Ahmedou Hamahoullah

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Ahmedou Hamahoullah appelé aussi cheikh Hamallah ou marabout de Nioro est une personnalité religieuse malienne né à Kamba Sagho au Mali en 1881 d’un père maure érudit de Tichitt en Mauritanie et d’une mère peule du Mali[1],[2]. Il est le fondateur d'une branche de la Tijaniyya désignée sous le nom de hamallisme ou hamawiyya. C’est en 1902, que le jeune Ahmedou Hamahoullah fut initié à la tariqa (voie) tidjania par le cheikh Sidi Mohammed Lakhdar qui fut lui-même chargé de la mission d’étendre la tariqa en Afrique de l’Ouest par le cheikh Sidi Tahar de Tlemcen. Ce dernier était un des proches compagnons du fondateur de la confrérie. La tariqa fut fondée par le cheikh Ahmed Tidjani (1738-1815) en 1781 à Ain Madhi, près de Laghouat dans le sud algérien. Son opposition au régime des beys revêtait un double caractère social et religieux. Le régime ottoman ne ménagea guère la confrérie naissante dans laquelle il vit une redoutable opposition qu’il n’hésita pas à réduire à une sorte de « nationalisme arabo-berbère ». Cela explique l’alliance conjoncturelle du cheikh Ahmed Tidjani avec la dynastie alaouite connue pour sa vieille opposition à la domination ottomane et son départ pour Fès qui deviendra le centre de redéploiement de la confrérie en direction du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

Outre l’arabe classique, le cheikh Hamahoullah parlait le hassaniya, le bambara, le soninké, le peul et l’azer (une langue dérivée du soninké et du berbère), ce qui illustre la forte insertion sociale de sa mission historique. L’importance et la diversité des ouvrages de sa bibliothèque confisquée par les autorités coloniales en juin 1941, au moment de son internement administratif, dénotent une grande culture. Les archives mentionnent en effet deux tonnes cinq cent de livres et de manuscrits retirés de la maison du cheikh. Les ouvrages avaient trait aussi bien à la grammaire arabe qu’à l’histoire, au droit et à la mystique.

La zaouia tidjania était divisée entre une tendance « onze grains » et une tendance « douze grains ». La première récitait onze fois la prière « jawharatu el kamali » alors que la seconde la récitait douze fois. Cette différence aurait été sans importance si un facteur d’ordre politique n’était pas venu bouleverser la donne. Dans le cadre de sa guerre de résistance aux envahisseurs français, l’Emir Abdelkader avait sollicité, en 1832, le soutien de Mohammed Tidjani, le chef de la zaouia tidjania de Ain Madi. Mais celui-ci se rétracta sous prétexte que sa zaouia ne s’occupait que des questions célestes ! L’Emir marcha sur Ain Madi en juin 1838 et le chef de la zaouia dut fuir au Maroc. En 1840, la zaouia de Ain Madi apporta son soutien au maréchal Valée contre l’Emir Abdelkader. La zaouia de Temassin fit de même. Par contre, la zaouia tidjania de Tlemcen sous la direction de Cheikh Tahar apporta son soutien à l’Emir Abdelkader et proclama le djihad contre l’occupant français.

Comme la zaouia de Tlemcen soutenait un tidjanisme à onze « jawharatu el kamali » alors que celles de Ain Madi et de Temassin un tidjanisme à douze « jawharatu el kamali », le colonialisme n’hésita pas à faire une lecture politique de cette différence rituelle minime. Il se fait que le jeune cheikh Hamahoullah était plutôt partisan de la voie « onze grains », ce qui le rendit dés le début suspect aux yeux de l’administration coloniale et de ses larbins parmi les marabouts locaux. C’est ce qui explique que la plupart des spécialistes de l’ethnologie coloniale, à l’instar de L.Albert, J.Vieroz, H.Deschamps, qui travaillaient souvent en coopération étroite avec l’administration française, n’ont pas lésiné sur les qualificatifs pour désigner la tendance du cheikh Hamahoullah : « tidjanisme différencié », « tidjanisme à caractère subversif » ou encore « secte dissidente de la tidjania » !

Comme partout en Afrique, le colonialisme n’hésita pas à utiliser et à raviver les divergences tribales pour diviser le mouvement soufi naissant. Mais ces manœuvres n’ont pas réussi à empêcher le triomphe de la tendance du cheikh Hamahoullah qui est devenu le véhicule principal de la Tidjania dans la région de l’Afrique de l’Ouest.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

{{Ahmedou Hama-hou-Ilah (littéralement Ahmedou que Dieu a protégé), plus connu sous le nom de Cheikh Hamallah est de la tribu des Ahel Moh’ammad Sidi Chérif de Tichitt en Mauritanie. Il est d’ascendance chérifienne. En effet, sa généalogie fait remonter ses origines à la fille du Prophète de l’Islâm 2.

Son grand-père Seydna Oumar quitte la limite septentrionale de l’Aouker 3 pour s’établir à Djigué-Diarisso, hameau situé à 60 km au nord de Nara (Mali actuel).

Son père, Mohamedou Ould Seydna Oumar, fin lettré, réputé pour son rigorisme en matière de religion, s’installe, pour faire du commerce, un peu plus loin à Kamba-Sagho, près de Niamyna sur les bords du Niger (Cercle de Ségou).

C’est là qu’il épouse Assa Diallo. De cette femme naît Ahmedou Hamahoullah vers 1881 à Kamba-Sagho. Devenu vieux et sentant sans doute sa mort prochaine, Mohamedou décide de se rapprocher de ses parents du Hodh mauritanien sans porter préjudice à son commerce.

Parmi tous les centres commerciaux de l’époque, son choix se porte sur la ville de Nioro, au Sahel, qui était en relations constantes avec Tichitt, la terre de ses ancêtres. Il s’installe dans l’ancienne capitale du Kaarta vers 1885.

En 1895, le vieux Maure confie ses deux enfants, Hamahoullah et son petit frère Baba el-Kébir, à son cousin, le célèbre professeur Mohamedou Ould Chérif, qui les conduit à Tichitt où ils commencent à apprendre les premières lettres de l’alphabet arabe. Ensuite, les deux garçons sont pris en charge par leur oncle Mohamedou Ould Bouyé Ahmed, dit Deh, qui leur enseigne le Coran.

A l’école de Deh, le petit Ahmedou se distingue par sa vivacité d’esprit. Il est apparu particulièrement intelligent dès sa tendre enfance. D’une mémoire étonnante, il lui suffisait d’écouter son oncle lire une seule fois un verset coranique pour le réciter sans se tromper. Dès cette époque, on commence à lui attribuer de nombreux miracles et les campements environnants ne parlent plus que de ce « gamin extraordinaire ».

C’est alors que l’homme considéré comme le plus grand savant et saint de la région se rend sous la tente de Deh pour voir « l’enfant prodige » dont on parle tant autour des puits de l’Aouker. Et le vieil homme aurait confié au tuteur du jeune garçon : « Deh ! le petit Hamahoullah est appelé ailleurs par son grand destin. C’est un Qutb 4 en croissance. Tu ne peux enseigner celui qui n’aura pas besoin d’apprendre pour connaître. Renvoie-le chez son père à Nioro. »

La prédestination

Cheikh Sidi Mohammad, après un long périple, entre à Nioro du Sahel en 1900. C’est dans cette localité qu’il rencontre « l’homme » qu’il cherche depuis de nombreuses années, en réalité un adolescent de dix-neuf ans, Ahmedou Hamahoullah. A la suite de longues conversations secrètes, le, messager de Tlemcen croit avoir décelé chez le jeune homme quelques qualités du « khalîfa » qu’il cherche. Mais celles-ci ne suffisent pas … Enfin, un vendredi matin de 1902, l’heure du destin a sonné pour les deux hommes. En effet Chérif Hamahoullah se rend comme d’habitude chez celui qui vient de l’enseigner, Cheikh Lakhdar. Dès que le vieil homme l’aperçoit, il se lève et vient à sa rencontre, ce qui surprend l’assistance. Mais le vieux missionnaire a décidé d’en finir. Il invite Hamahoullah à le suivre dans sa chambre à coucher. Là, il le fait asseoir sur un tapis de prière blanc orné de poils frisés d’astrakan. Il s’agenouille lui-même et sur le sable également blanc il écrit un « mot » de onze lettres et demande à Hamahoullah s’il lui est arrivé de voir cette formule sacrée au cours de songes ou de rêves. Il convient de préciser à ce propos que l’onirisme a une place importante dans le mysticisme musulman.

Revenons au « mot secret ». Hamahoullah avait répondu qu’il connaissait bien cette formule sacrée mais que ce n’était pas celle-là qu’il voyait au cours de son sommeil. Il écrit à son tour un « mot ». Il déclare ensuite que celui de Lakhdar ne diffère du sien que dans la forme et non dans l’esprit, le sens ésotérique étant le même. Enfin il passe à la démonstration en faisant comprendre que si le nombre de lettres du « mot secret » du vieillard est de onze, chiffre sacré de la confrérie, la somme des valeurs numériques de chacune des deux lettres du sien égale aussi onze en utilisant le procédé mnémotechnique çûfi.

Hamahoullah vient de révéler au cours de cette épreuve qu’il est le détenteur du secret mystique de la Tijaniyya et donc le pôle du tijanisme. Plein d’admiration, les yeux remplis de joie, le vieil Algérien efface le « mot » que Cheick Sidi Tahar Bou Taëb lu a révélé depuis de nombreuses années. Enfin, il serre contre sa poitrine l’homme prédestiné qu’il vient d’identifier, celui qu’on appellera désormais Cheikh Hamahoulla. Mais ce n’est qu’à la mort du vieux missionnaire, en 1909, que le fils d’Assa Diallo prendra l’allure d’un véritable chef de confrérie, d’un khalîfa.

L’homme est simple et respectueux des autres et de soi-même. Il accueille chaleureusement et spontanément tous ceux qui se présentent à lui. D’une humilité rare, il ne fixe jamais du regard ses interlocuteurs qu’il sait écouter attentivement quelles que soient l’importance ou la futilité de leurs propos. Préférant d’ailleurs écouter que parler, le Chérif est loin d’être bavard. Cependant, il sait découvrir et dire le petit mot qu’il faut pour chacun. Il est, si l’on en croit les témoignages des administrateurs coloniaux qui l’ont connu, très généreux : « Il reçoit de nombreuses aumônes mais il en fait la plus large distribution. » 14 Ecrivant quelques années plus tard, Descemet confirme les renseignements rapportés par P. Marty : « S’il reçoit beaucoup, il donne également beaucoup, ne gardant qu’assez peu pour lui-même, secourant sans compter les détresses matérielles qui ont recours à lui. Et cette générosité n’est pas sans ajouter grandement à son renom […] Il n’est pas un quémandeur ou un pauvre qui frappe en vain à sa porte […] » 15

Le Chérif est un homme très calme, qui ne se met jamais en colère ; il est aussi très brave. A propos de son courage qui approche, semble-t-il, la témérité il est intéressant de mentionner le témoignage de M. Amadou Hampaté Bâ, le grand philosophe et sage malien : « Ce qui force l’admiration chez Chérif Hamahoullah, ce ne sont pas la sainteté et les miracles mais ce sont surtout son courage mâle, sa poigne et son imperturbable sang-froid. »

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Enseignement religieux[modifier | modifier le code]

Entre les années 1900 et 1910, il s'installe à Nioro-du-Sahel (Mali) et succède à Lakhdar à la tête des « onze grains »[2] à un âge exceptionnellement jeune (il n'a qu'une vingtaine d'années.

Opposition à la France[modifier | modifier le code]

En 1925, il est déporté en Mauritanie et Côte d'Ivoire, pour ne rentrer qu'en 1936[2].

En 1940-1941, la répression du pouvoir colonial est extrêmement brutale.

Le , la maison du cheikh Hamallah est encerclée[Par qui ?] dès l'aube et le cheikh est emmené dans la foulée vers Dakar par avion, puis le 21 juin, le chérif de Nioro est embarqué dans un avion militaire à destination de l'Algérie. En 1942, Cheikh Hamallah est de nouveau déporté en France. Il est ensuite transféré à Évaux-les-Bains, dans la Creuse au début d'avril 1942 où il a pour compagnons de détention des personnalités de la IIIe République Française, dont Édouard Herriot.

Presque tous les talmid tidjanes[Quoi ?] de Nioro sont arrêtés le même jour et torturés[réf. nécessaire], avant d'être déportés dans les camps de concentration d'Ansongo, de Bourem et de Kidal.

Baba et son frère Cheikh Sidi Ahmed ould Hamallah, deux fils du cheikh, sont fusillés le 11 novembre 1941 en même temps que 31 dirigeants ou notables maures[2].

Un prétendu document de la Sûreté nationale relate que cheikh Hamallah n'a pu s'adapter ni au climat ni aux conditions de vie en France. La demande de transfert en Corse, en date du 28 août 1942, du médecin attaché à son centre d'internement est refusée et, en octobre 1942, le maître de Nioro serait selon le dire du pouvoir colonial, déjà gravement malade. Il a été, semble-t-il, transféré d'urgence à l'hôpital d'Aubenas avant d'être envoyé à celui de Montluçon. Là, il a été traité par le docteur Bons d'après les autorités coloniales françaises.[réf. nécessaire]

Toutefois, aucun document officiel émanant des autorités médicales n'atteste de son décès. D'ailleurs le nom figurant sur l'acte de décès établi par la mairie est différent de celui du cheikh de la Tijaniyya.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2002/tolba/article.htm
  2. a b c et d Hamès Constant, « Cheikh Hamallah ou Qu'est-ce qu'une confrérie islamique (Tarîqa) ? », Archives de sciences sociales des religions, nos 55/1,‎ , p. 67-83 (lire en ligne, consulté le 5 juillet 2018).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Un Agneau de Dieu : le Cheikh Hamallâh, A.Q., L'Île verte éditions, 2015, (ISBN 979-1095843009)
  • L’islam et la colonisation en Afrique : Cheikh Hamahoullah, homme de foi et résistant, Alioune Traoré, Maisonneuve et Larose, 1983, (ISBN 978-2706808395)
  • Hamallah le protégé de Dieu de Seydina Oumar Dicko (2002)
  • Confrérie et pouvoir, la Tijâniyya hamawiyya en Afrique de l’Ouest : 1909-1965 de Boukary Savadogo (thèse soutenue en 1998)