Affaire des piastres

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L’affaire des piastres, trafic de piastres ou scandale des piastres est un scandale financier et politique de la Quatrième République né dans le contexte de la Guerre d’Indochine. Après avoir contribué à diminuer le soutien à la guerre, il tourna court avec l'accession à l'indépendance des pays de l’Indochine et le climat politique et social qui s'ensuivit, peu propice aux débats sur la période coloniale.

Une piastre de 1885.

Le trafic (1948-1953)[modifier | modifier le code]

La piastre indochinoise était l’unité monétaire de l’Indochine française, frappée par la Banque d’Indochine. Son cours était administrativement lié au franc français suivant une parité fixe, à la façon du franc CFP ou du franc CFA.

Le taux de change pour les transferts Indochine-France fut fixé à 17 francs en 1945, alors que sa valeur sur les marchés asiatiques était de 10 francs ou moins. Pour bénéficier de ce taux avantageux et subventionné, il fallait transférer en France les piastres achetées aux cours locaux, justifier le transfert et obtenir l’aval de l’Office indochinois des changes (OIC). La différence, payée par le Trésor (donc le contribuable français), s’élevait à environ 8,50 francs selon Jacques Despuech, auteur du premier livre sur l’affaire en 1953 et journaliste de La Nation française (1955-1967), un hebdomadaire royaliste. La situation troublée de l’époque ne facilitant pas les contrôles de l’OIC, un trafic par le biais d'importations fictives ou de médiocre valeur, fausses factures ou surfacturations, impliquant Français et Vietnamiens, se mit en place à partir de 1948.

Révélation et fin[modifier | modifier le code]

L’affaire fut mise au jour en 1950, mais ne suscita qu’un intérêt limité chez les parlementaires, jusqu’en 1952-1953 quand on se rendit compte que le Viet Minh en profitait également.

Jean-François Armorin, journaliste et correspondant de guerre, s'est rendu sur place pour enquêter et avait identifié Mathieu Franchini, parrain du milieu corse, comme épicentre du trafic. Il est mort des suites du crash de son vol retour de Saigon pour Paris. Le Franc-Tireur avec qui il collaborait pour cette enquête a publié ses articles, ainsi que ceux du journaliste du Canard enchaîné Trèno, accusant Mathieu Franchini d'être à l'origine du crash[1]. L'enquête sur les origines du crash a été classée sans suite faute d'éléments matériels.

D'un autre côté la dévaluation de la piastre aurait aussi entamée les disponibilités des soldats du corps expéditionnaire qui se battaient sur place et qui pouvaient par transfert de fonds reconstituer un capital pour eux et leur famille. Les militaires y étaient donc opposés et les gouvernements successifs n'osèrent y toucher pour ne pas porter atteinte au moral de la troupe[2].

Le tumulte causé par ces révélations contraignirent le gouvernement français à réduire la parité de la piastre de 17 à 10 francs mettant un terme au trafic.

Selon Bernard B. Fall, ce trafic fut l’une des sources de profit dans le cadre d’une colonisation dont le bilan général se révéla très négatif pour le budget national français.

Les accords de Genève mettant fin à l'Indochine française mirent un point final à l'affaire en .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'incroyable histoire du Canard enchaîné, Didier Convard et Pascal Magnat, Les Arènes, 2018, Paris.
  2. Raymond Mondon, Rapport sur le trafic des piastres indochinoises Assemblée nationale, 1954 p. 2153

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Mus, Viêt Nam. Sociologie d’une guerre, Seuil, Paris, 1952.
  • Despuech Jacques, Le trafic des piastres, Deux rives, 1953.
  • Yves Gras, Histoire de la Guerre d’Indochine, Plon, Paris, 1979.
  • Douglas Porch, Histoire des services secrets français, T2 De la guerre d'Indochine au Rainbow Warrior, Albin Michel, 1997, (ISBN 2-226-09505-5).
  • Lucien Bodard, La guerre d'Indochine. L'enlisement, l'humiliation, l'aventure, Grasset, 1 500 p., Paris, 1997.
  • Jules Roy, La bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989.
  • Marianne, numéro du .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]