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Abou Gosh

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Abou Gosh
(he) אבו גוש (ar) أبو غوش
Abou Gosh
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District de Jérusalem
Démographie
Population 7 872 hab. (2022[1])
Densité 4 172 hab./km2
Géographie
Coordonnées 31° 48′ 17″ nord, 35° 06′ 45″ est
Altitude 684 m
Superficie 188,7 ha = 1,887 km2
Localisation
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Abou Gosh
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Abou Gosh

Abou Gosh est un village israélien du district de Jérusalem, située à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem sur le trajet de l'autoroute 1 reliant cette ville à Tel Aviv. Son altitude est de 610 à 720 mètres. Il tire son nom du clan principal constituant sa population ; son ancien nom arabe était Qaryat al-'Inab (قرية العنب).

L'ancien nom d'Abou-Gosh, Qaryat al-'Inab (ou « Karyat el-Anab », (ar) قرية العنب, le « village des raisins » en arabe, a conduit à l'identifier à l'ancien village biblique de Kiryat-Yéarim, (he) קריית יערים le « village des forêts » en hébreu[2],[3], qui est selon le premier livre de Samuel la localité dans laquelle l'Arche d'alliance fut transportée depuis Bet Shemesh (1S 6,1 et 1S 7,2). Edward Robinson a été, en 1925, le premier universitaire à suggérer que Qaryat al-'Inab était construit sur le site du Kiryat-Yéarim biblique[3].

L'appellation du lieu Abou-Gosh provient du nom de la famille propriétaire du terrain depuis le XVIe siècle. La famille Abou-Gosh est une famille musulmane originaire du Caucase. On estime que 98 % de la population musulmane d'Abou-Gosh est descendante de cette famille. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, la famille Abou-Gosh se rend célèbre dans la région, car elle perçoit les taxes de passage sur la route menant à Jérusalem, mais également grâce aux relations d'amitié qu'elle a su tisser avec la population juive. Il faut signaler que, même au plus fort de la première guerre israélo-arabe, la population arabe d'Abou-Gosh n'a jamais pris part aux conflits entre Juifs et Arabes.

Monastère bénédictin d'Abou Gosh
Vue de la mosquée Akhmad Kadyrov.
Détail des fresques de l'église des Croisés d'Abou Gosh.

Les vestiges les plus anciens situés à proximité des sources d'eau naturelles du village, datent de l'époque néolithique. Leur découverte date de 1950, sous la direction de l'archéologue français André Parrot et de son équipe (dont Jean Perrot). Quant aux vestiges de l'époque du Second Temple, deux complexes d'inhumation sont découverts lors des fouilles archéologiques menées par les religieux catholiques installés à Abou Gosh, depuis 1923.

Dans le village, au fond de la vallée et à proximité de la source d'eau Eïn-Marzouk, se dresse un camp militaire de l'époque romaine, semblable à ceux retrouvés au Qastel et à Motza. Plusieurs écritures gravées dans la roche ont été retrouvées, laissées par la Xe légion romaine, notamment une stèle qui soutient maintenant un mur de l’abbaye d’Abou Gosh.

Un caravansérail fortifié est construit sur les vestiges du camp romain abandonné, au IXe siècle à l'époque arabe et sous la dynastie des Abassides, comme celui retrouvé à Ramla. Il sert alors de point de surveillance sur la route menant à Jérusalem. C'est à cette époque que le village prend le nom de Karyat el-Anab.

Au XIIe siècle, les Croisés, identifiant le lieu à l'Emmaüs des Évangiles, construisent à l'emplacement une église et un monastère. Ces derniers sont à plusieurs reprises détruits par les armées musulmanes turque et caucasienne. À la suite des négociations entreprises par l'empereur Napoléon III, le terrain est offert à la France en 1875 par le sultan ottoman Abdülaziz, en compensation de sa perte de l’église Saint-Georges de Lydda dont s’étaient emparés les Grecs orthodoxes en 1871[4]. Le site est progressivement restauré par les autorités françaises et le monastère confié successivement aux franciscains, aux lazaristes puis aux moines bénédictins olivétains, ces derniers envoyés en 1976 par la communauté du Bec-Hellouin, bientôt rejoints par des moniales[5]. Jusqu'à aujourd'hui, la source de Eïn-Marzouk sert de crypte à l'édifice religieux.

De 1920 à 1924 est construite sur le site de Kiryat-Yéarim l'église Notre-Dame-de-l'Arche-d'Alliance sur les vestiges d'une basilique byzantine du Ve siècle. Cette basilique est l'œuvre de Marie-Jeanne Rumèbe, connue en religion sous le nom de Sœur Joséphine de Jérusalem, mère des Sœurs de Saint-Joseph-de-l'Apparition.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1948, l'ancien siège de la police britannique est utilisé comme base par la brigade Harel et le monastère abrite l'infirmerie militaire[réf. nécessaire]. Le village est sauvé de la conquête et de la destruction prévues par le plan Daleth et dont l'exécution était voulue par la Haganah grâce à l’intervention de la milice nationaliste sioniste du Lehi avec laquelle les dirigeants du village avaient conclu un accord. En effet le maire du village avait aidé Gueoulah Cohen une membre du Lehi, à s'évader des prisons britanniques en 1946[6].

Le village d’Abou Ghosh vers 1948-1951.

Au cours des premières années de la période israélienne, le village est soumis plusieurs fois à des ratissages de l’armée à la recherche de personnes non-enregistrées comme résidents en afin de les expulser. Un cas attira de nombreuses critiques de l’opinion publique. En , l’armée israélienne et la police déportent 105 hommes et femmes considérés comme infiltrés vers la Jordanie. Dans une lettre ouverte à la Knesset, les habitants d’Abou Ghosh affirment que l’armée a encerclé le village, pris « nos femmes, nos enfants et nos anciens, et les a jeté de l’autre côté de la frontière et dans le désert du Néguev, et de nombre d’entre eux moururent en conséquence, abattus par les Israéliens quand ils tentèrent de rentrer en Israël à travers les frontières[7] ». La lettre déclare aussi que "ils furent réveillés par des haut-parleurs qui disaient que le village était encerclé et que toute personne tentant de s’échapper serait abattue [...] La police et les soldats sont ensuite entrés dans les maisons qu’ils ont fouillé méticuleusement, mais aucune marchandise de contrebande n’a été trouvée. Puis, de force et sous les coups, ils ont rassemblé nos femmes, et nos anciens et les enfants, les malades et les aveugles et les femmes enceintes. Ils appelaient à l’aide mais il n’y avait pas de sauveur. Et nous regardions et étions trop faibles pour faire quoique ce soit à part implorer la miséricorde. Hélas, nos suppliques ont été sans effet [...] Ils ont pris les prisonniers, qui pleuraient et se lamentaient, vers un endroit inconnu, et nous ne savons toujours pas ce qu’il est advenu d’eux[7].

Le député à la Knesset Moshe Erem accusa l’armée d’usage disproportionné de la force, ce que Ben Gourion nia. Il défendit aussi la politique d’expulsions. Le ministre des Affaires étrangères Moshe Sharett, préoccupé par les réactions internationales, demanda qu’il y ait plus de recherches et moins de personnes déportées à la fois, et seulement les hommes adultes. Un des problèmes dans ce cas est que certains des expulsés habitaient à Abou Ghosh depuis plus d’un an. À cause de la pression de l’opinion publique, la majorité des villageois furent autorisés à revenir[7]. En , le député Beba Idelson s’opposa à la deportation d’une femme d’Abou Ghosh woman, qui avait un cancer, et de ses quatre enfants. Le ministre de la police et des minorités Bechor-Shalom Sheetrit rejeta l’argument du cancer[8]. Le village resta sous loi martiale jusqu’en 1966.

Abou Gosh abrite une des mosquées modernes les plus grandes de la région qui porte le nom de l'ancien président tchétchène Akhmad Kadyrov. En effet, de nombreux habitants du village se considèrent comme descendants de Tcherkesses, Ingouches ou de Tchétchènes.

Les Hospitaliers

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Cette ancienne commanderie croisée bâtie par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour héberger les pèlerins, désormais territoire français[9] (au même titre que l'église Saint-Anne, l'Eléona et le tombeau des Rois à Jérusalem), est actuellement l'abbaye Sainte-Marie de la Résurrection. C'est l'un des plus beaux vestiges de l'architecture franque en Terre Sainte.

Notes et références

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  1. (en) « Population in Localities with 2,000 Residents or More Regional Counsils - Preliminary Estimates for the End of January 2022 », sur Bureau central de statistiques israélien
  2. M. Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, A, vol. 1, BRILL, (ISBN 90-04-10833-5, lire en ligne)
  3. a et b Francis T. Cook, « The Site of Kirjath-Jearim », Yale University Press, New Haven, vol. 5,‎ , p. 105–120 (DOI 10.2307/3768522, JSTOR 3768522)
  4. Abou Gosh
  5. (en) « English page of the - Ordre de Saint Benoît », sur Abbaye Sainte Marie de la Résurrection (consulté le ).
  6. Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. (ISBN 978-221363396-1). Version électronique, p. 126 et note 190.
  7. a b et c Morris, p. 267–69.
  8. Morris, Benny (1993) Israel's Border Wars, 1949 – 1956. Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War. Oxford University Press, (ISBN 0-19-827850-0). p. 152
  9. http://www.consulfrance-jerusalem.org/france_jerusalem/spip.php?article2666 Site du consulat de France en Israël

Articles connexes

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Liens externes

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