Borrelia miyamotoi

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Borrelia miyamotoi
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Borrelia miyamotoi
l'un des agents possibles de la maladie de Lyme
Classification
Règne Bacteria
Embranchement Spirochaetes
Classe Spirochaetes
Ordre Spirochaetales
Famille Spirochaetaceae
Genre Borrelia

Espèce

Borrelia miyamotoi
Fukunaga et al. 1995

Borrelia miyamotoi est l'une des nombreuses espèces de borrelia (genre de bactéries spirochètes)[1]. On sait qu'elle infecte dans la nature des rongeurs et des oiseaux, et que chez l'homme elle peut être responsable d'une zoonose (de type fièvres récurrentes ou dont les symptômes sont de type maladie de Lyme)[2] ; Depuis qu'on sait la détecter, on constate qu'elle est plus ubiquiste qu'on l'a pensé lors de sa découverte ; sa fréquence en tant que pathogène zoonotique dans le monde (dans l'hémisphère nord, selon les informations disponibles) et la gravité de certains signes et symptômes ou effets tels que la méningo-encéphalite et divers syndromes douloureux et handicapants rendent selon PJ Krause et al. en 2015 « la prévention, le diagnostic et le traitement de cette infection essentiels »[3].

Histoire scientifique[modifier | modifier le code]

Cette bactérie en forme de tire-bouchon (comme toutes les borrélies) a été identifié au Japon en 1995 pour la première fois tiques du genre Ixodes persulcatus[4], puis isolé en Suède en 2002 dans une tique dure (l'ixodes ricinus)[5] et en Californie en 2006 dans la tique 'ixodes pacificus[6]. Elle sera ensuite rapidement trouvée chez d'autres espèces de tiques comme Ixodes scapularis, Ixodes pacificus[7].

On a montré que son ADN présente des similitudes avec d'autres espèces de Borrelia[2]

Aspects vétérinaires[modifier | modifier le code]

Aspects médicaux[modifier | modifier le code]

Antibiorésistance[modifier | modifier le code]

Des indices ou preuves (au moins in vitro) laissent penser que B. Miyamotoi (ou les souches observées de cette bactérie) sont antibiorésistantes, face à l'amoxicilline[8].

Résistance au système immunitaire ?[modifier | modifier le code]

L'espèce peut contourner nos défenses immunitaires. Elle le fait en combinant deux manières de le faire :

  1. en évitant le système du complément (le système immunitaire inné, qui est chargé d'éliminer rapidement le non-soi) grâce à une protéine de surface, qui est une protéine de liaison au facteur H dit CbiA (protéine de liaison et inhibitrice A du complément)[9].,[10]
  2. en utilisant la faculté qu'à son vecteur (la tique) d'inhiber la réponse immunitaire locale. La tique doit rester plusieurs jours sur son hôte pour faire son repas, sans générer de réaction inflammatoire ni douleur, afin que son hôte ne cherche pas à se débarrasser d'elle. Pour cela cet acarien sécrète de nombreux « facteurs salivaires » immunosuppresseurs qui ciblent les molécules de défense de l'organisme. Elle sécrète notamment des glycoprotéines dites «évasines» qui retardent et inhibent la réaction immunitaire) (sauf en cas d'allergie à la salive de tique, allergie qui apparait généralement après de nombreuses piqures). On a montré en 2017 que les évasines se lient aux chimiokines de l'hôte, ce qui les inactive[11].

Toutes ou partie des souches du groupe Borrelia s.l. se montrent capables de générer après un traitement antibiotique classique une nouvelle manifestation ou la persistance de signes et symptômes de maladie de Lyme[12],[13].

Epidémiologie[modifier | modifier le code]

Cette bactérie, encore très mal connue, s'avère beaucoup plus ubiquitaire qu'on ne l'avait d'abord pens[2].

Dans le monde animal, elle a été retrouvé dans le sang des rongeurs américains mais avec une fréquence bien moindre que la bactérie borrelia burgdorferi[14]. Début 2020 on sait que B. miyamotoi infecte principalement des rongeurs dont par exemple Apodemus argenteus, Apodemus flavicollis, Myodes glareolus, Peromyscus leucopus, mais aussi des oiseaux (Cardinalis cardinalis, Parus major, Carduelis chloris), qui servent de réservoirs intermédiaires pour les infections humaines[15],[16].

En Eurasie[modifier | modifier le code]

  • En Russie B. miyamotoi a été trouvé (publication 2018) chez 70 des 473 patients au stade précoce des signes et symptômes survenant après une piqûre de tique[17]. Après inoculation de la bactérie via la salive de la tique, le délai médian de détection de la bactérie dans le sang était chez ces malades d'environ 4 jours[17].
  • En France, une étude récente (publication 2020) s'est basée sur l'analyse de 24 échantillons sanguins venant de témoins sains et de 824 échantillons venant de personnes présentant un «syndrome polymorphe persistant éventuellement dû à une piqûre de tique» (SPPT), dénomination retenue par la Haute autorité de santé (HAS) dans sa Recommandation[19] officielle de bonnes pratiques française de juin 2018 , comme proche du syndrome post-traitement de la maladie de Lyme[20].
    L'analyse a été faite par PCR en temps réel et sur la base d'une amorce spécifiquement construite pour détecter la bactérie via une séquence de 94 pb localisée sur le gène glpQ. En complément un questionnaire clinique a été envoyé aux patients PCR-positifs et à leur médecin[2].
    B. miyamotoi a été trouvée dans le sang de 43 patients sur 824 (soit 5,22 %) et dans aucun cas chez les témoins sains. Un tableau clinique a pu être obtenu pour de 31 des 43 patients concernés. 16 % d'entre eux ont signalé avoir eu un érythème migrant et tous étaient concernés par une fatigue, des douleurs articulaires et des troubles neurocognitifs. Quelques-uns ont signalé des troubles respiratoires « (oppression thoracique et/ou manque d'air dans 41,9 %) ». Des épisodes de fièvre récurrente ont été signalés par 11 des 31 patients (35,5 %). 50 % de ces patients ont signalé des frissons, des bouffées de chaleur et/ou des sueurs. Selon les auteurs le spirochète B. miyamotoi peut ne pas interagir avec la sérologie de Borrelia burgdorferi. Jusqu'alors, on n'avait jamais en France trouvé B. miyamotoi dans l'organisme humain. Ce travail laisse penser que le syndrome de ces patients peut alors être persistant à long terme[2].

Étymologie, classification[modifier | modifier le code]

Un genre de bactéries, de type spirochètes anaérobies et gram-négatives, Borrelia a été nommé d'après le biologiste français Amédée Borrel.

En 1995, Masahito Fukunaga et al. ont isolé une nouvelle espèce de Borrelia qu'ils nomment d'abord Borrelia miyamotoi sp. nov. (souche de référence: HT31), puis Borrelia miyamotoi, en l'honneur de Kenji Miyamoto, qui a d'abord isolé les spirochètes de tiques ixodidés à Hokkaido, au Japon[21].

Du point de vue médical, c'est-à-dire de ses effets sur l'Homme, elle a d'abord été classée avec les Borrelia impliquées dans les fièvres récurrentes (l'un des trois groupes de maladies à tiques)[1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michelet L, Delannoy S, Devillers E, Umhang E, Aspan A, Juremalm M, et al. High-throughput screening of tick-borne pathogens in Europe. Front Cell Infect. (2014) 4:103. doi: 10.3389/fcimb.2014.00103
  • Reiter M, Schötta AM, Müller A, Stockinger H, Stanek G. A newly established real-time PCR for detection of Borrelia miyamotoi in Ixodes ricinus ticks. Ticks Tick Borne Dis. (2015) 6:303–8. doi: 10.1016/j.ttbdis.2015.02.002

Notes et références[modifier | modifier le code]

Ce texte contient une traduction d'un article du CDC, tel que cité, au domaine public aux États-Unis.

  1. a et b Platonov AE, Karan LS, Kolyasnikova NM et al. Humans infected with relapsing fever spirochete Borrelia miyamotoi, Russia, Emerg Infect Dis, 2011;17:1816-1823
  2. a b c d et e (en) Michel Franck, Raouf Ghozzi, Julie Pajaud et Nadou E. Lawson-Hogban, « Borrelia miyamotoi: 43 Cases Diagnosed in France by Real-Time PCR in Patients With Persistent Polymorphic Signs and Symptoms », Frontiers in Medicine, vol. 7,‎ (ISSN 2296-858X, PMID 32181254, PMCID PMC7059645, DOI 10.3389/fmed.2020.00055, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  3. (en) P.J. Krause, D. Fish, S. Narasimhan et A.G. Barbour, « Borrelia miyamotoi infection in nature and in humans », Clinical Microbiology and Infection, vol. 21, no 7,‎ , p. 631–639 (PMID 25700888, PMCID PMC4470780, DOI 10.1016/j.cmi.2015.02.006, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  4. Fukunaga M, Takahashi Y, Tsuruta Y et al. Genetic and phenotypic analysis of Borrelia miyamotoi sp. nov., isolated from the ixodid tick Ixodes persulcatus, the vector for Lyme disease in Japan, Int J Syst Bacteriol, 1995;45:804-810
  5. Fraenkel CJ, Garpmo U, Berglund J, Determination of novel Borrelia genospecies in Swedish Ixodes ricinus ticks, J Clin Microbiol, 2002;40:3308-3312
  6. Mun J, Eisen RJ, Eisen L, Lane RS, Detection of a Borrelia miyamotoi sensu lato relapsing-fever group spirochete from Ixodes pacificus in California, J Med Entomol, 2006;43:120-123
  7. Brandee L. Stone et Catherine A. Brissette, « Host Immune Evasion by Lyme and Relapsing Fever Borreliae: Findings to Lead Future Studies for Borrelia miyamotoi », Frontiers in Immunology, vol. 8,‎ (ISSN 1664-3224, PMID 28154563, PMCID PMC5243832, DOI 10.3389/fimmu.2017.00012, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  8. (en) Joris Koetsveld, Ronald O. P. Draga, Alex Wagemakers et Annemijn Manger, « In Vitro Susceptibility of the Relapsing-Fever Spirochete Borrelia miyamotoi to Antimicrobial Agents », Antimicrobial Agents and Chemotherapy, vol. 61, no 9,‎ , e00535–17, e00535–17 (ISSN 0066-4804 et 1098-6596, PMID 28674060, PMCID PMC5571331, DOI 10.1128/AAC.00535-17, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  9. (en) Axel Teegler, Pia Herzberger, Gabriele Margos et Volker Fingerle, « The relapsing fever spirochete Borrelia miyamotoi resists complement-mediated killing by human serum », Ticks and Tick-borne Diseases, vol. 5, no 6,‎ , p. 898–901 (DOI 10.1016/j.ttbdis.2014.07.011, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  10. (en) Florian Röttgerding, Alex Wagemakers, Joris Koetsveld et Volker Fingerle, « Immune evasion of Borrelia miyamotoi: CbiA, a novel outer surface protein exhibiting complement binding and inactivating properties », Scientific Reports, vol. 7, no 1,‎ , p. 303 (ISSN 2045-2322, PMID 28331202, PMCID PMC5428533, DOI 10.1038/s41598-017-00412-4, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  11. (en) Jenni Hayward, Julie Sanchez, Andrew Perry et Cheng Huang, « Ticks from diverse genera encode chemokine-inhibitory evasin proteins », Journal of Biological Chemistry, vol. 292, no 38,‎ , p. 15670–15680 (ISSN 0021-9258 et 1083-351X, PMID 28778927, PMCID PMC5612101, DOI 10.1074/jbc.M117.807255, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  12. (en) Victoria Cairns et Jon Godwin, « Post-Lyme borreliosis syndrome: a meta-analysis of reported symptoms », International Journal of Epidemiology, vol. 34, no 6,‎ , p. 1340–1345 (ISSN 1464-3685 et 0300-5771, DOI 10.1093/ije/dyi129, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  13. Marianne J. Middelveen, Eva Sapi, Jennie Burke et Katherine R. Filush, « Persistent Borrelia Infection in Patients with Ongoing Symptoms of Lyme Disease », Healthcare, vol. 6, no 2,‎ , p. 33-48 (ISSN 2227-9032, DOI 10.3390/healthcare6020033, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  14. Barbour AG, Bunikis J, Travinsky B et al. Niche partitioning of Borrelia burgdorferi and Borrelia miyamotoi in the same tick vector and mammalian reservoir species, Am J Trop Med Hyg, 2009;81:1120-1131
  15. (en) Sarah A Hamer, Graham J Hickling, Rich Keith et Jennifer L Sidge, « Associations of passerine birds, rabbits, and ticks with Borrelia miyamotoi and Borrelia andersonii in Michigan, U.S.A. », Parasites & Vectors, vol. 5, no 1,‎ , p. 231 (ISSN 1756-3305, DOI 10.1186/1756-3305-5-231, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  16. (en) Alex Wagemakers, Seta Jahfari, Bob de Wever et Lodewijk Spanjaard, « Borrelia miyamotoi in vectors and hosts in The Netherlands », Ticks and Tick-borne Diseases, vol. 8, no 3,‎ , p. 370–374 (DOI 10.1016/j.ttbdis.2016.12.012, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  17. a et b Lyudmila Karan, Marat Makenov, Nadezhda Kolyasnikova et Olga Stukolova, « Dynamics of Spirochetemia and Early PCR Detection of Borrelia miyamotoi », Emerging Infectious Diseases, vol. 24, no 5,‎ , p. 860–867 (ISSN 1080-6040 et 1080-6059, PMID 29664394, PMCID PMC5938775, DOI 10.3201/eid2405.170829, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  18. https://www.concordmonitor.com/ticks-update-disease-nh-study-25305898
  19. Haute Autorité de Santé (juin 2018)| Titre : Recommandation de bonne pratique – Borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques ; Symptomatologie/Syndrome persistant(e) polymorphe après une possible piqûre de tique (SPPT)|Lire en ligne= https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-06/fiche_rbp_4_sppt-v1-180618.pdf
  20. Alison W. Rebman, Kathleen T. Bechtold, Ting Yang et Erica A. Mihm, « The Clinical, Symptom, and Quality-of-Life Characterization of a Well-Defined Group of Patients with Posttreatment Lyme Disease Syndrome », Frontiers in Medicine, vol. 4,‎ , p. 224 (ISSN 2296-858X, PMID 29312942, PMCID PMC5735370, DOI 10.3389/fmed.2017.00224, lire en ligne, consulté le 22 avril 2020)
  21. (en) Rédaction, « Etymologia: Borrelia miyamotoi », Emerg Infect Dis [Internet], vol. 20, no 8,‎ (DOI 10.3201/eid2008.ET2008, lire en ligne, consulté le 29 juillet 2014)

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