Cholestérol, le grand bluff

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Cholestérol, le grand bluff
Réalisation Anne Georget
Scénario Anne Georget
Sociétés de production Quark Productions
et ARTE G.E.I.E.
Pays d’origine Drapeau de la France France, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Genre Documentaire
Durée 83 min
Sortie 2016

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Cholestérol, le grand bluff (Cholesterin, der grosse Bluff en allemand) est un film documentaire réalisé en 2016 par la réalisatrice et journaliste française Anne Georget et diffusé pour la première fois en télévision le mardi sur la chaîne Arte[1].

Produit par Quark Productions et ARTE G.E.I.E., ce documentaire de 83 minutes décrit comment le cholestérol a été érigé en coupable idéal des maladies cardio-vasculaires par une série d'approximations scientifiques et par les intérêts économiques conjugués de l'industrie agroalimentaire et des laboratoires pharmaceutiques[2],[1].

Dans ce documentaire, Anne Georget pose la question « Comment s'est construit le dogme d'un cholestérol coupable alors qu'il est une substance indispensable à la vie ? ».

Pour y répondre, elle donne la parole à des chercheurs en médecine, des cardiologues, des journalistes médicaux et des nutritionnistes qui expliquent ce qu'ils estiment être des conclusions scientifiques biaisées et un vaste mensonge[2].

À l'origine : les travaux d'Ancel Keys[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, les États-Unis connaissent une épidémie d'accidents cardio-vasculaires sans précédent qui touche même le président Eisenhower, qui fait une crise cardiaque en 1955.

La journaliste Nina Teicholz explique que le physiologiste américain Ancel Keys, de l'université du Minnesota, avance alors l'idée que le problème venait des « graisses saturées, qui faisaient grimper le taux de cholestérol total qui, à son tour, bouchait les artères et causait les crises cardiaques. »

Gary Taubes (journaliste scientifique américain) continue : « Keys avance cette hypothèse et les chercheurs commencent à la tester. Mais, très vite, la communauté scientifique en parle comme si c'était établi : il faut juste confirmer ».

En 1958, Ancel Keys lance une étude sur le lien statistique entre l'alimentation, le taux de cholestérol et le risque cardio-vasculaire, étude qui porte sur 14 000 hommes répartis dans 14 régions de sept pays (Grèce, Yougoslavie, Italie, Pays-Bas, Finlande, États-Unis et Japon). Selon Henry Blackburn (épidémiologiste, adjoint d'Ancel Keys), des gens les ont appelés de Finlande pour inclure ce pays dans l'étude car la Finlande connaissait alors le plus haut taux de crises cardiaques du monde.

Pour le docteur Dominique Dupagne (médecin généraliste et journaliste médical), Keys fait alors « une mauvaise science qui consiste à fabriquer des faits qui vont valider son hypothèse. ». Il publie une courbe qui relie, pour six pays (Japon, Italie, Royaume-Uni, Australie, Canada et USA), la mortalité au taux de graisses dans l'alimentation mais « il sélectionne les données qui valident son point de vue » et omet sur ce graphique la France et la Finlande qui sont situés tout à fait en dehors de cette courbe : la France a un taux d'infarctus sept fois moindre que la Finlande alors que les deux pays ont la même consommation de matière grasse (le paradoxe français, réfuté en 2018). Or la France ne faisant pas partie de l'étude des 7 pays, cet argument n'a aucun sens scientifique.Selon Dupagne, Ancel Keys « a illustré une maxime de Churchill qui disait : Je ne crois qu'aux statistiques que j'ai falsifiées moi-même ». Pour lui, « C'est de la très mauvaise science ».

Deux statisticiens contestent les travaux de Keys et lui reprochent d'avoir sélectionné les données qui confirment son hypothèse. Ancel Keys recueille alors des fonds très importants, fait des dosages de cholestérol et publie l'étude des sept pays. Il publie un graphique qui montre cette fois-ci une corrélation entre, non plus le taux de graisses dans l'alimentation, mais le taux de cholestérol moyen des populations et leur taux d'infarctus. Mais, comme le souligne Dupagne, Keys continue de prendre une sélection de pays qui confortent son hypothèse. Et, en particulier, il ne reprend toujours pas la France dans son étude car les Français « ont un taux de cholestérol qui est plutôt supérieur à la moyenne et ils s'obstinent à être les champions du monde de non-infarctus ».

Dupagne conclut en disant que « cette manipulation va embarquer les pays occidentaux dans une guerre contre le cholestérol qui aura des implications énormes et qui n'est pas fondée sur des choses solides ».

En réalité, on sait depuis que le cholestérol-LDL (Lipoprotéine de basse densité) est à la base[3] de la formation de l'athérome qui est le phénomène physiologique expliquant l'infarctus[4], même si la mesure de ce taux n'est utilisé qu'en partie dans la quantification[5] du facteur de risque, qui est plus généralement liée à l'activité physique, l'alimentation, le stress, la génétique.

Éléments scientifiques apportés[modifier | modifier le code]

Lien entre prise de médicaments anti-cholestérol et risque d'accident cardiovasculaire[modifier | modifier le code]

Au cours du documentaire[6], l'un des chercheurs interrogés (Dr Michel de Lorgeril) présente un graphique extrait d'un article de recherche publié dans le British Medical Journal[7], qui montre l'évolution du nombre d'hospitalisations pour infarctus du myocarde en Angleterre entre 1996 et 2002 et l'évolution du nombre de prescriptions de médicaments régulateurs du taux de cholestérol sur la même période. On voit que le nombre d'hospitalisations reste stable sur l'ensemble de la période pendant que le nombre de prescriptions explose (multiplication par plus de cinq). Or si les médicaments régulateurs du cholestérol avaient effectivement un effet protecteur contre les accidents cardiovasculaires, on aurait dû observer une baisse significative du nombre d'hospitalisations pour infarctus du myocarde sur la période.

Dans le documentaire, le Dr Michel de Lorgeril évoque aussi les techniques récentes d'imagerie permettant de mesurer la quantité de calcium présente dans les artères sous forme de plaques d'athéromes, ajoutant qu'« on fait même des « scores calciques », et il y a des investigateurs qui disent que c'est un bien meilleur prédicteur de l'accident cardiovasculaire que le cholestérol ». Ce chercheur liste ensuite les facteurs de risque qui sont reconnus pour être associés à un score calcique élevé :

  1. Le diabète ;
  2. L'insuffisance rénale, ou une tendance à l'insuffisance rénale ;
  3. Avoir spontanément un faible taux de cholestérol ;
  4. La prise de statines (qui sont les médicaments régulateurs du taux de cholestérol).

Il met ainsi en évidence une contestation majeure à l'affirmation que réduire le taux de cholestérol réduit le risque cardiovasculaire : « Comment peut-on à la fois dire que les statines diminuent le risque cardiovasculaire […] et en même temps, accepter l'idée que les statines augmentent le score calcique, qui est considéré par certains comme le meilleur prédicteur de risque cardiovasculaire ? C'est incompatible. »

Neurotoxicité des médicaments anti-cholestérol[modifier | modifier le code]

Le documentaire évoque aussi la neurotoxicité des médicaments régulateurs du taux de cholestérol : selon le Dr Michel de Lorgeril, « les statines, les médicaments anti-cholestérol, en général, passent la barrière hémato-méningée […] et vont perturber la synthèse du cholestérol dans le cerveau. C'est un effet secondaire adverse terrible, parce qu'il a été complètement négligé jusqu'à récemment, et c'est vraiment sous la pression de certains médecins, de certains toxicologues que les autorités sanitaires ont admis que, effectivement, les statines entraînaient des troubles de la mémoire, des troubles du sommeil »[8],[9].

Effet préventif d'un régime alimentaire de type méditerranéen[modifier | modifier le code]

En 1999, une étude de l'équipe du Dr Michel de Lorgeril a montré qu'un régime alimentaire de type méditerranéen était une mesure efficace de protection secondaire (risque réduit de 50 % à 70 %) pour protéger du risque cardiovasculaire les personnes ayant déjà fait un accident cardiovasculaire[10]. À l'époque, pour expliquer cette baisse de risque cardiovasculaire, le Dr Michel de Lorgeril indiquait que « probablement, c'est cette association d'apport en huile d'olive, en huile de colza et aussi en antioxydants naturels apportés par les fruits, les légumes, le vin rouge aussi, qui a probablement protégé nos patients ».

Selon le Dr Michel de Lorgeril, plusieurs études scientifiques ont par la suite été conduites pour tenter de reproduire les résultats de cette étude dans d'autres pays, et toutes les ont confirmés. Il évoque aussi le cas de certains chercheurs, notamment américains, rejetant a priori les résultats de l'étude qu'il a dirigée, affirmant que « ce n'est pas possible que ce soit vrai puisque le cholestérol est identique dans les deux groupes ».

L'étude du Dr Michel de Lorgeril a été une des premières contestations scientifiques majeures des conclusions d'Ancel Keys sur le lien entre cholestérol et accident cardiovasculaire puisqu'elle montrait que, dans le cadre d'un régime alimentaire méditerranéen, la consommation de certains produits alimentaires supposés favoriser un taux de cholestérol élevé (huile d'olive, fromage de chèvre ou de brebis, charcuterie…) était compatible avec un effet protecteur contre les accidents cardiovasculaires.

Critiques[modifier | modifier le code]

La Société française de cardiologie[11], la Société belge d’athérosclérose et l'Association Belge des Patients souffrant d’Hypercholestérolémie Familiale, et la Ligue cardiologique belge[12],[13] se sont indignées officiellement de ce « reportage tout à fait déséquilibré » qui « relèverait de la "théorie du complot" » et remettant en cause des observations scientifiques parmi les mieux démontrées en médecine préventive[11] (l'effet protecteur des statines sur la santé cardiovasculaire et sa sécurité sur tous les autres systèmes). La Société française de cardiologie (via Alliance du Cœur)[14],[15], l'Association belge de l’hypercholestérolémie familiale[16] et la Ligue cardiologique belge[17] sont toutes les trois proches de l'industrie pharmaceutique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cholestérol, le grand bluff, journal Metro Belgique, 18 octobre 2016, p. 15.
  2. a et b « Cholestérol : le grand bluff », Arte, .
  3. « L'athérosclérose – Qu'est-ce que l'athérosclérose ? », Fédération française de cardiologie, fedecardio.org.
  4. « Définition du cholestérol », caducee.net.
  5. « Cholestérol et infarctus : faut-il avoir peur ? », passeportsante.net.
  6. Figure présentée au bout d'environ 1 h 19 min 15 s du documentaire.
  7. (en) Azeem Majeed, Paul Aylin, Susan Williams et al., « Prescribing of lipid regulating drugs and admissions for myocardial infarction in England. », British Medical Journal, 7467e série, vol. 329,‎ , p. 645 (DOI 10.1136/bmj.329.7467.645, résumé), figure 1.
  8. (en) K. Fassbender, M. Stroick, T. Bertsch, MD, A. Ragoschke, S. Kuehl et al., « Effects of statins on human cerebral cholesterol metabolism and secretion of Alzheimer amyloid peptide », Neurology, vol. 59, no 8,‎ , p. 1257-1258 (DOI 10.1212/WNL.59.8.1257, résumé, lire en ligne, consulté le 30 juillet 2017).
  9. (en) Mitsutaka Takada, Mai Fujimoto, Kohei Yamazaki, Masashi Takamoto et Kouichi Hosomi, « Association of Statin Use with Sleep Disturbances: Data Mining of a Spontaneous Reporting Database and a Prescription Database », Drug Safety, vol. 37, no 6,‎ , p. 421–431 (DOI 10.1007/s40264-014-0163-x, résumé).
  10. (en) Michel de Lorgeril, Patricia Salen, Jean-Louis Martin et al., « Mediterranean diet, traditional risk factors, and the rate of cardiovascular complications after myocardial infarction », Circulation, vol. 99, no 6,‎ , p. 779-785 (DOI 10.1161/01.CIR.99.6.779, lire en ligne, consulté le 30 juillet 2017).
  11. a et b Société française de cardiologie, « Cholestérol et maladies cardiovasculaires : le point de vue scientifique de la Société française de cardiologie », sur medscape.com, Medscape France, (consulté le 4 février 2017).
  12. RTL Newmedia, « Le taux de cholestérol élevé, vraiment mauvais pour la santé ? Un docu dénonce un grand bluff, et INDIGNE de nombreux médecins », RTL Info,‎ (lire en ligne, consulté le 4 février 2017)
  13. Olivier Descamps, « Polémique, intolérance, non adhérence et autres contrariétés autour de la prescription des statines ? Comment y faire face ? », Louvain Medical �2016;�135�(9):�600-608,‎ , p. 600-608 (lire en ligne)
  14. « Malgré l'affaire Mediator, Servier reste (trop) proche des cardiologues », sur La Tribune (consulté le 24 avril 2019) : « Elle est financée en partie grâce aux partenariats noués avec les laboratoires pharmaceutiques, dont Servier. »
  15. « Opération Mains propres sur la santé publique : stop à la corruption », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le 24 avril 2019) : « Enfin, les liens avec l’industrie pharmaceutique concernent aussi les associations à l’instar de la Société française de cardiologie financée par Sanofi-Aventis. »
  16. « Belchol », sur www.belchol.be (consulté le 24 avril 2019)
  17. « Ligue Cardiologique Belge – Soutenez la ligue ! » (consulté le 24 avril 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]