saint-Honoré dont l’extrémité fut occupée par une halle (actuelle place du Marché-Saint-Honoré)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Couvent de l'Annonciation a été conservé par les Dominicains pour leur couvent situé au 222 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris.
  2. Il existait à Paris deux couvents de Jacobins, qui étaient distingués par la rue où ils se trouvaient : le plus ancien était rue Saint-Jacques (d'où le nom de Jacobins donné aux Dominicains en France), et le plus récent, fondé par les Jacobins réformés, était rue Saint-Honoré.
  3. Lettres-patentes de septembre 1611.
  4. Lettre de Henri de Gondi datée du 8 avril 1612.
  5. La rivalité entre les religieux jacobins (Dominicains) et cordeliers (Franciscains) datait du XIIIe siècle. Tandis que les premiers passaient pour être demeurés pauvres et sobres, les seconds acquirent une solide réputation de bons vivants. On chantait :
    Boire à la jacobine
    C’est chopine à chopine,
    Mais boire en cordelier
    C’est vider le cellier.
    Curieusement, cette rivalité subsistera en 1790 ; les moines des deux couvents désaffectés seront remplacés par des clubs politiques. Le club des Cordeliers qui se réunit dans le couvent des Cordeliers (aujourd’hui rue de l'École-de-Médecine) use d’un langage plus viril et prône des idées plus avancées que le club des Jacobins, mais se montre moins exclusif quant au choix de ses membres.
  6. "Michel Mourre, 1986"
  7. D'après Bussy-Rabutin, cette église était sous Louis XIV le rendez-vous des courtisans et des galants.
  8. Aujourd'hui au Musée des beaux-arts de Nancy.
  9. Le buste de ce tombeau est aujourd'hui à l'église Saint-Roch.
  10. Le buste de Mignard, placé sur le tombeau du peintre que sa fille, la comtesse Jules de Pas de Feuquières, avait commandé à Lemoyne, est aujourd'hui à l'église Saint-Roch. Longtemps attribué à Girardon, ce buste est probablement une copie de l'œuvre de Desjardins, aujourd'hui au Louvre.

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