Concordisme

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Le concordisme est un système d'exégèse consistant à interpréter les textes sacrés d'une religion de façon à ce qu'ils ne soient pas contradictoires avec les connaissances scientifiques d'une époque[1]. Il s'oppose au discordisme et ambitionne de faire coïncider les résultats scientifiques avec les données des textes religieux, ceux-ci étant soit lus de manière quasiment littérale, soit réinterprétés pour correspondre aux théories scientifiques.

L'acceptation de la seule lecture littérale comme vérité scientifique par les fondamentalistes induit le « créationnisme ». À l'opposé, il est possible de déclarer l'absence de rapports entre science et religion, ce qui conduit au « parallélisme »[2]. Né dans la sphère chrétienne au XIXe siècle afin de justifier les données de la Bible.

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Le courant protestant libéral[modifier | modifier le code]

Article détaillé : protestantisme libéral.

Le protestantisme libéral se caractérise par l'invention de l'exégèse scientifique et critique. En sorte qu'il ne pratique pas le concordisme.[réf. nécessaire]

Le courant protestant fondamentaliste[modifier | modifier le code]

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Des écrits de type concordiste ont parfois été publiés dans les milieux catholiques. Ainsi, l'abbé A. Arduin publia en 1883 La religion en face de la science : leçons sur l'accord entre les données de la révélation biblique et les théories scientifiques modernes qui cherchait à assimiler les jours bibliques aux grandes périodes géologiques. Inversement, lorsque l'abbé Jean Guibert, professeur de sciences naturelles au séminaire de Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux, publie en 1896 le premier manuel de préhistoire[3] à destination des séminaristes (ce manuel contribuera notamment à la vocation des futurs abbés Jean Bouyssonie et Breuil), il leur demande d'exercer leur science de manière neutre[4].

Cependant, à partir de 1893, le magistère pontifical s'empare de la question. Dans son encyclique Providentissimus Deus, le pape Léon XIII affirme lui aussi l'inerrance biblique, mais en rejetant les interprétations purement littérales de celles-ci. Il affirme en effet, comme Thomas d'Aquin qu'il ne peut y avoir de contradiction entre la science véritable et les écrits bibliques s'ils sont correctement expliqués. Cette encyclique donna une véritable impulsion aux études bibliques, afin que l'exégèse moderne soit en harmonie avec les découvertes scientifiques de son époque.

Emmanuel d'Alès publiera à la fin du XIXe siècle son Manuel d'apologétique en 4 volumes, muni de l'Imprimatur et du Nihil obstat, sera utilisé dans les séminaires de France. Il s'agit moins d'un ouvrage polémique que d'un essai de concordisme à la lumière des connaissances de l'époque.

En publiant en 1943 l'encyclique Divino afflante Spiritu, le pape Pie XII réaffirme les positions de son prédécesseur, loue les découvertes récentes de la Commission biblique pontificale et de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem et considère que la méthode historico-critique peut être acceptable lorsqu'elle est nourrie par une grande foi en l'Esprit Saint.

En 1993, cinquante et cent ans après la parution des encycliques précédentes, un document de la Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, est présenté par le cardinal Joseph Ratzinger au pape Jean-Paul II. Les interprétations concordistes fondamentalistes, donnant le caractère de vérité scientifique à des détails de la Bible, y sont rejetées de façon explicite, et un large tour d'horizon des diverses méthodes d'étude et de leurs apports est effectué[5].

Critique du concordisme[modifier | modifier le code]

Certains auteurs, tels que Christian Godin[6], attribuent à la notion de concordisme des fins d'apologétique et de prosélytisme. Particulièrement répandu au sein de l'islam, du bouddhisme et de l'hindouisme, le concordisme poursuivrait cette approche en prétendant dévoiler dans les textes sacrés des connaissances scientifiques modernes que les hommes de l'époque de sa rédaction n'auraient pu avoir, la science moderne révélant un « miracle ».

Cependant, aucun exemple d'usage de ces concepts par des savants un peu anciens, même pour simplement les mentionner ou s'interroger à leur sujet, n'est mentionné dans la littérature courante de ces époques.

Le professeur d'histoire des sciences Stephen Jay Gould renvoie dos a dos discordisme et concordisme en développant en 1997 le principe de Noma (Non-overlapping magisteria), à savoir de non empiétement des magistères (en).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition du concordisme, Centre national des ressources textuelles et lexicales.
  2. Science et foi entre concordisme et parallélisme, Anne-Noëlle Clément, diocèse de Valence.
  3. Jean Guibert, Les origines : questions d'apologétique, éd. Letouzey et Ané, 1896, 359 p.
  4. Arnaud Hurel & Noël Coy, Dans l’épaisseur du temps : archéologues et géologues inventent la préhistoire, Publications scientifiques du Muséum, , 442 p. (ISBN 978-2-85653-666-7)
  5. L'interprétation de la Bible dans l'Église.
  6. Christian Godin, La totalité: Les pensées totalisantes, t. 2, , 648 p. (ISBN 2-87673-273-4, notice BnF no FRBNF37080296, lire en ligne), p. 487

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dominique Lambert, « Le “réenchantement” des sciences : obscurantisme, illusion ? », Revue des questions scientifiques, no 166, 1995, p. 287-291.

Dominique Lambert, Sciences et théologie : les figures d'un dialogue, coéd. Presses universitaires de Namur / Lessius, Namur/Bruxelles, 1999.

Nidhal Guessoum, Réconcilier l'islam et la science moderne : l'esprit d'Averroès, Presses de la Renaissance, Paris, 2009.

Article connexe[modifier | modifier le code]