Ixodes persulcatus

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Ixodes persulcatus est une espèce de tiques de la famille des Ixodidae, les « tiques dures ». Elle est appelée « tique de la taïga » par les anglophones.

Cet acarien ectoparasite est dit hématophage, mais il se nourrit de chair (lysée) et de sang prélevés sur de nombreuses espèces de mammifère et d'oiseaux, dont l'humain[1].

Il est porteur de pathogènes responsables de zoonoses, dont certaines sont considérées comme « émergentes » chez l'humain. Ces maladies dues à des bactéries, virus ou autres parasites sont classées parmi les « maladies vectorielles à tiques ».

Distribution[modifier | modifier le code]

Son aire de répartition s'étend de l'Europe de l'Est au Japon, en passant par le nord et centre de l'Asie, de la Chine au Japon[2].

Description[modifier | modifier le code]

Le dimorphisme sexuel est marqué, le mâle étant bien plus petit que la femelle[3].

Hôtes[modifier | modifier le code]

Ce sont des animaux à sang chaud, incluant des animaux sauvages et domestiques, ongulés, chien, lapin, lièvre, micromammifères et occasionnellement oiseaux [4]. L'humain est également hôte possible de cette espèce[4], généralement contactée lors de séjour en forêt ou à proximité de forêts.

I. persulcatus et santé publique[modifier | modifier le code]

Cette espèce (comme d'autres espèces de tiques dans l'hémisphère nord) parasite des animaux, et parfois l'humain.

Elle est susceptible de véhiculer et inoculer plusieurs maladies vectorielles et zoonotiques et émergentes, éventuellement conjointement. Ces maladies sont notamment :

  • maladie de lyme[5]. I. persulcatus en serait par exemple le principal vecteur de la maladie de Lyme au Japon[6].
  • babesiose ; ici aussi, cet acariensemble être un vecteur relativement spéciqique. C'est l'une des deux seules espèces de tiques porteuses de babesia identifiées au Japon, avec I. persulcatus[7].
  • Ehrlichiose, en Russie par exemple[8], ou en Chine (dont dans des zones d'endémicité de la maladie de Lyme)[9]
  • des virus responsables d'« encéphalite à tique »[10] dont « Siberian (TBEV-Sib) » et « Far Eastern (TBEV-FE) »[11],[2]. Cette tique véhicule un sous-type européen du virus[12], avec un risque "saisonnier" de contracter la maladie[13]. Une étude récente a mis en évidence des foyers d'encéphalite à tiques au nord de la Finlande[14] (dont chez les rongeurs[15] et les bovins[16])et en Laponie due à I. persulcatus qui laisse penser à une extension vers le nord de la maladie ou de souches particulière du virus ou au sous-type sibérien[17].
    Le réchauffement climatique attendu dans la zone circumpolaire pourrait induire des modifications dans les cycles de développement du virus et/ou des tiques[18],[19].

Habitat[modifier | modifier le code]

Cet animal semble inféodé aux bois et forêts de zone froides (taïga) à tempérées et fraiches.
La tique reste attachée plusieurs jours à sa proie, le temps de se nourrir ; Des oiseaux ou d'autres animaux qui en sont porteurs peuvent donc la véhiculer sur de grandes distance, mais l'espèce ne semble pas pourvoir durablement survivre sous d'autres climats.
Le réchauffement climatique pourrait lui permettre de coloniser de nouveaux habitats vers le nord ou en altitude, et inversement la faire disparaître dans le sud de son aire.

Odorat, sens de l'orientation[modifier | modifier le code]

Les tiques n'ont pas d'yeux. Mais disposent d'organes senseurs très efficaces, dont l'organe de Haller. Ce dernier leur permet de finement discriminer certaines molécules et odeurs.

Chez des tiques de cette espèce, on a étudié les réponses d'individus femelles à plusieurs stimuli olfactifs ; l'Osmophérone (5-a-androst-16-ène-3-ol), l'Osmophérine (acides butanoïque et 3-méthylbutanoïque), le DEET (N, N-diéthyl-méta-toluamide), l'éthanol (96 %) comparés à l'eau (test-témoin du stimulus).

Le stimulus était délivré aux tiques dans un labyrinthe de verre en forme de Y (pour 50 tiques par expérimentation). Les réponses étudiées et mesurées étaient la réaction électrophysiologique des synganglions des tique, avec enregistrement des variations du potentiel total (TP) des neurones de la zone pré-œsophagienne, en réponse à une stimulation de l'organe de Haller pour chaque odeur (25 individus testés pour chaque produit).

L'étude a montré que l'Osmophérine attire les tiques, alors que l'Osmophérone n'est pas plus stimulante pour la tique que l'humidité. Inversement, le DEET et l'éthanol agissent comme des répulsifs pour ces tiques et évoquent généralement des changements positifs de potentiels neuronaux.

Dans l'attente d'une proie, les tiques se positionnent naturellement sur des tiges de graminées ou branches, prêtes à accrocher le pelage d'un animal qui passe, ou à s'y laisser tomber. Cette position est dite « attitude de quête ». Lors de cette même étude, chaque tique exposée à une des odeurs testées a aussi été testée selon la hauteur de sa position de quête (ici sur une tige de verre inclinée à 75 °) et dans le même temps pour la présence éventuelle d'agents pathogènes (recherche d'ADN de Borrelia burgdorferi sp. S.L. et d'ARN de virus d'encéphalite à tique (VET) ; l'étude a montré concernant la position de quête, que le degré de réponse à l'Osmopherine était positivement corrélé à la hauteur de quête. De plus, les tiques qui grimpaient le plus haut sur les tiges artificielles étaient aussi celles qui étaient les plus porteuses d'espèces de borrélies. S.L., ce qui montre une corrélation entre la réaction électrophysiologique du synganglion de tiques et leurs réponses comportementales avec la perception de certaines molécules ou odeurs ; ce qui montre aussi que les tiques infectées par les borrélies sont plus susceptibles d'infecter des animaux de grande taille. Les borrélies, quand elles sont présentes dans l'intestin de la tique, semblent pouvoir « modifier » le comportement de la tique à leur profit.[réf. souhaitée]

Reproduction[modifier | modifier le code]

Après s'être gorgée de nourriture, la femelle se laisse tomber au sol sur la litière forestière (quand elle est encore dans son habitat naturel, sinon, ce peut être dans une étable, une écurie, une niche de chien, etc.). Elle pond ses œufs en paquets sur le sol puis elle meurt. Les œufs écloront au printemps suivant[20].

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Schulze, 1930 : Über einige Verwandte von Ixodes ricinus L. aus Ostasien. Zoologischer Anzeiger, vol. 90, p. 294-303.

Notes et autres références[modifier | modifier le code]

  1. Kolonin, 2009 : Fauna of ixodid ticks of the world (Acari, Ixodidae). Moscow
  2. a et b (en) Anu E. Jääskeläinen, Elina Tonteri, Tarja Sironen, Laura Pakarinen, Antti Vaheri & Olli Vapalahti, « European subtype tick-borne encephalitis virus in Ixodes persulcatus ticks », Emerging Infectious Diseases, vol. 17, no 2,‎ , p. 323–325 (DOI 10.3201/eid1702.101487)
  3. Yung Bai Kang & Du Hwan Jang(1985), A description with scanning electron microscopy on the tick Ixodes persulcatus (Schulze, 1930) male and female specimens ;in Journal : Kisaengch'unghak chapchi ; The Korean Journal of Parasitology ; Vol23, chap 2, pages 305–312 ; PMID 12888675 ; doi=10.3347/kjp.1985.23.2.305
  4. a et b James E. Keirans, Glen R. Needham & James H. Oliver, Jr. (1999), The Ixodes ricinus complex worldwide: diagnosis of the species in the complex, hosts and distribution ; Ed:Glen R. Needham, Rodger Mitchell, David J. Horn, and W. Calvin Welbourn |title=Acarology IX, Volume 2, Symposium de Columbus (Ohio), Ed: The Ohio Biological Survey, p. 344 ; (ISBN 978-0-86727-123-2)
  5. Inayoshi M, Naitou H, Kawamori F, Masuzawa T, Ohashi N. Characterization of Ehrlichia species from Ixodes ovatus ticks at the foot of Mt. Fuji, Japan. ; Microbiol Immunol. 2004;48(10):737-45.
  6. Nakao M, Miyamoto K., Susceptibility of Ixodes persulcatus and I. ovatus (Acari: Ixodidae) to Lyme disease spirochetes isolated from humans in Japan, J Med Entomol. 1994 May;31(3):467-73 (résumé)
  7. Zamoto-Niikura A, Tsuji M, Qiang W, Nakao M, Hirata H, Ishihara C., Detection of two zoonotic Babesia microti lineages, the Hobetsu and U.S. lineages, in two sympatric tick species, ixodes ovatus and Ixodes persulcatus, respectively, in Japan. ; Appl Environ Microbiol. 2012 May;78(9):3424-30. Epub 2012 Mar 2 (résumé)
  8. Alekseev AN, Dubinina HV, Van De Pol I, Schouls LM., Identification of Ehrlichia spp. and Borrelia burgdorferi in Ixodes ticks in the Baltic regions of Russia ; J Clin Microbiol. 2001 Jun; 39(6):2237-42.
  9. Cao WC, Zhao QM, Zhang PH, Dumler JS, Zhang XT, Fang LQ, Yang H. Granulocytic Ehrlichiae in Ixodes persulcatus ticks from an area in China where Lyme disease is endemic. ; J Clin Microbiol. 2000 Nov;38(11):4208-10 (résumé)
  10. Lindquist L, Vapalahti O. Tick-borne encephalitis. Lancet. 2008;371:1861–71
  11. Marina E. Eremeeva, Alice Oliveira, John Moriarity, Jennilee B. Robinson, Nikolay K. Tokarevich, Ludmila P. Antyukova, Valentina A. Pyanyh, Olga N. Emeljanova, Valentina N. Ignatjeva, Roman Buzinov, Valentina Pyankova & Gregory A. Dasch (2007), Detection and identification of bacterial agents in Ixodes persulcatus Schulze ticks from the north western region of Russia ; Journal Vector-Borne and Zoonotic Diseases, vol.7, chap 3, pp426–436 ; DOI:10.1089/vbz.2007.0112
  12. Jääskeläinen AE, Tonteri E, Sironen T, Pakarinen L, Vaheri A, Vapalahti O. European subtype tick-borne encephalitis virus in Ixodes persulcatus Ticks [letter]. Emerg Infect Dis [serial on the Internet]. 2011 Feb [date cited]. https://dx.doi.org/10.3201/eid1702.101487 DOI: 10.3201/eid1702.101487 (résumé CDC)
  13. Randolph SE, Green RM, Peacey MF, Rogers DJ. Seasonal synchrony: the key to tick-borne encephalitis foci identified by satellite data. Parasitology. 2000;121:15–23.
  14. ääskeläinen AE, Sironen T, Murueva GB, Subbotina N, Alekseev AN, Castrén J, Tick-borne encephalitis virus in ticks in Finland, Russian Karelia, and Buryatia. J Gen Virol. 2010;91:2706–12
  15. Tonteri E, Jääskeläinen AE, Tikkakoski T, Voutilainen L, Niemimaa J, Henttonen H, Tick-borne encephalitis virus in wild rodents in winter, Finland, 2008–2009. Emerg Infect Dis. 2011;17:72–5.
  16. Tuomi J, Brummer-Korvenkontio M. Antibodies against viruses of the tick-borne encephalitis group in cattle sera in Finland. Ann Med Exp Biol Fenn. 1965;43:149–54
  17. Jääskeläinen AE, Tikkakoski T, Uzcátegui NY, Alekseev AN, Vaheri A, Vapalahti O. Siberian subtype tickborne encephalitis virus, Finland. Emerg Infect Dis. 2006;12:1568–71.
  18. Randolph SE, Rogers DJ. Fragile transmission cycles of tick-borne encephalitis virus may be disrupted by predicted climate change. Proc Biol Sci. 2000;267:1741–4
  19. Lukan M, Bullova E, Petko B. Climate warming and tick-borne encephalitis, Slovakia. Emerg Infect Dis. 2010;16:524–6
  20. Suzuki David, Grady Wayne ; Tree: A Life Story, Vancouver, Ed :Greystone Books, 2004, 110 pages ; (ISBN 1-55365-126-X)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]