Photocomposition

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Lumitype (1965)
Photocomposeuse Berthold

La photocomposition est un procédé de composition de lignes de texte en qualité typographique par un principe photographique, et non, comme depuis les débuts de l’imprimerie, par des caractères en plomb assemblés manuellement ou mécaniquement. Assis devant le clavier d'une machine imposante et coûteuse, un opérateur pouvait ainsi produire des colonnes de texte sur des films, qui étaient ensuite découpés et assemblés pour réaliser les maquettes transparentes des pages de journal, brochures, livres, etc. au travers desquelles on flashait les plaques d'aluminium de l'imprimerie offset.

La première machine opérationnelle, la Lumitype, fut mise au point par les ingénieurs Louis Moyroud, René Higonnet et René Gréa[1] à partir de 1944. Le procédé se généralisa dans les années 1960 et fut remplacé par l’informatique à la fin des années 1970[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Les premières évolutions pour sortir de la composition en plomb se font dans le secteur de ce qu’on n’appelle pas encore la bureautique. Les administrations requièrent de plus en plus de documents à faible diffusion. Vers 1890 apparaît le photostat, procédé de reproduction photographique. Les machines à écrire se perfectionnent : au milieu des années 1920 apparaît la Typary de la société suisse Polygraphic, machine à écrire justifiante, puis la Varityper de Coxhead (USA), qui permet de varier styles et corps en qualité supérieure à la machine à écrire standard. Ces machines permettent la composition de texte pour l’impression offset et héliogravure de bureau, mais on n’arrive pas à la production en grandes quantités et en vraie qualité typographique.

Des photocomposeuses, généralement destinées au titrage, sont fabriquées : celle d’Alfred E. Bawtree (1915), celle de J. R. C. August et E. K.Hunter (1915), qui fait déjà appel au calcul binaire. On modifie le principe de la Linotype (Smothers, 1925 ; Friedman et Bloom, 1926). En 1928, Ödön Uher fabrique une machine assez évoluée, l’Uhertype, pour qui Jan Tschichold dessine plusieurs polices. Mais la machine vraiment universelle et efficace reste à inventer.

Ce sont deux ingénieurs dans le domaine du téléphone, Higonnet et Moyroud, totalement étrangers à l’imprimerie, qui apportant sur la question un regard totalement neuf, réaliseront, non sans mal, à partir de 1944, la première photocomposeuse moderne, la Lumitype.

Principe[modifier | modifier le code]

Sur la Lumitype, les « matrices » des caractères sont des négatifs photographiques, disposés sur un disque. Chaque disque peut comporter plusieurs polices différentes. Le disque tourne devant un objectif qui détermine le corps du caractère. L’image du caractère est impressionnée sur le support, papier ou film, par un éclat de lumière stroboscopique. La saisie se fait sur un clavier assez proche de celui d’une machine à écrire. La ligne est mise en mémoire, un calculateur détermine la valeur des espaces inter-mots en fonction des valeurs des signes saisis, puis la ligne est composée avec la justification voulue. La qualité est améliorée et le coût à la page nettement inférieur à ce qui est obtenu avec un système au plomb, en raison des vitesses possibles (15 000 lignes/minute, soit dix fois la vitesse d'une imprimante d'ordinateur de l'époque, était une vitesse de composition typique).

Contexte[modifier | modifier le code]

Le procédé a remplacé, outre les linotypes, les plus modestes composeuses à boule genre « Composphère », machines à écrire très améliorées, dont les premiers modèles exigeaient qu'on frappe chaque ligne de texte deux fois (la première servant à déterminer a priori la justification (les espacements entre caractères à observer lors de la seconde frappe, qui seule se traduisait par une impression).

Apparue à la fin des années 1940, la photocomposition a permis ensuite le passage de l'imprimerie à l'ère du numérique, non sans bouleversements sociaux.

Saisie[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, la saisie était faite « au kilomètre » et en différé, afin de pouvoir alimenter la machine de façon aussi continue que possible. Aucun moniteur ne permettait de vérifier sa sortie. Le texte était ensuite reporté sur une bande perforée ou un support magnétique.

Des moniteurs permirent ensuite de contrôler les textes et les codifications. Loin des logiciels wysiwyg actuels, ces moniteurs ne travaillaient qu'en mode texte. On y gagnait cependant un bien meilleur confort par rapport aux saisies au kilomètre « en aveugle ».

Le stockage des données se fit ensuite sur disquettes magnétiques de 5,25 pouces puis sur disques durs.

Ces données, les textes, étaient enrichies, balisées, afin de leur appliquer des styles : police de caractère, corps, graisse, déformation (procédé fortement dénoncé comme non professionnel par Adrian Frutiger), justification, fer droit, etc., afin de leur donner une forme. Ensuite, ces textes étaient envoyés à l'unité d'écriture, la photocomposeuse.

De là, les colonnes de texte partaient sur des tables de montage où elles étaient le plus souvent assemblées, jusque vers les années 1980, avec de la colle et des ciseaux.

Procédés[modifier | modifier le code]

Différents procédés ont permis de reporter les textes sur papier photosensible puis sur films. Les systèmes dits à miroirs (Berthold), dans lesquels les caractères étaient ajourés et, par report de pochoir grâce à une source lumineuse, impressionnés sur la surface sensible. Puis le laser fit rapidement son apparition (Linotronic, Compugraphic, Cerci...) pour l'écriture directe sur la surface.

Apparition de la PAO[modifier | modifier le code]

En amont de la photocomposition apparut la publication assistée par ordinateur, effectuée sur mini-ordinateurs dans les années 1970. L'apparition en 1984 des premiers Macintosh permit l'utilisation par le grand public de cette dernière et sépara brutalement les activités de « prépresse » (sous-traitée par des sociétés de taille diverses ou par des indépendants), de celle du flashage. La seconde continuait en effet à exiger de très importants capitaux et les entreprises pratiquaient des marges sans commune mesure avec celles de la première, exposée à une vive concurrence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Logical Design of Electrical Circuits, René Gréa, René Higonnet, 1958
  2. http://www.industrie-technologies.com/ingenieurs/affichage.cfm?ID_m=1681111&cd=5058&id=secteur

Annexes[modifier | modifier le code]

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