Anna Eynard-Lullin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Eynard.
Anna Eynard-Lullin
Anna Eynard-Lullin & Jean-Gabriel Eynard.jpg
Anna et Jean-Gabriel Eynard vers 1845
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 75 ans)
GenèveVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Coat of Arms of Geneva.svg genevoise, puis Drapeau : Suisse suisse dès 1815
Activité

Anna Eynard-Lullin ou Anne Lullin de Châteauvieux, née à Lancy (France)[1] le et morte à Genève le , est une philanthrope genevoise et suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Membres de la famille Eynard-Lullin à la campagne de Beaulieu
Salons du Palais Eynard

Anna (baptisée Anne Charlotte Adélaide) Eynard-Lullin est le cinquième et dernier enfant du banquier Michel Lullin de Châteauvieux, et d'Amélie Christine Pictet, qui appartiennent aux plus anciennes familles patriciennes de Genève. Elle naît au moment où sa famille a connu des difficultés financières, a vendu l'ancienne propriété de Lancy à Charles Pictet, et s'est réfugiée à Paris chez Marc-Auguste Pictet. Charles et Marc-Auguste sont deux frères d'Amélie Pictet.

Le père d'Anna meurt en 1802 à Saint-Domingue, puis Amélie Lullin-Pictet revient s'installer à Genève avec Anna qui a alors 14 ans[2],[3]. Son frère Adolphe Lullin (1780-1806) a vécu une courte carrière de peintre, et son oncle Charles Pictet de Rochemont est un soldat, politicien puis diplomate attitré de Genève et de la Suisse au moment des congrès qui tracent les nouvelles frontières de l'Europe après les guerres napoléoniennes.

En 1810, elle épouse Jean-Gabriel Eynard (1775-1863). Gravement malade, elle perd son premier enfant et ne pourra pas en avoir d'autre. Le couple adopte en 1820 une fillette née à Rolle et prénommée Sophie (1817-1887), qui épousera un neveu de son père adoptif[4].

Ils habitent d'abord à la Cour Saint-Pierre, puis ils font construire le Palais Eynard (actuelle mairie de Genève). Anna esquisse des plans pour ce palais construit sur les anciennes fortifications de la ville[5],[6] ; elle participe aussi à la création de la campagne de Beaulieu et dans l'aménagement du vaste jardin de cette maison de maître (communes vaudoises de Gilly et Rolle). Les époux Eynard font construire plusieurs autres maisons à Genève, situées dans l'actuelle rue Eynard, et le palais de l'Athénée en 1863 ; d'autres maisons sont bâties pour la famille à la campagne de Beaulieu[2].

Jean-Gabriel Eynard devient le secrétaire particulier de Charles Pictet de Rochemont. Avec François d'Ivernois, ils sont les délégués de Genève aux premier Congrès de Paris (1814) et au Congrès de Vienne (1815). Anna les accompagne au Congrès de Vienne, où sa participation à la vie mondaine en marge des pourparlers joue un rôle important. Elle soutient encore son mari lors du Congrès d'Aix-la-Chapelle en 1818.

Dans deux lettres de janvier 1815, voici ce que Charles Pictet de Rochemont décrit des relations de sa nièce Anna avec les puissants présents au Congrès de Vienne[7].

« Le jour même où j'écrivois à mon frère, en réponse à un certain bavardage venu de Paris, qu'Anna n'avoit parlé à aucun souverain, elle alla à la redoute, et dansa avec l'empereur de Russie et le roi de Prusse. Il paroit qu’elle plaça fort heureusement quelques mots de Genève. Elle a eu hier une audience de la Grande Duchesse Catherine qui l'a fort bien accueillie, et lui a dit des choses aimables sur son oncle. Elle prend tous ces succès comme un enfant que cela divertit, mais assez philosophiquement, et bien mieux que je ne l'aurois imaginé. Elle a la tête froide de sa mère. »

« J’ai été au bal jusqu’à minuit chez l’ambassadeur russe, Anna jusqu’à 4h ; grands succès. Bras dessus bras dessous avec les grands ducs, dansé deux fois avec Alexandre. J’ai toujours peur que cela ne lui tourne un peu la tête ; mais pour lui rendre justice elle n’y montre point de disposition. »

Après le décès de son mari en 1863, âgé de 88 ans, Anna Eynard-Lullin développe ses activités philanthropiques : engagements de personnes en difficultés, créations d'une maison de convalescence pour jeunes filles, d'une maison de retraite, d'écoles près de Beaulieu et à Genève. Elle lègue 30 000 francs à l'hôpital de Genève[2]. Elle meurt en 1868, âgée de 75 ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bridget Dommen et Caroline Dommen, Mademoiselle de Trop : l'histoire d'Anna Eynard-Lullin, ambassadrice pour Genève, La Joie de lire, Genève, 2014, documentaire à partir de 10 ans (ISBN 9782889082209)
  • Estelle Fallet, « Anna Eynard, ambassadrice de la Genève mondaine », in Tribune des arts, Genève, No 383 (sept. 2010)
  • Stella Ghervas et Irène Herrmann, « Anna Eynard-Lullin (1793-1868) », in Les femmes dans la mémoire de Genève, E. Deuber Ziegler et N. Tikhonov (éditeurs), Genève, Ed. Suzanne Hurter, 2005, pp. 82-83.
  • Alville (soit Alix von Wattenwyl[8]), Anna Eynard-Lullin et l'époque des congrès et des révolutions, P. Feissly, Lausanne, 1955, 435 p.
  • Mme X, « Une figure du temps de l'empire : Madame Eynard-Lullin : à propos de l'exposition rétrospective de miniatures et objets de parure », in Nos anciens et leurs œuvres, Genève, Vol. 3(1903), p. 65-75.
  • «Les anciennes propriétés Eynard: Beaulieu, Fleur d'Eau et Fleuri», dans Paul Bissegger, Entre Arcadie et Panthéon. Grandes demeures néoclassiques aux environs de Rolle, Bibliothèque historique vaudoise, coll. « Bibliothèque historique vaudoise 121 », (ISBN 2-88454-121-7), p. 223-326.
  • Luca Zoppelli, «La musique au Congrès de Vienne d'après le journal d'Anna Eynard-Lullin», Annales fribourgeoises 79, 2017, pp. 73-80.

Archives[modifier | modifier le code]

  • Archives de la famille Eynard (Correspondances, archives de famille, généalogies, mémoires et journaux, récits de voyages), Bibliothèque de Genève, Département des manuscrits : Ms. suppl. 1893-1910, 1921-1984[9].
  • Archives Jean-Gabriel Eynard (1775-1863) (Papiers personnels, correspondances, journaux, récits de voyages), Bibliothèque de Genève, Département des manuscrits : Ms. suppl. 1840-1892, 1913-1916, 1922, 1945-1954[9].
  • Archives Alix van Wattenwyl, Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Berne : dossiers 18-24 (Anna Eynard-Lullin et l'époque des congrès et des révolutions), 33 et 35[8].
  • Archives Roger Monod (famille Eynard), Archives de la Ville de Genève : dossier 169, partage de l'héritage d'Anne Eynard-Lullin, 1870[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lancy, dictionnaire historique de la Suisse
  2. a, b et c Bridget Dommen et Caroline Dommen, Mademoiselle de Trop : l'histoire d'Anna Eynard-Lullin, ambassadrice pour Genève, La Joie de lire, Genève, 2014.
  3. Véronique Palfi, « Palais Eynard (1817-1821) », Les Journées européennes du patrimoine, éd. Ville de Genève, Genève, 2008, p. 1.
  4. Stella Ghervas, Réinventer la tradition: Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte-Alliance, Paris, Honoré Champion, 2008, pp. 505-509.
  5. « Palais Eynard - Hôtel municipal », site de la Ville de Genève.
  6. « Le Palais Eynard », Centre national d'information sur le patrimoine culturel (NIKE).
  7. Charles Pictet de Rochemont (1755-1824) : Lettres écrites à sa famille (...) (1814-1816) », Fondation des archives de la famille Pictet, (www.archivesfamillepictet.ch), 2010 rev. 2013, p. 76 et 82, lettres à Amélie Pictet de Lancy.
  8. a et b Archives Alix van Wattenwyl (1889-1964), Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne.
  9. a et b Barbara Prout, Christine Tourn, Archives privées de personnes et de familles : Liste des fonds conservés à la Bibliothèque de Genève, Département des manuscrits, état au 1er août 2009 [1].
  10. « Roger Monod (famille Eynard) », Archives de la Ville de Genève, 1988, p. 6.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :