Marc-Auguste Pictet

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Marc-Auguste Pictet
Description de l'image Pictet Marc-Auguste.jpg.
Naissance
Genève (Suisse)
Décès (à 72 ans)
Genève (Suisse)
Nationalité Drapeau : Suisse suisse
Domaines Physique, Astronomie
Institutions Académie de Genève
Renommé pour Deuxième directeur de Observatoire de Genève (1790-1819) ; fondateur de la Bibliothèque britannique (1796)

Marc-Auguste Pictet, né le 23 juillet 1752 à Genève et mort le 19 avril 1825 dans la même ville, est un physicien, météorologiste et astronome suisse. Thomas Jefferson écrira en 1794 que Pictet lui était connu « as standing foremost among the literati of Europe[1] ».

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Fils aîné de Charles Pictet de Cartigny, colonel au service de Hollande, et frère de Charles Pictet de Rochemont, Marc-Auguste entre à 14 ans à l’auditoire des belles-lettres de l’Académie de Genève. Il y étudie la philosophie, le droit, et prête son serment d’avocat devant le Petit Conseil[2] en 1774[3]. Sa véritable passion est cependant la science. Après un voyage de formation en Angleterre, il devient en 1776 l’assistant de l’astronome Jacques-André Mallet qui venait d’installer sur le premier observatoire de Genève, sur le bastion St-Antoine. Cette même année, il se marie avec Suzanne-Jeanne-Françoise Turrettini. Ils auront trois filles : Marianne (1777-1841), Caroline (1780-1841) et Albertine (1785-1834)[4].

Voyage autour du Mont-Blanc[modifier | modifier le code]

Passionné par la météorologie et l’alpinisme, Marc-Auguste Pictet travaille dès 1776 à des relevés météorologiques. Il participe ensuite en 1778 avec son ancien professeur et ami Horace-Bénédict de Saussure à une expédition autour du Mont-Blanc pendant laquelle ils gravissent le Buet (3 096 mètres). En combinant un relevé barométrique et un calcul trigonométrique, ils estiment l'altitude du Mont-Blanc à 4 775 mètres, un chiffre assez proche de la valeur actuelle (4810 m)[5],[6].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Marc-Auguste Pictet devient professeur de philosophie naturelle à l'Académie de Genève, en succession de son maître Horace-Bénédict de Saussure (1786)[7]. Outre cet enseignement académique, poursuivi jusqu'à sa mort en 1825, il donnait depuis 1784 des cours publics et payants de physique expérimentale qui furent très suivis (jusqu'à 80 à 120 auditeurs par année) ainsi que des cours de mécanique et de physique à l'usage des "artistes" (artisans) dans le cadre de la Société des Arts, puis du Muséum de Genève[8]. Très au fait de l'actualité scientifique de son temps, il fut, dès 1789, un partisan de la chimie de Lavoisier.

Dès 1784, Pictet fait de la chaleur rayonnante l'objet principal de ses recherches. Avec Saussure, il réalise d'emblée une expérience montrant l'existence d'un « rayonnement thermique ». Il réalise ensuite une expérience qui semble démontrer la réflexion apparente du froid : avec deux miroirs concaves, il concentre le "rayonnement" d'une bouteille remplie de glace sur un thermomètre[9]. Les résultats de ces recherches sur le calorique sont publiées en 1790 sous le titre Essai sur le feu. Ils alimenteront pendant un certain temps les discussions sur la nature du feu, en particulier les théories de Prevost, Rumford et Leslie.

Pictet réalisa également des travaux cartographiques, publiant notamment une Carte de la partie des Alpes qui avoisine le Mont-Blanc, pour le second volume des Voyages dans les Alpes de Saussure (1786), ainsi qu'un Plan de Genève (1787). Sa carte du Lac Léman, réalisée avec son maître Jacques-André Mallet est en revanche demeurée inédite.

Passionné de techniques, Pictet entre en 1786 à la Société des Arts de Genève, dont il deviendra vice-président, et qu'il présidera de 1799 à 1825. Il tente par ailleurs de mettre sur pied une manufacture de faïences fines sur le modèle anglais (1786-1796), une expérience industrielle qui se solde par un échec commercial cuisant[10].

En tant que président du Comité de mécanique de la Société des Arts, il organise à partir de 1790 des concours d'horlogerie. Il réalise également d'innombrables expertises techniques pour cette même Société. En 1791, il participe à la fondation de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, qui bénéficie grandement de son important réseau de correspondance[11]. Grâce à plusieurs voyages en Angleterre (1775-1776, 1787, 1798, 1801, 1818), il est en effet bien introduit dans les milieux scientifiques anglais[12]. Il fréquente aussi les savants parisiens, surtout à partir de sa nomination au Tribunat en 1802. Il a aussi de nombreux correspondants en province, ainsi qu'en Italie et dans le reste de la Suisse[13].

En 1790, à la mort de Jacques-André Mallet, iI devient également directeur de facto de l’observatoire de Genève, une position qu'il conservera jusqu'à la nomination en 1819 de Jean-Alfred Gautier. Il dote l'établissement d'une station météorologique permanente, à partir de laquelle il développe différentes séries de relevés inédits. La coordination et la standardisation des relevés météorologiques restera un sujet de préoccupation permanent. Sa volonté d'élucider les mécanismes des précipitations atmosphériques le pousse à établir en 1817 une station météorologique d'altitude au Grand St-Bernard.

La Bibliothèque britannique[modifier | modifier le code]

En 1796, Marc-Auguste lance avec son frère et son ami Frédéric-Guillaume Maurice une revue scientifique, littéraire et économique : la Bibliothèque britannique. Le principe de la publication est le suivant : une sélection et une traduction en français des meilleurs articles scientifiques publiés en Angleterre. Charles Pictet s’occupe de la partie littéraire et agronomique alors que Marc-Auguste Pictet se charge de la partie Sciences et Arts. En 1816, le périodique prend le nom de Bibliothèque universelle et s’ouvre aux publications de l’Europe entière[14]. Cet organe est un outil de diffusion du savoir scientifique et technique, ainsi qu'un véhicule des valeurs d'émulation et de méritocratie, associées dans l'esprit de Pictet au développement de l'industrie et de l'agriculture scientifique. Vers la fin de sa vie, Pictet sera néanmoins effrayé par les conséquences sociales du développement industriel en Angleterre, en particulier la paupérisation des classes laborieuses sous l'effet du machinisme. Il s'efforcera, sans grand succès d'ailleurs, de mettre sur pied une association philanthropique pan-européenne: la "Société européenne du bien public" (1818-1819)[15] .

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Homme de compromis et politiquement modéré, Marc-Auguste est élu en 1782 au Conseil des Deux-Cents mais démissionne une année plus tard, ne voulant pas cautionner un gouvernement réactionnaire[16]. Après le triomphe de la Révolution à Genève, il est élu en 1793 avec son frère à l’Assemblée nationale nouvellement créée. Les abus du jacobinisme poussent cependant les deux frères à démissionner quelques mois plus tard. La France ayant annexée Genève, Marc-Auguste Pictet est élu membre du Tribunat le 27 mars 1802, où il tente vainement de plaider pour la liberté du commerce et pour la paix avec l'Angleterre. Il est néanmoins fait chevalier de la Légion d'honneur en 1804, devient inspecteur général de l'Université impériale (1808-1813), et fait chevalier de l’Empire en 1808. En 1810, il refuse de devenir recteur de l'Académie de Strasbourg et tombe dans une demi-disgrâce.

En 1815, Pictet est l'une des chevilles ouvrières de la fondation, à Genève, de la Société Helvétique des Sciences Naturelles. Il était lui-même correspondant de plusieurs académies étrangères, dont la Royal Society de Londres (1790), la Royal Society d'Edimbourg (1796) et de la Première Classe de l'Institut de France (1802).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Essais de physique, t.1: Essai sur le feu, Genève, 1790; trad. all.:Versuch über das Feuer, Tübingen, 1790; trad. angl.: An Essay on Fire, London, 1791.
  • Voyage de trois mois en Angleterre, en Ecosse et en Irlande pendant l’été de l’an IX (1801 v.st.), Genève, an XI (1802 v.st.).
  • Syllabus du cours physico-technique donné au Musée académique de Genève, 1819-20, Genève, 1820.
  • «Considérations sur la météorologie et résultats d'observations faites à Genève pendant l'année 1778», in Mémoires de la Société des Arts, t.1/2, 1780, pp. 157-168.
  • «Comparaison du mètre définitif avec un étalon des mesures anglaises rapporté de Londres», Biblio. Brit., 19, 1802, pp. 109-122; trad. angl., in Nicholson Journal, 2, 1802, pp. 244-252; trad. angl., in Royal Institution Journal, 1, 1802, pp. 122-131; trad. angl., in Philosophical Magazine, 12, 1802, pp. 229-235
  • «Description du baromètre portatif de Deluc, amélioré par M.-A. Pictet», Biblio. Brit., 22, 1803, pp. 309-335.
  • «Note sur la position géographique de Genève et sur d'autres résultats géodésiques et barométriques», Biblio. Brit., 41, 1809, pp. 305-323.
  • «Notice sur la mesure des hauteurs par le baromètre», Biblio. Brit., t.43, 1810, pp. 19-42, 91-119, 299-335 et t. 44, 1810, pp. 3-41.
  • «Sur les variations que peut éprouver dans la longueur une barre de fer soumise à l'action de diverses forces», Biblio. Univ., 1, 1816, pp. 171-200.
  • «Considérations sur les taches du soleil et observations de celles qui ont paru l'année dernière et celle-ci», Biblio. Univ., 2, 1816, pp. 185-193; trad. angl. in Gilbert Annals, 58, 1818, pp. 417-425.
  • «Résumé des observations météorologiques, thermométriques, hygrométriques faites chaque jour au lever du Soleil et à deux heures après midi à Genève et à l'Hospice du St-Bernard pendant 15 mois...», Biblio. Univ., t.10, 1819, pp. 14-23, 170-175 et 260-269.
  • «Notice sur la contrée basaltique des départements du Rhin et Moselle et de la Sarre», Mémoires de la SPHN, 1, 1821, pp. 137-167.
  • «Expériences sur certaines modifications du calorique dans l'appareil voltaïque, faites à Florence avec l'aide du professeur Gazzeri», in Biblio. Univ., 16, 1821, pp. 176-185 et 286-295.
  • «Mémoire sur les glacières naturelles qu'on trouve dans quelques grottes du Jura et des Alpes», Biblio. Univ., 20, 1822, pp. 261-284.
  • «Description d'une lunette à monture équatoriale, avec un procédé nouveau pour éclairer les fils du micromètre sans que le champ de la lunette reçoive de la lumière», Biblio. Univ., 23, 1823, pp. 22-37.
  • «Observations de la planète Mars près de son opposition, précédées de quelques considérations générales sur ce phénomène», Biblio. Univ., 25, 1824, pp. 249-259.

Postérité[modifier | modifier le code]

Depuis 1990 et tous les deux ans, est distribué un Prix Marc-Auguste Pictet par la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, destiné à un jeune chercheur dans le domaine de l’histoire des sciences, et également une médaille à son effigie que l’on décerne à un historien des sciences en reconnaissances de ses travaux. Il existe également un cratère Pictet sur la lune.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, p. 79.
  2. Le gouvernement.
  3. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 271.
  4. Généalogie de la famille Pictet de Genève, Descendants de Pierre Pictet reçu bourgeois le 14 octobre 1474, Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2010.
  5. Horace-Bénédict de Saussure, Voyages dans les Alpes : précédés d’un essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève, Neuchâtel, 1779.
  6. Jean-Michel Pictet, Marc-Auguste Pictet et son baromètre du Mont-Blanc, Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2009.
  7. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 273.
  8. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 286.
  9. Cf. James Evans et Brian Popp, « Pictet's experiment: The apparent radiation and reflection of cold », Am. J. Phys., 53e série, no 8,‎ , p. 737-753 (lire en ligne [PDF]).
  10. René Sigrist & Didier Grange, La faïencerie des Pâquis. Histoire d'une expérience industrielle, 1786-1796, Genève, Passé-Présent,
  11. Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, Genève, Slatkine, 1995, p. 104.
  12. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet, 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 279.
  13. Correspondance : sciences et techniques, édité par René Sigrist, Genève, Slatkine, 1996-2004 (4 vol.)
  14. Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, Genève, Slatkine, 1995, p. 487.
  15. René Sigrist, « Entre philanthropie et scientisme: les préoccupations sociales d'un physicien vers 1820 », in Roger Durand (éd.), C'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau. Recueil anniversaire pour Jean-Daniel Candaux, Genève, Droz,‎ , pp. 499-513
  16. Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, p. 82.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, 246 p. (ISBN 9782832102350) (OCLC 77265992)
  • Marc-Auguste Pictet, Correspondance : sciences et techniques, édité par René Sigrist, Genève, Slatkine, 1996-2004 (4 vol.) (ISBN 9782051015226), (OCLC 36465979).
  • Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, 1752-1825, Genève, Slatkine, 1995 (ISBN 9782051013475) (OCLC 36520875) 784 p.
  • Jean-Michel Pictet et René Sigrist, « La Correspondance scientifique de Marc-Auguste Pictet (1752-1825) », dans Archives des sciences, Genève, Vol. 45 (1992).
  • David M. Bickerton, Marc-Auguste and Charles Pictet, the "Bibliothèque britannique" (1796-1815) and the dissemination of British literature and science on the Continent, Genève, Slatkine, 1986.
  • Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974.

Liens externes[modifier | modifier le code]