Arachné
| Nom dans la langue maternelle |
Ἀράχνη |
|---|---|
| Activité | |
| Père |
Idmon (d) |
| Mère |
Colophon |
| Fratrie |
Phalanx (en) |
| Enfant |
Closter (d) |
Arachné ou Arachne (en grec ancien Ἀράχνη / Arákhnê), est la protagoniste d'un conte de la mythologie classique connu principalement par la version racontée par le poète romain Ovide. Son récit raconte comment la talentueuse mortelle Arachné a défié Minerve à un concours de tissage et fut finalement transformée en araignée par la déesse.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le grec ἀράχνη / Arákhnê et le latin arāneus « araignée » sont depuis longtemps considérés comme apparentés. En comparant les mots pour « araignée » dans d'autres traditions indo-européennes, qui dérivent principalement de racines et de verbes signifiant « tisser », « filer » et en analysant la préforme *araksnā comme *h₂ŕ̥h₂⁽g̑⁾sneh₂-, il a été proposé une racine sous-jacente *h₂reh₂⁽g̑⁾- « tisser » non seulement dans les mots ἀράχνη et arāneus, mais également dans le grec ῥῆγος « tapis, couverture »[1].
Mythe
[modifier | modifier le code]Origine et sources
[modifier | modifier le code]Si l'origine grecque du mythe ne fait guère de doutes[2], les Géorgiques de Virgile, écrite entre 37 et 30 av. J.-C., constituent la version la plus ancienne connue de ce conte, les Métamorphoses d’Ovide, composées dans la première décennie du Ier siècle de notre ère, en présentant le récit complet.
Récit
[modifier | modifier le code]Arachné est une jeune femme originaire d'Hypèpes en Lydie[3].
Intriguée par la grande réputation de tisseuse d’Arachné, Minerve se déguisa en vieille femme pour rendre visite à la jeune tisseuse et observer son magnifique travail. Arachné, n'ayant point reconnu la déesse, prétendit devant celle-ci qu'elle était la meilleure tisseuse du monde, meilleure que Minerve elle-même. La déesse entra alors dans une grande colère en constatant qu'une simple mortelle pouvait prétendre être aussi adroite qu'elle.
Elle révéla à Arachné sa véritable identité et organisa un concours avec la jeune femme. Le tissage de Minerve représentait quatre combats distincts entre les mortels et les dieux, au cours desquels les dieux punissaient les mortels pour s'être érigés en égaux, tandis qu'Arachné préféra illustrer les comportements honteux des dieux (dont Jupiter avec ses nombreuses amantes).
Minerve ne découvrit dans cette broderie aucun défaut mais, jalouse et furieuse qu'elle ait insulté les dieux, elle frappa Arachné de sa navette et déchira son ouvrage. Humiliée, Arachné se pendit. Éprouvant de la pitié pour la jeune fille, la déesse décida d'offrir une seconde vie à Arachné, sous la forme d'une araignée suspendue à son fil, pour qu'elle puisse tisser pour l’éternité.
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Arachné faisant un filet, miniature de Robinet Testard tirée d'un manuscrit du De mulieribus claris de Boccace, vers 1488-1496, Paris, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 599, fo 17 vo.
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Au premier cercle du Purgatoire, Dante et Virgile devant Arachné.
Illustration de Gustave Doré pour la Divine Comédie, 1868.
Interprétations modernes
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Selon János György Szilágyi, la version grecque du mythe relève d’un récit étiologique typique de l’époque hellénistique, tandis que celle d’Ovide témoignerait d’une origine plus ancienne, remontant au moins à la période archaïque, marquée par la rivalité entre l’artisanat grec et celui d’Asie Mineure. Cette interprétation historique du mythe, déjà avancée par Robert Graves, s’appuie notamment sur l’origine lydienne d’Arachné dans le texte d’Ovide — origine également attestée chez Pline l'Ancien —, alors que Nonnos de Panopolis la présente comme Perse et Héliodore comme Sère[2].
Toutefois, si des circonstances historiques ont pu influencer le cadre géographique du récit, celui-ci ne saurait être réduit à la simple transposition de ces réalités. C’est pourquoi Ioanna Papadopoulou-Belmehdi, replaçant la version « attique » dans le contexte de la symbolique du tissage féminin, la juge « plus ancienne » que celle d’Ovide, car elle « enracin[e] le mythe en plein sol athénien ». Il existe enfin une troisième version, sans doute d’époque alexandrine, qui associe Arachné au devin Tirésias et attribue sa métamorphose au courroux d’Aphrodite[2].
Postérité
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Arachné et Minerve sont représentées deux fois. Au premier plan, Minerve utilise le rouet et Arachne le dévidoir. En arrière-plan, Minerve casquée fait face à Arachné[4].
La littérature du Moyen Âge et de la Renaissance poursuit la tradition moralisatrice ovidienne, l'histoire d'Arachné étant interprétée comme un symbole de la présomption humaine.
Dante Alighieri réprouve ainsi la conduite d'Arachné dans le Purgatoire de la Divine Comédie montrant son image sur le pavement où sont exposées les figures des orgueilleux. Considérant l'orgueil comme le commencement de tout péché, le poète italien condamne l'homme qui s'exalte contre Dieu, exactement comme Arachné l'avait fait[5].
Décrivant les sculptures en relief qui ornent le sol du premier cercle du mont du Purgatoire — celui où sont purgés les orgueilleux, et alors que chaque image illustre un exemple d’orgueil puni, Dante transforme la métamorphose d'Arachné en une leçon d’humilité : la création artistique, si elle procède de l’orgueil, conduit à la déchéance[5].
Chant XII (vers 43-45) du Purgatoire
« O folle Aragne, sì vedea io te
già mezza ragna, trista in su li stracci
de l'opera che mal per te si fé[6]. »
« O folle Arachné, je te voyais déjà à moitié araignée, et triste, sur les débris de la toile que par malheur tu ourdis ![7] »
À la Renaissance, les écrivains, comme George Chapman, qui s'intéressent aux questions de moralité de l'art tirent une leçon particulière du destin d'Arachné. Un poète, Edmund Spenser, place l'histoire d'Arachné au cœur de son poème Muiopotmos, ou le Destin du Papillon. Il y ajoute le thème de l'envie, fléau des artistes : dans sa version du mythe, Spenser raconte comment Arachné fut transformée en insecte par envie du couronnement de Minerve[5]. Ailleurs dans la poésie de Spenser, la tradition moraliste se reflète dans l'utilisation de la toile d'araignée comme piège pour les pécheurs. Ainsi, dans la Caverne de Mammon, au Livre II de La Reine des fées, Arachné « soulève haut / sa toile rusée et étend son filet subtil » (7.28)[5].
Arachné est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom d'Arachné figure sur le socle, elle y est associée à Sophie, sixième convive de l'aile I de la table[8].
Arachné fait partie des personnages mythologiques réécrits dans une perspective féministe par l’autrice de bande dessinée Noémie Fachan dans son roman graphique L’œil de la Gorgone – 22 figures mythologiques dans un regard féministe (2023)[9].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Stefan Höfler et Johan Ulrik Nielsen, « A Proto-Indo-European word for 'spider'? : un-weaving the prehistory of the Greek ἀράχνη and the Latin arāneus », Graeco-Latina Brunensia, no 1, , p. 69–89 (DOI 10.5817/GLB2022-1-6
, hdl 11222.digilib/145031, S2CID 251755480)
- Sylvie Ballestra-Puech, « L’araignée, le lézard et la belette : versions grecques du mythe d’Arachné »', dans Rursus, 2, Nice, 2007
- ↑ Ovide, Métamorphoses, Livre VI, v. 11-13.
- ↑ Musée critique de la Sorbonne
- (en) Judith Dundas, « "Arachnean Eyes": A Mythological Emblem in the Poetry of George Chapman », John Donne journal, Vol. 6, No. 2, 1987
- ↑ Chant XII sur la Wikisource italophone.
- ↑ Chant XII sur la Wikisource francophone.
- ↑ Musée de Brooklyn - Arachné
- ↑ Noémie Fachan, L'oeil de la Gorgone: 22 figures mythologiques sous un regard féministe, Leduc graphic, (ISBN 979-10-285-3004-4).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Sources primaires
[modifier | modifier le code]- (la + fr) Arachné et Minerve, textes et commentaires d'Ovide par Jean Schumacher, Louvain, 2005 (bibliogr.).
- Pallas et Arachné, dans Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 5-145), trad. française de G. T. Villenave, Paris, 1806.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Sylvie Ballestra-Puech, Métamorphoses d'Arachné : l'artiste en araignée dans la littérature occidentale, Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire » (no 426), , 460 p. (ISBN 978-2-600-01061-0, présentation en ligne).
- Sylvie Ballestra-Puech, « L’araignée, le lézard et la belette : versions grecques du mythe d’Arachné », dans Rursus, 2, Nice, 2007.
Sources radiophoniques
[modifier | modifier le code]- Paul Schubert, « Arachné la tisseuse », Mythomane, Radio télévision suisse, (consulté le )
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Images d'Arachné dans le Warburg Institute Iconographic Database
- Ressource relative à la bande dessinée :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Mortel de la mythologie grecque
- Mythologie grecque de Lydie
- Métamorphose dans la mythologie grecque
- Araignée légendaire
- Personnage cité dans la Divine Comédie (Enfer)
- Personnage cité dans la Divine Comédie (Purgatoire)
- Tissage dans la mythologie grecque
- Personnage cité dans les Métamorphoses (Ovide)
- Éponyme d'un objet céleste