Agnès de Jésus (carmélite)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pauline Martin et Agnès de Jésus.

Agnès de Jésus
Image illustrative de l’article Agnès de Jésus (carmélite)
Pauline Martin en habit de carmélite
Naissance
Alençon
Décès (à 89 ans) 
Lisieux
Nom de naissance Marie-Pauline Martin
Autres noms Pauline Martin
Nationalité Drapeau de la France Française
Ordre religieux Ordre des Carmes déchaux
Vénéré à Carmel de Lisieux

Marie-Pauline Martin, (plus connus sous le nom de Pauline Martin) en religion Agnès de Jésus (né le à Alençon, † à Lisieux) est une religieuse de l'Ordre des Carmes déchaux (à ne pas confondre avec la bienheureuse Mère Agnès de Jésus, dominicaine). Elle est une des sœurs de sainte Thérèse de Lisieux, religieuse avec elle au Carmel de Lisieux.

Pauline est à l'origine de l’œuvre autobiographique de Thérèse de Lisieux, l'Histoire d'une âme. Étant prieure du couvent, elle demande, en 1894, à Thérèse de rédiger ses souvenirs d'enfance qui constitueront la première partie de son ouvrage. Après la mort de Thérèse, c'est elle qui œuvre à faire publier le manuscrit, après beaucoup de relectures et d'organisation pour en tirer un ouvrage conforme aux standards de l'époque. L'ouvrage connait un succès littéraire inattendu et mondial.

Réélue plusieurs fois prieure du couvent, elle est confirmée à ce poste « à vie », par une décision exceptionnelle du pape Pie XI. Elle meurt en 1951, âgée de 89 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

La maison des Buissonnets à Lisieux.

Pauline Martin est la deuxième enfant de Louis et Zélie Martin. Née à Alençon en Normandie, le , elle est baptisée le lendemain. Elle passe les premières années de son enfance dans cette ville. En octobre 1868, elle est envoyée au pensionnat de la Visitation au Mans pour y étudier. Elle y termine ses études le [1]. Elle est qualifiée de : « bonne élève, studieuse et intelligente »

Pauline, très pieuse, fait sa première communion le et, à cette occasion, pense, pour la première fois, devenir religieuse. En 1876, sa mère Zélie se découvre une tumeur fibreuse au sein. De plus, la santé de sa sœur Marie Dosithée inquiète, la situation s'aggrave et le 24 février, Marie-Dosithée meurt de la tuberculose. Avec sa mère Zélie, et ses sœurs Marie et Léonie, Pauline part en pèlerinage à Lourdes le 18 juin 1877, afin de demander la guérison de Mme Martin. Mais Zélie Martin meurt le . La famille est bouleversée, la fille ainée, Marie, prend en charge le foyer familiale, et Thérèse choisit Pauline comme seconde maman. La famille Martin déménage à Lisieux, où elle s'installe dans la villa Les Buissonnets[2].

Entrée au couvent[modifier | modifier le code]

Vue du Carmel de Lisieux en 1900.

En 1882, Pauline décide d'entrer dans les ordres, et choisit d'intégrer le couvent des Sœurs de la Visitation au Mans. Mais, le 16 février 1882, en priant devant la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel, dans l'église Saint-Jacques, à Lisieux, Pauline réalise qu'elle voudrait être carmélite. Elle demande alors de changer de congrégation, et le , elle entre à 21 ans comme postulante au Carmel de Lisieux[1].

Son départ du foyer familial provoque une grande peine à sa sœur Thérèse qui se sent « abandonnée une seconde fois ». Néanmoins, les deux sœurs restent en lien par courrier, et Pauline prépare Thérèse à sa première communion grâce à de nombreuses lettres. Le 6 avril 1883, lors de sa prise d'habit, Pauline choisit le nom de Sœur Agnès de Jésus. Le 8 mai 1884 elle prononce ses vœux perpétuels, en même temps que Thérèse fait sa première communion[1],[2].

Après la mort de mère Geneviève de Sainte-Thérèse[3], Agnès de Jésus est élue prieure le 20 février 1893. Elle reste à ce poste jusqu'à l'élection de Mère Marie de Gonzague le 21 mars 1896[1].

Édition d'Histoire d'une âme[modifier | modifier le code]

Couverture du livre Histoire d'une âme écrite par elle-même, Lisieux, édition 1940.
Article détaillé : Histoire d'une âme.

À l'origine de la publication de la célèbre autobiographie de Thérèse de Lisieux, publiée et connue sous le titre d'Histoire d'une âme, il y a la demande faite par Pauline, alors supérieure du couvent, de rédiger les souvenirs d'enfance de Thérèse. C'est Marie du Sacré Cœur (sa sœur Marie Martin), qui convainc Pauline d'ordonner à Thérèse de mettre par écrit ses souvenirs d'enfance. Cette demande faite à Thérèse, durant l'hiver 1894, (rédaction faite par obéissance à sa supérieure)[2] donne le premier récit appelé le Manuscrit A de Thérèse. La suite de l'ouvrage est rédigé à la demande d'autres carmélites :

  • Marie du Sacré-Cœur pour le Manuscrit B
  • Mère Marie de Gonzague (Prieure à la suite de Pauline), pour le Manuscrit C

Agnès de Jésus a également permis la publication d'autres écrits de Thérèse[2] :

  • à partir de décembre 1896, Sœur Agnès entreprend de dater les billets que lui envoie Thérèse (ce qui sera un élément important de la publication des nombreuses lettres de Thérèse).
  • du mois d'avril 1897, jusqu'à la mort de Thérèse, Agnès transcrit par écrit presque chaque jour les paroles de Thérèse dans le "carnet jaune". Elles seront publiées sous le titre des "derniers Entretiens".

Immédiatement après la mort de Thérèse, Pauline, propose de faire publier les trois écrits de Thérèse (les manuscrits A, B et C) dans un unique ouvrage. Pauline se charge alors de les remettre en forme, de structurer le texte en chapitres, de rectifier le style et l'orthographe des manuscrits originaux afin de respecter les conventions littéraires de l'époque[4]. Le livre, tiré à 2 000 exemplaires, est publié en septembre 1898[5],[6] sous le titre d'Histoire d'une âme[7]. Très vite épuisé, l'ouvrage doit être réédité de multiples fois, en volume croissant. En 1956 on compte déjà 40 éditions et de nombreuses traductions (et plus de 50 traductions répertoriées)[8].

Après le décès de Mère Agnès de Jésus, en 1951, le pape Pie XII demande de revenir à la version originale du texte et de publier les trois manuscrits thérésiens « sans les modifications ». La réalisation d'une édition critique (phototypie) est menée par le Père carme François de Sainte Marie (+1961) avec une équipe de carmélites de Lisieux[8]. La première édition parait, en avril 1956, à l'Office central de Lisieux[9]. Cette édition gomme de facto tout le travail de mise en forme de Mère Agnès, revenant au texte thérésien original.

Prieure du couvent[modifier | modifier le code]

En 1902, Mère Agnès de Jésus est réélue prieure du couvent. Elle l'est à nouveau en 1909, lorsque se prépare le « Procès en béatification de Thérèse de Lisieux, puis, le 31 mai 1923, elle l'est à nouveau, et le pape Pie XI, par une permission spéciale, la nomme « prieure à vie » du Carmel de Lisieux[1]. Mère Agnès travaille activement au projet de la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux : elle coordonne les projets, du gros œuvre au plus petit détail. La première pierre est posée le et l'inauguration officielle se déroule le [2].

Mère Agnès reçoit de très nombreuses visites d’ecclésiastiques et de personnalités diverses[10]. Elle maintient une correspondance considérable[11], et devient ainsi « un élément majeur du rayonnement de Thérèse dans le monde »[1],[2].

Dès 1926, elle entretient avec Charles Maurras une correspondance suivie et intervient auprès du pape au sujet de la condamnation de l'Action française[12].

Lors du Débarquement de Normandie, la ville de Lisieux se trouve sur la ligne de front. Le 7 juin 1944, la ville de Lisieux est en flammes. Le Supérieur de la Mission de France enjoint Mère Agnès de quitter le monastère avec toute la communauté pour se réfugier, dans la crypte de la basilique de Lisieux. L'exil de la communauté dure 80 jours. Le , la communauté carmélitaine rejoint son Carmel resté intact[1].

En janvier 1949, Mère Agnès est atteinte d'une congestion pulmonaire. Elle meurt, le , âgée de 89 ans.

Ses obsèques solennelles sont célébrés en présence de Mgr Picaud, évêque de Bayeux et Lisieux[1].

Source[modifier | modifier le code]

Annexe[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thérèse de Lisieux, Thérèse de Lisieux : Œuvres complètes, Cerf, coll. « Thérèse de Lisieux - Œuvres et études », (1re éd. 1992), 1599 p. (ISBN 978-2204043038), p. 71-285.
  • Jean Vinatier, Mère Agnès de Jésus : Pauline Martin, sœur aînée et "petite mère" de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Le Cerf, coll. « Épiphanie », , 273 p. (ISBN 978-2204047586).

Liens Externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g et h « Pauline (Mère Agnès de Jésus) », sur Sanctuaire de Lisieux, therese-de-lisieux.catholique.fr (consulté le 20 juin 2016).
  2. a b c d e et f « "C'est toi qui sera Maman." (Thérèse à Pauline) », sur FaceBook Sanctuaire de Lisieux, fr-fr.facebook.com, (consulté le 21 juin 2016).
  3. Mère Geneviève de Sainte-Thérèse était la fondatrice du Carmel de Lisieux.
  4. Pauline souhaitait masquer également certains passages montrant trop clairement la vocation (initiale du texte) à but familial. Ce sont pas moins de 7 000 corrections qui sont relevées sur l'ensemble de l'édition.
  5. François de saint Marie, « Préface », Manuscrits autobiographiques de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, Livre de vie/Office central de Lisieux,‎ .
  6. Œuvres Complètes, 1992, p. 61-63.
  7. Le titre Histoire d'une âme est choisi à l'initiative de mère Agnès, Thérèse n'ayant indiqué aucun titre dans le manuscrit.
  8. a et b « Histoire d’une âme », sur Sanctuaire de Lisieux, therese-de-lisieux.catholique.fr (consulté le 9 mai 2016).
  9. Œuvres Complètes, 1992, p. 65.
  10. La publication du livre de Thérèse de Lisieux, puis sa béatification et sa canonisation amène une avalanche de lettres au couvent, ainsi que de visites.
  11. Dont le pape Pie XII qui entretient avec elle une correspondance régulière.
  12. Stéphane Giocanti, Maurras – Le chaos et l'ordre, éd. Flammarion, 2006, p. 392.