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Confédération générale des syndicats indépendants

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La Confédération générale des Syndicats indépendants (CGSI) était une confédération syndicale créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et qui a disparu dans les années 1970. Elle était présente dans le secteur de l'industrie automobile, à la Poste, à la Ville de Paris.

Le Comité d’études économiques et syndicales (1947-1949)

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Le Comité d’études économiques et syndicales (CEES) fondé en janvier 1947 rassemble des syndicalistes issus de la mouvance "Syndicat" de la CGT animée avant-guerre par René Belin. La plupart avaient participé aux organismes créés par la Charte du travail du 4 octobre 1941. Ils refusent d'entrer dans une CGT dominée à l'époque par les militants communistes et publient le bulletin Travail et Liberté[1]. Malgré un certain succès dans quelques milieux, notamment ceux compromis dans la Collaboration, elle est cependant rapidement distancée par la création de la CGT-Force Ouvrière qui entraîne avec elle les plus gros bataillons de syndicalistes non-communistes, alors que de nombreux syndicats (FEN, SNUI) préfèrent rester indépendants. Par ailleurs la CGT-Force Ouvrière refuse aussi de voir d'anciens "Chartistes" entrer chez elle.

Confédération générale des Syndicats indépendants (1949-1959)

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Elle nait en 1949, du rassemblement des anciens du CEES, de membre de l'Action ouvrière gaulliste ou des anciens syndicats de la Confédération des syndicats professionnels français issus de la mouvance PSF.

Son secrétaire général est Sulpice Dewez, un ancien syndicaliste de la CGTU et député communiste qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain avant de s'illustrer dans la Résistance. Ses deux adjoints sont Martin Leymarie proche de René Belin, et Manuel Bridier membre du RPF. Elle bénéficie du soutien du préfet de Police de Paris, Jean Baylot, ex-syndicaliste CGT puis FO des postes[2] et du patronat, via le patron de Simca, Henri Théodore Pigozzi[2].

L'objectif est de faire barrage dans les entreprises au PCF et à la CGT. Le CGSI s'implante "à la mairie de Paris et à La Poste"[3], avec l'aide de Jean Baylot. Au tout début des années 1950, la CGSI revendique une douzaine d’unions départementales et plusieurs dizaines de milliers d’adhérents[2] et le RPF demande à ses adhérents ouvriers de s’encarter[2].

Départ de Manuel Bridier

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Très rapidement, Manuel Bridier a été mis en difficulté par Sulpice Dewez en 1950, et quitte ces fonctions pour devenir l'adjoint d'Yvon Morandat, secrétaire national du RPF, avec la responsabilité de l'action ouvrière du parti[3].

La CGSI veut d'abord s'appeler Confédération du travail indépendante, mais doit rapidement changer de nom, pour ne pas concurrencer la Confédération des travailleurs intellectuels, elle devient alors, en 1951, la Confédération générale des Syndicats indépendants[4]. En , la CGSI se voit attribuer un siège au Conseil économique et social, grâce au RPF[2]. Avec René Belin, André Parsal dirige la tendance Travail et Liberté de la CGSI[5]. René Belin est l'un des premiers membres français d'une association transnationale conservatrice et catholique, le Centre européen de documentation et d'information (CEDI) au début des années 1950[6] et a intégré en 1952 le Comité européen pour le progrès économique et social, club de réflexion patronal et transnational. Il est son secrétaire général pour la France de 1954 à 1959.

Entrée dans les usines automobiles

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La CGSI commence aussi à investir les usines automobiles où face à une CGT toute-puissante parmi les ouvriers, elle recrute dans la petite maîtrise, avec le soutien du patronat. C'est notamment le cas chez Simca, où les "cgsistes" reçoivent le soutien du PDG Henri Théodore Pigozzi. Le syndicat indépendant Simca devient alors rapidement le plus important de la Confédération[7].

Faiblement présent chez Ford en région parisienne, aux usines de Nanterre et de Poissy, avant le rachat par Simca, le syndicalisme indépendant s’implante dès 1952 mais se heurte au fait que "Simca a eu bien du mal à expliquer le fondement de ces licenciements opérés fin 1952"[8], avec près de 2000 suppressions d’emplois décidés au moment un document qui prône « des emplois stables » n'est finalement pas diffusé au personnel de l’usine de Nanterre[8].

Il ne progresse vraiment à partie de 1955, avec d’anciens militaires d’Indochine: la CGT passe entre 1955 et 1958 de 59,9 % à 6,2 % des voix quand le syndicat indépendant passe dans la même période de 21,4% à 54,4%. Le poids des forces gaullistes au sein de la CGSI de Simca est alors important: autour de Raymond Jacquet, ex membre du RPF, cinq cadres de l’entreprise, membres du syndicat indépendant, sont élus députés UNR en 1958[8]. L'implantation est aussi significative chez Renault.

Cela entraîne des conflits avec la direction de la CGSI et rapidement, le combat est structuré autour de deux personnalités, Sulpice Dewez et André Parsal. Le responsable du service d'ordre du RPF lyonnais, sollicité par Luc Collet, bras droit du responsable national Dominique Ponchardier, pour assurer la protection du courant Dewez, déplore ces divisions et le fait que son contact au sein de la CGSI, Pierre Maintrieu, cadre du Syndicat indépendant Renault (SIR), "ne lui cache pas son engagement dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme"[2],"Le syndicat indépendant de renault est aussi dirigé par Emile Pommier "ancien membre du PSF de de La Roque"[9]. Le SIR est très lié à l'ARS[10], scission de députés gaullistes menés par Edmond Barrachin, ralliés à Antoine Pinay depuis début 1952. Mais il s'est retiré de la CGSI en 1951[5].

Avec Raymond Houssard, secrétaire de la Fédération des Métaux, Pierre Maintrieu partira plus tard à Alger "offrir aux dirigeants ultras de l'Algérie française la collaboration de militants de chez Renault et sera exclu en avril 1957[9].

Au début des années 1950, la crainte du communisme est renforcée par la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne et la dramatisation de l'affaire Henri Martin par des articles quotidiens dans L'Humanité à partir du 21 mai 1951, dans l'espoir de séduire un vote pacifiste aux législatives[11].

En juin 1952, les incidents des usines Renault amène la presse à se demander s'ils favoriseront un regroupement des autres syndicats contre la CGT, question débattue par le bureau confédéral de Force ouvrière[12], tandis que s'est créé un "cartel" des syndicats libres de la métallurgie parisienne, qui rassemble FO, autonomes, indépendants et cadres autonomes[12]. Yvon Morandat, délégué à l'action ouvrière du RPF, "les compagnons du groupe d'entreprise RPF ont pris une part importante" à l'action pour stopper la grève chez Renault. A la CGT, le numéro un Benoît Frachon estime lui que "l'invention du complot est venue au moment où grandissait la volonté des travailleurs de faire éclater le blocage et d'imposer une augmentation générale des salaires" et promet que la CGT va "mettre maintenant l'accent sur les revendications professionnelles"[12]. Frachon critique ensuite la CGT Renault quand elle réunit son congrès les 27 et 28 septembre à Billancourt, en l'accusant d'avoir "voulu substituer la méthode autoritaire à l'explication et à la conviction"[13].


Y.

ont pu réaliser cette démonstration. La même union de toutes les forces nationales, a ajouté M. Morandat, permettrait d'obtenir partout les mêmes résultats ".


délégués de la C.G.T. En ce qui concerne le problème des salaires dans cette profession il convient de signaler que les coopératives des usines et des mines de Lorraine ont appliqué dès le début de la baisse Pinay d'importantes réductions de prix sur les produits à usage courant qu'ils mettent en vente, apportant ainsi, selon les milieux patronaux, une revalorisation du pouvoir d'achat des salaires pouvant atteindre 7 %.

Divergences et scission

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A partir de 1951-1952, la divergence s'accroît, "motivée par l'ingérence d'une organisation politique ainsi que par l'intervention d'éléments policiers dans les affaires syndicales de la CGSI" [9]. Une scission de la "CGSI-Parsal" se dessine ainsi dès avril 1952[9],[14], quand Sulpice Dewez déclare qu'il n'est pas personnellement membre du RPF[14], et le secrétaire général de ce parti ajoutant qu'il "n'est représenté en tant que tel dans aucune centrale syndicale"[14], après des incidents au siège de la CGSI, qu'il qualifie de " coup de force monarcho-vichyssois tendant à éliminer du mouvement les pionniers", qui "ne voyaient pas sans appréhension la rentrée officielle de René Belin et André Parsal aux postes de direction"[14].

En , le congrès de Lyon aboutit ainsi à cette scission qui voit la « CGSI-Parsal » quitter la « CGSI-Dewez » et devenir rapidement la Confédération syndicale Travail et Liberté. D'autres scissions vont suivre et les scissionnistes vont peu à peu rejoindre la CSTL qui devient en 1957 la Confédération française des syndicats indépendants.

Les historiens parlent aussi, dans la durée, de scission entre "la CGSI-Dewez et la CGSI-Jacquet" du nom de Christian Jacque, du nom d'un ancien de la CGTU et du PCF, porté par le syndicat SIMCA, rallié au RPF et souhaitant "faire de la CGSI le porteur des idées sociales du gaullisme dans la classe ouvrière"[15].

Avec l'arrivée au pouvoir du Général de Gaulle, la CGSI qui s'était maintenue explose définitivement entre une « CGSI-Dewez » et une « CGSI-Jacquet » (du nom de son principal dirigeant Christian Jacquet), la première, définitivement affaiblie finit par rejoindre la CFTC en 1976, la seconde, avec le soutien du syndicat Simca rejoint la CFSI pour former la Confédération française du travail.

Bibliographie

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  • Ni rouges ni jaunes : de la CGSI à la CSL, Didier Favre, l'expérience du syndicalisme indépendant, Éd. Midi moins le Quart, 1998

Notes et références

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  1. Gérard Dehove, « Le mouvement ouvrier et la politique syndicale », Revue d’économie Politique, vol. 58, no 6,‎ , p. 1193–1255 (lire en ligne, consulté le )
  2. a b c d e et f Audigier, François. « Chapitre X. De la traversée du désert aux complots du printemps 1958, les anciens du SO gaulliste restent en contact et en action (1954-1958) ». Les Prétoriens du Général, Presses universitaires de Rennes, 2018, [1]
  3. a et b "SIA-Aulnay : le syndicat jaune a pris des couleurs". Article de Simon Castel dans Médiapart le 29 septembre 2012 [2]
  4. René Mourioux, Syndicalisme et politique, Paris, Les éditions ouvrières, coll. « Portes ouvertes », , 212 p. (ISBN 2-7082-2633-9, BNF 36623923), p. 109
  5. a et b Le syndicat indépendant de la régie Renault dément les "insinuations malveillantes" de M. Lefaucheux, article dans Le Monde du 19 mai 1953 [3]
  6. Johannes Grossmann, « L’"Internationale des Conservateurs". Cercles d’élites transnationaux, diplomatie informelle et biographies croisées en Europe occidentale depuis 1945 », dans Histoire, économie et société, 2016/2 (lire en ligne).
  7. RIOUX, Lucien. Ce qu'est la Confédération française du travail. Le Nouvel Observateur. Lundi 24 janvier 1972. p. 16 [4]
  8. a b et c Gay, Vincent. « Autorités et discipline au service d’un ordre productif et politique ». Pour la dignité, Presses universitaires de Lyon, 2021, [5]
  9. a b c et d "Les truands du patronat", par Marcel Caillé, en 1977 aux Editions sociales [6]
  10. "L’aventure industrielle de la 4 CV Renault" par Dominique Lejeune, historien français spécialiste d’histoire sociale de l’époque contemporaine. [7]
  11. "Réarmement Le Parti communiste français et la première guerre d'Indochine" par Francis Joucelain, aux Editions La Découverte [8]
  12. a b et c "Les incidents des usines Renault favoriseront-ils un regroupement syndical contre la CGT", article dans Le Monde du 9 juin 1952 [9]
  13. "Les syndicats C.G.T. de la régie Renault vont tenir leur congrès", dans Le Monde du 22 septembre 1952 [10]
  14. a b c et d "Le RPF qu'il n'est représenté en tant que tel dans aucune centrale syndicale". Article dans Le Monde du 11 avril 1952 [11]
  15. La fin de la Confédération des Syndicats libres (CSL) Institut supérieur du travail [12]