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Affaire du talc Morhange

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L'affaire du talc Morhange est un scandale sanitaire lié à l'empoisonnement accidentel de nourrissons par du talc en France dans les années , conduisant à la mort de 36 enfants et à l'intoxication de 168 autres, puis à l'indemnisation, six ans plus tard, des familles des victimes[1], sous la pression d'enquêtes menées par le journalisme d'investigation.

Les condamnés en justice ont bénéficié en d'une amnistie. Les pouvoirs publics ont en outre décidé de renforcer les conditions de mise sur le marché de nouvelles molécules[2].

Le Monde fait remonter en  -  les premières atteintes — « éruptions, diarrhées, convulsions, coma » — dans les Ardennes et dans l'Aube, sans y trouver d'explication[3]. Les médecins adressent les bébés au Pr Stéphane Thieffry (hôpital Saint-Vincent-de-Paul), qui le alerte le ministère de la Santé sur ces affections inexpliquées[3]. Le , les analyses arrivent à leur conclusion[3]. Une enquête de l'Inserm menée par le Dr Gilbert Martin-Bouyer établit que ces morts sont dues au talc Morhange et à la présence dans celui-ci d'hexachlorophène, un bactéricide puissant et hautement toxique, en concentration excessive[4]. Le gouvernement réagit immédiatement et fait supprimer toutes les boîtes de talc Morhange du marché[5]. À l'époque, la toxicité de l'hexachlorophène n'était pas connue du grand public. Une étude non publiée menée sur des cochons d'Inde en montrait qu'une dizaine d'entre eux étaient morts dans les trois jours suivant l'ingestion du produit.

L'enquête révèle qu'une erreur de manipulation a conduit à mélanger 38 kg d'hexachlorophène à 600 kg de talc. Plus de 200 enfants sont atteints (mort, coma ou séquelles neurologiques)[6]. La présence d'hexachlorophène dans l'usine était connue, mais la teneur de ce composant dans le produit fini devait être très faible ; l'erreur de manipulation a consisté à mélanger un bidon de talc normal avec un fond de bidon d'hexachlorophène, croyant que ce dernier bidon contenait du talc. Cette erreur conduisit à la mise en circulation de flacons ayant une teneur anormalement élevée d'hexachlorophène.

La toxicité des flacons incriminés n'était donc pas due au fait qu'ils contenaient de l'hexachlorophène, mais à la quantité qu'ils en contenaient.

La découverte de cette erreur a nécessité plusieurs mois d'investigations, suivis de près par des journalistes, et a permis de comprendre la cause des décès de nourrissons. Le produit ne présentait à l'époque aucun danger particulier dans sa composition nominale. La firme Morhange, qui commercialisait le produit, ne disposait ni des équipements ni du personnel compétent pour mener des contrôles de conformité, pas plus que la société de conditionnement, Setico[3]. Via Setico transitait également l'hexachlorophène, commercialisé par l'entreprise suisse Givaudan[3], filiale du groupe multinational Hoffmann-Laroche. Les différents produits transitant par le hangar de Setico étaient stockés dans le plus grand désordre[3],[7]. À l'époque, la législation ne classait pas l'hexachlorophène parmi les substances dangereuses, carence comblée ensuite en et [3].

L'affaire mit sept ans à être jugée. La société Givaudan et son directeur, Hubert Flahault, furent mis en cause et poursuivis. De nombreuses familles, de guerre lasse, abandonnèrent les poursuites et se contentèrent des indemnités proposées. Mais c'est seulement six ans après le drame que Givaudan a décidé de proposer d'indemniser, avant toute décision de justice, les familles des victimes[1].

L'affaire fut jugée en . M. Flahault était défendu par Robert Badinter qui déclara : « Ce n'est pas une société qui est jugée mais un homme, je me sens le devoir de défendre cet homme[8]. » Le principe de responsabilité pénale des personnes morales n'existant pas encore en droit français, seuls des individus pouvaient en effet être poursuivis. La société commercialisant le produit, Morhange, et la société de conditionnement, Setico, n'étaient ni solvables ni assurées contre une catastrophe de cette ampleur[3].

Certains auteurs établissent un parallèle entre cette affaire et celle de la poudre Baumol, un autre empoisonnement au talc qui s'est produit en [9],[10].

Condamnation et amnistie

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Le jugement condamne les cinq inculpés à des peines de prison (un à vingt mois, réduites en appel à douze mois en décembre 1980 ). Ces nouvelles peines rendent les condamnations amnistiables sur la base de la loi d'amnistie no 74-643 du , consécutive à l'élection présidentielle de [11],[12],[13],[14],[15]. C'est en 1981 que, sur proposition de Robert Badinter devenu ministre de la justice, les condamnations seront amnistiées[16],[17].

Cette affaire a contribué à inciter les pouvoirs publics à renforcer les conditions de mise sur le marché de nouvelles molécules. En particulier, l'usage de produits toxiques dans les cosmétiques a été davantage réglementé[2].

Un suivi avait été mis en place pour évaluer les troubles de l'apprentissage et les difficultés cognitives dont souffrent encore les victimes, mais fut finalement abandonné faute de moyens[5].

Effets collatéraux

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La marque de dentifrice Signal avait alors sa publicité sur le fait que ses rayures rouges contenaient de l'hexachlorophène. Bien qu'aucun problème n'ait été signalé sur son produit, elle décida pour éviter toute connotation fâcheuse de faire disparaître le nom de ce bactéricide de sa communication[18].

Notes et références

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  1. a et b « La société Givaudan propose d'indemniser les familles des victimes », Le Monde, .
  2. a et b Claude Saunier, « Le renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme : application de la loi du  », rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, no 185, sur senat.fr, Sénat, .
  3. a b c d e f g et h Escoffier-Lambiotte 1977.
  4. Karine Gay et Jean-François Picard, « Entretiens avec Constant Burg (-) », Histoire de la recherche médicale dans la France du vingtième siècle, sur histrecmed.fr.
  5. a et b Tac 2006.
  6. « Blessures irréparables », L'Humanité, (version du sur Internet Archive).
  7. Savigneau et Régis 1980.
  8. Patrick Poivre d'Arvor (présentateur) et Martine Laroche-Joubert (journaliste), « Procès du talc Mohrange Givaudan », reportage du journal de 20 h d'Antenne 2, , sur ina.fr, Institut national de l'audiovisuel.
  9. J. D., « Soixante-treize morts en  », Le Monde, .
  10. Coiffard et Couteau 2017.
  11. Florence Dartois, « L'affaire du talc Morhange qui causa la mort de 36 enfants en  », L'INA éclaire l'actu, sur ina.fr, Institut national de l'audiovisuel, .
  12. Damien Régis, « La cour d'appel réduit à des peines amnistiables les condamnations dans l'affaire du talc Morhange », Le Monde, .
  13. AFP, « Il y a cinquante ans, le choc de l'affaire du talc Morhange qui a causé la mort de 36 enfants », Ouest-France, .
  14. Bienvault 2002.
  15. Paul Keller, « L'affaire du talc Morhange a mis en cause l'industrie suisse », Revue économique franco-suisse, Chambre de commerce suisse en France, vol. 60, no 4,‎ , p. 42–43 (DOI 10.5169/seals-887113, lire en ligne [PDF]).
  16. G.Moréas, « Robert Badinter : le chaud et le froid », sur POLICEtcetera, (consulté le )
  17. Ella Micheletti, « Sang contaminé, PIP, talc Morhange… Avant le chlordécone, ces 5 scandales sanitaires qui ont secoué la France », sur www.marianne.net, (consulté le )
  18. Coulomb 2020.

Bibliographie

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Sources académiques

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Sources journalistiques

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Documentaires

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Articles connexes

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