Affaire Habib Grimzi

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L'affaire Habib Grimzi est une affaire criminelle au cours de laquelle, le , Habib Grimzi est assassiné par défenestration du train Bordeaux-Vintimille par trois candidats à l'engagement à la Légion étrangère, pour des motifs racistes. Ce crime de haine s'est produit pendant la marche des Beurs qui a fortement été marquée par cette affaire.

Résumé des faits[modifier | modifier le code]

Habib Grimzi (aîné d'une fratrie de 13 enfants, né à Tafraoui le , agent de sécurité à la Naftal) est un touriste algérien de 26 ans qui achève sa visite à Bordeaux où il était allé voir Florence Dupuy, sa correspondante et amie française[1]. Pour rentrer en Algérie, il prend l'express 343 Bordeaux-Vintimille de 22 h 27.

Vers minuit, trois voyageurs allant à Aubagne passer les tests d'engagement dans la Légion étrangère, Anselmo Elviro-Vidal (26 ans, Espagnol fils d'un officier de l'Armée, torturé lors d'interrogatoires policiers en raison de ses amitiés avec des membres de l'ETA), Marc Béani (20 ans, petit délinquant, fils de pied-noir) et Xavier Blondel (24 ans, fils à papa, effacé) se déplacent dans le train. Ivres bien qu'étant surveillés par le caporal-chef recruteur Joseph Logel incroyablement passif (il prétendra dormir pendant tout le trajet), ils jettent un œil dans les compartiments.

Elviro-Vidal tombe sur Grimzi qui porte un baladeur, il l'attrape, le jette dans le couloir et le roue de coups. Le contrôleur Vincent Pérez intervient et le change de voiture qu'il ferme à clé, mais les trois reviennent une nouvelle fois et se font ouvrir la voiture par un autre contrôleur qui n'est pas au courant de l'affaire[2]. Ils l'agressent de nouveau, Béani lui donne deux coups de poignard. Grimzi résiste, supplie et hurle, mais les 95 passagers à proximité du drame n'interviennent pas. Il est jeté du train par Elviro-Vidal près de Castelsarrasin à h 20. Constatant l'absence d'Habib Grimzi dans la voiture et remarquant la présence de sang, Vincent Pérez alerte la police lorsque le train arrive à Toulouse. Les différents protagonistes sont arrêtés[3],[4].

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès des trois meurtriers s'est tenu à Montauban, devant la cour d'assises de Tarn-et-Garonne, à partir du . Des manifestations sont organisées par le MRAP et l'Amicale des Algériens en Europe pour protester contre ce crime. Le , Anselmo Elviro-Vidal et Marc Béani ont été condamnés à perpétuité, des circonstances atténuantes ont été accordées à Xavier Blondel, qui a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle. À la suite d'un vice de forme[5], Marc Béani a été condamné en 1987, lors d'un deuxième procès, à vingt ans de réclusion par la cour d'assises de la Haute-Garonne. Il a depuis été tué par des codétenus.

Inspirations et hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yvan Gastaut, L'immigration et l'opinion en France sous la Ve République, Paris, Seuil, coll. « XXe siècle », (ISBN 2-02-035417-9), p. 362.
  2. Farid Aïchoune, Nés en banlieue, Paris, Ramsay, (ISBN 2-85956-969-3), p. 55.
  3. Laurence Liban, « Un train pour l'enfer », sur L'Express, .
  4. Marianne Payot, « Mort d'un innocent dans le Bordeaux-Vintimille », sur L'Express, .
  5. Crim. , pourvoi no 86-90768 : « Attendu, en l'espèce, qu'il résulte du procès-verbal des débats qu'au cours de l'interrogatoire de l'accusé Béani, le conseil de l'une des parties civiles a, avec l'autorisation du président, « donné lecture d'une partie de la déposition faite par le témoin Royere lors de l'enquête » ;
    Que ce témoin, qui était acquis aux débats, a été entendu en sa déposition orale au cours de l'audience du surlendemain ;
    Attendu que la lecture des déclarations écrites du témoin avant sa déposition orale a eu pour effet d'introduire prématurément dans le débat des éléments d'appréciation qui ne lui appartenaient pas encore ;
    Attendu que du fait ainsi établi, il résulte une violation du principe du débat oral, ce qui entraîne la cassation ; »
  6. Ahmed Kalouaz, Point kilométrique 190, Paris, L'Harmattan, coll. « Écritures arabes » (no 21), , 121 p. (ISBN 2-85802-533-6 (édité erroné), lire en ligne).
  7. (en) Richard L. Derderian, « Algeria as a lieu de memoire : Ethnic Minority Memory and National Identity in Contemporary France », Radical History Review, Duke University Press, no 83,‎ , p. 28-43 (ISSN 0163-6545 et 1534-1453, DOI 10.1215/01636545-2002-83-28).
  8. (en) Tahar Djaout, « Black "Beur" Writing », Research in African Literatures, Indiana University Press, vol. 23, no 2,‎ , p. 217–221 (ISSN 0034-5210 et 1527-2044, JSTOR 3820409).
  9. (en) Alec G. Hargreaves, « Beur Fiction : Voices from the Immigrant Community in France », The French Review, American Association of Teachers of French, vol. 62, no 4,‎ , p. 661–668 (ISSN 0016-111X, JSTOR 395748).
  10. (en) Alec G. Hargreaves, « Resistance and Identity in Beur Narratives », MFS: Modern Fiction Studies, Johns Hopkins University Press, vol. 35, no 1,‎ , p. 87-102 (ISSN 0026-7724 et 1080-658X, DOI 10.1353/mfs.0.0737).
  11. Jean-Baptiste Harang, Bordeaux - Vintimille, Grasset, (ISBN 978-2-246-78571-2).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]