Affaire Jean-Louis Turquin

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Affaire Jean-Louis Turquin
Nature du crime Disparition
Homicide volontaire
Type de crime Assassinat
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Nice
Lucéram
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Charles-Édouard Turquin
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné à vingt ans de réclusion criminelle ; libéré le  ; assassiné le
Tribunal Cour d'assises des Alpes-Maritimes
Formation Cour d'appel de Nice
Date du jugement
Recours Libération conditionnelle accordée le


L'affaire Jean-Louis Turquin est une affaire judiciaire qui s'est déroulée à Nice en et concerne la disparition et l'assassinat présumé par son père d'un enfant de huit ans, Charles-Édouard Turquin. Le cadavre n'a jamais été retrouvé.

La disparition[modifier | modifier le code]

Le à h 15 du matin, Jean-Louis Turquin téléphone au commissariat central de Nice pour signaler la disparition dans la nuit de son fils, Charles-Édouard Turquin, né le 7 avril 1983. Jean-Louis Turquin, 41 ans, vétérinaire à Nice, vit seul avec son fils dans une grande propriété sur les hauteurs de Nice, la Bastide haute[1].

Les débuts de l'enquête[modifier | modifier le code]

Les premières constatations indiquent qu'aucun objet ou effet personnel de l'enfant n'a disparu. La trace de l'enfant relevée par des chiens policiers s'arrête net devant la maison. Délaissant rapidement la piste de la fugue, la police privilégie celle de l'enlèvement familial à la suite de leurs investigations. Les époux Turquin vivent depuis longtemps un mariage chaotique : Michèle Balanger et Jean-Louis Turquin se sont rencontrés à l'École nationale vétérinaire d'Alfort en 1972 et se mettent en ménage en 1973[1]. Depuis quelques années Michèle Turquin qui trouve son mari trop autoritaire entretient des relations extra-conjugales qu'elle ne cache pas à son mari. En , ayant des doutes sur sa paternité, Jean-Louis Turquin fait effectuer des analyses génétiques et apprend qu'il n'est pas le père biologique de Charles-Édouard[2]. En , lors d'une violente dispute, il agresse avec une bombe lacrymogène son épouse, qui décide de quitter le domicile conjugal. Alors que le couple est en instance de divorce au moment des faits, Jean-Louis Turquin, qui refuse de perdre la garde de l'enfant et de verser une pension alimentaire à sa femme, la presse de revenir, la harcèle et la menace. Il lance à sa femme un ultimatum prenant fin le 20 mars à minuit.

Des aveux[modifier | modifier le code]

Dans les jours qui suivent, Michèle Turquin fait part aux policiers de ses soupçons sur son mari. Elle va jusqu'à enregistrer leurs conversations au téléphone. Dans l'une d'entre elles, le , Turquin lui confie que l'enfant est détenu au Maroc et pourrait être libéré en échange de son retour à la Bastide haute. Le pendant une relation intime concédée par Michèle, Turquin, interrogé par sa femme, avoue avoir tué et enterré son fils dans la commune de Lucéram[3]. Le juge d'instruction mis au courant convainc Michèle Turquin d'obtenir des aveux enregistrés sur cassette. Le , au cours d'une nouvelle relation intime enregistrée sur cassette, à la question de sa femme « Mais pourquoi l'as-tu étranglé plutôt qu'autre chose ?», Turquin répond :« Si j'avais pris un canif, il y aurait eu du sang partout ». Sur la base de cet aveu enregistré, Jean-Louis Turquin est inculpé d'assassinat et incarcéré le [3]. Remis en liberté le , neuf mois plus tard, dans l'attente de son procès, Turquin fait imprimer des affichettes proposant 100 000 francs de récompense à qui retrouverait la trace de son fils, et engage un détective pour enquêter en Israël. En effet le père biologique de l'enfant est un Américain d'origine tchèque et de religion juive, Moïse Ber Edelstein, grâce à qui Michèle Turquin s'était fait des relations en Israël[4]. La justice reporte le procès pour complément d'information. Le détective trouve des coiffeurs israéliens qui déclarent avoir vu l'enfant accompagné d'une femme et les convainc de venir en France pour témoigner au procès[2]. Des policiers français font le voyage pour interroger ces témoins sur commission rogatoire. Sans résultat probant.

Le 24 décembre 1993 Moïse Ber Edelstein est retrouvé noyé près du vieux port de Nice, affublé d’étranges cuissardes de pêcheur à la ligne[5].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès s'ouvre le . Ses avocats sont Jacques Peyrat, le maire de Nice, et Jean-Marc Varaut. Au premier jour sont examinées la vie tumultueuse du couple Turquin et les aventures extraconjugales de Michèle Turquin. L'accusation insiste sur la froideur de l'accusé le jour même de la disparition. Au deuxième jour sont présentées les cassettes des aveux qui se révèlent d'un effet désastreux pour la défense de Turquin. Celui-ci explique qu'il s'agissait d'un « jeu de rôle » visant à lui dire ce qu'elle souhaitait entendre dans l'espoir de la reconquérir[6]. En riposte, la défense exploite la piste israélienne, qui apparaît au fil des débats peu fiable et très fragile. À l'issue des audiences, l'avocat général requiert la réclusion criminelle à perpétuité. Le , six ans après la disparition de son fils, Jean-Louis Turquin est condamné à vingt ans de prison[3]. Le , la chambre d'accusation de la cour d'appel rejette sa demande de remise en liberté. Deux ans plus tard, en , Jean-louis Turquin dépose une requête en révision. Malgré l'espoir suscité par une nouvelle piste en Israël, où un enquêteur aurait retrouvé dans une école rabbinique un adolescent du même âge que Charles-Édouard, né comme lui à Nice, avec la même couleur des yeux et des cheveux et qui, de plus, parlerait avec un fort accent européen, le la requête en révision est rejetée.

En 2003, nouveau rebondissement : un détenu affirme avoir recueilli des confidences d'un autre détenu lui avouant avoir une nuit renversé mortellement sur les hauteurs de Nice un enfant en pyjama qui aurait ensuite été incinéré dans une cimenterie[7]. Mais il refuse de dénoncer son codétenu sans obtenir en contrepartie une libération. Devant ces exigences extravagantes, le procureur ne manque pas de dénoncer une simple manipulation pour obtenir une remise en liberté.

Le , le tribunal d'application des peines de Bastia prononce la libération conditionnelle de Jean-Louis Turquin. Il est libéré du centre de détention de Casabianda (Haute-Corse) le [8].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Remarié en 2000 avec une femme qui l'a rencontré au parloir et l'a épousé en détention, Jean-Louis Turquin s’était installé en 2010 sur l’île de Saint-Martin, aux Antilles[9]. Le 7 janvier 2017, il est retrouvé mort, avec un impact de balle dans le dos, dans son domicile de Saint-Martin[10]. C'est son épouse Nadine Turquin qui, au retour d'un restaurant où elle vient de fêter son anniversaire, trouve le corps de son mari, allongé sur le dos, dans une flaque de sang, à même le carrelage dans sa chambre[5]. La rumeur locale parle d'un cambriolage qui aurait mal tourné, mais la piste d'un règlement de comptes ou d'une vengeance n'est pas exclue[11].

En 2017, Nadine Turquin est mise en examen et écrouée pour le meurtre de son mari[12] .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian English et Frédéric Thibaud, Affaires non classées (tome II) (chapitre : l'affaire des époux Michèle et Jean-Louis Turquin), First édition, , 294 pages, (ISBN 2876919095)
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Jean-Louis Turquin) pages 92 à 95, 17 avril 2009, 208 pages, (ISBN 978-1-4092-7263-2)

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Procès Turquin : le vétérinaire nie le meurtre de son fils », sur letelegramme.fr, .
  2. a et b Dossier Jean-Louis Turquin sur le site affaires criminelles.com
  3. a, b et c « Chronologie », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  4. Christian English, Frédéric Thibaud, Affaires non classées, éd. First 2004 p. 217
  5. a et b « L'affaire Turquin n’aura jamais de fin », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  6. Jean-Marc Varaut (préf. Roland Dumas), Un avocat pour l'histoire : mémoires interrompus, 1933-2005, Flammarion, (ISBN 978-2-081-20057-9), p. 314.
  7. Christian English op.cit. p. 223
  8. Auriane Boudin, « Jean-Louis Turquin libre le 18 juillet », L'Express, .
  9. « Vingt-cinq après, l’affaire Turquin rebondit », sur LE PARISIEN MAGAZINE (consulté le 12 juillet 2016)
  10. « Mort par balle de Jean-Louis Turquin, condamné en 1997 pour l’assassinat de son fils », sur www.infos.fr (consulté le 7 janvier 2017)
  11. Rinsy Xieng, « Un sexagénaire tué à Saint-Martin », sur rci.fm, .
  12. .francetvinfo.fr/2017

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]