100 % monnaie

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Le « 100 % monnaie » (100% money) désigne un système monétaire dans lequel l'émission de moyens de paiement serait intégralement assurée par l'État (via une autorité monétaire ad hoc), par opposition au système actuel dans lequel la monnaie est largement créée par les banques.

Cette idée tient son nom d'une proposition de réforme formulée dans le contexte de la Grande Dépression des années 1930, aux États-Unis, par plusieurs économistes (dont Irving Fisher) qui appelaient à imposer 100% de réserves en monnaie centrale derrière les dépôts bancaires en comptes courants, de sorte à dissocier la création de monnaie des prêts de monnaie. Cette proposition a connu un fort regain d'intérêt dans les milieux citoyens à la suite de la crise financière mondiale de 2007-2008, réapparaissant sous d'autres formes ou d'autres noms (tels que la « monnaie pleine »).

Concept[modifier | modifier le code]

Les systèmes économiques mondiaux sont aujourd'hui des systèmes de réserves fractionnaires. La banque centrale décide d'un taux de réserves obligatoires, qui correspond au pourcentage de monnaie fiduciaire que la banque commerciale doit détenir par rapport à un crédit qu'elle a accordé. En réduisant ce taux, la banque centrale incite la banque commerciale à prêter[1].

Dans les économies développées, environ 95% de la réserve de monnaie est détenue par les banques commerciales sous la forme de dépôts. Les banques doivent avoir un pourcentage de chacun de leur crédit en monnaie fiduciaire afin de pouvoir subvenir à des demandes de conversion en monnaie fiduciaire de leurs clients. Le multiplicateur monétaire permet aux banque de créer plus de crédits afin de subvenir aux demandes de prêts[1].

Le système de monnaie pleine contraint les banques commerciales à détenir l'intégralité de leurs crédits en monnaie, de telle sorte que leurs crédits ne puissent être égaux qu'à la création de monnaie par la banque centrale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Du XVIIIe siècle à la Grande Dépression[modifier | modifier le code]

L'idée d'une couverture intégrale des dettes à vue date du XVIIIe siècle. David Hume se montre en faveur de cette proposition. Il faut toutefois atteindre le début du XXe siècle pour que le sujet soit traité par des économistes[2].

L'économiste anglais Frederick Soddy est l'un des premiers à proposer un tel système. Le projet est ensuite notamment défendu par Maurice Allais et Milton Friedman. Une version alternative, appelée narrow banking, a été défendue par James Tobin. Ce système avait pour objectif, selon Tobin, de défendre ce qui devrait être une prérogative de l'État, à savoir l'émission de toute nouvelle monnaie[3].

La proposition connaît un gain d'intérêt après la Grande Dépression. La mobilisation économique s'estompe cependant à la suite de la stabilisation de l'économie par les mesures du président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt[2].

A partir de la Grande Récession[modifier | modifier le code]

La crise économique des années 2007 et suivantes remet la proposition sur le devant de la scène. En août 2012, deux chercheurs du FMI publient un rapport soutenant cette proposition[4]. Au Royaume-Uni, l'ONG Positive Money promeut cette idée sous le nom de « monnaie souveraine » depuis 2010[5].

En Suisse, est lancée en 2016 l'initiative « monnaie pleine ». Le texte ne traite toutefois pas d'une couverture à 100 % de la monnaie scripturale des banques commerciales. Le mécanisme propose plutôt d'un côté de créer la monnaie centrale par extension de bilan sans contrepartie et de l'autre interdire aux banques commerciales d'intégrer dans leur bilan les comptes courants mais pas les comptes d'épargne[6].

Analyse[modifier | modifier le code]

Avantages[modifier | modifier le code]

Réduction du risque de panique bancaire[modifier | modifier le code]

L'économiste Murray Rothbard, de l'École autrichienne, considère que ce système permettrait d'éliminer le risque de panique bancaire ; chaque épargnant verrait son épargne être assurée[7].

Réduction de l'inflation[modifier | modifier le code]

Rothbard voit dans le système de monnaie pleine un bouclier puissant contre l'inflation. L'inflation est en effet produite par une injection excessive de monnaie dans le système économique : parce que les banques commerciales ne sont limitées dans leur production de crédits que par les limitations induites par les réserves obligatoires, instaurer un système de monnaie pleine freinerait la création de crédit, et donc l'inflation[7].

Inconvénients[modifier | modifier le code]

Postulat erroné[modifier | modifier le code]

Bernard Charlonneix souligne que les propositions de système de monnaie pleine surestiment le pouvoir de création monétaire des banques. Celles-ci créent bien de la monnaie scripturale ex nihilo, mais de manière passagère uniquement. En effet, tout remboursement de l'emprunt correspond à une destruction de monnaie[8].

Accroissement des frais bancaires[modifier | modifier le code]

Le système de monnaie pleine, réduisant la capacité des banques à prêter (et donc, à générer des revenus sur ces prêts), pourrait conduire à une compensation par une augmentation des frais bancaires[9].

Accroissement du shadow banking[modifier | modifier le code]

Les économistes Douglas W. Diamond et Philip D. Dybvig remarquent qu'un système de monnaie pleine, parce qu'il limiterait la capacité des banques commerciales à accorder des crédits, aurait pour effet pervers de stimuler la croissance du shadow banking, c'est-à-dire de l'ensemble des institutions financières non-bancaires, beaucoup moins régulées[10]. Seules elles pourraient tenir certaines activités traditionnellement tenues par les banques commerciales, comme l'Intermédiation bancaire et la transformation de maturité, ce qui déstabiliserait le système financier et conduirait à des crises financières plus fréquentes. Cette analyse est soutenue par Paul Krugman[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Salin, Pascal, 1939-, Les systèmes monétaires : des besoins individuels aux réalités internationales, , 368 p. (ISBN 978-2-7381-5900-7 et 2-7381-5900-1, OCLC 1158970326, lire en ligne)
  2. a et b Laurent Le Maux, « Les trous noirs de la monnaie pleine », Revue française d'économie, vol. XXXV, no 2,‎ , p. 51 (ISSN 0769-0479 et 1760-7388, DOI 10.3917/rfe.202.0051, lire en ligne, consulté le )
  3. http://www.positivemoney.org/2011/10/economists-supporting-full-reserve-banking/
  4. [1]
  5. « "Les politiques ne comprennent rien à la monnaie" », sur myeurop.info, (consulté le )
  6. Texte de l'initiative, site officiel de l'Initiative monnaie pleine (page consultée le 22 mars 2018).
  7. a et b (en) kanopiadmin, « The Mystery of Banking », sur Mises Institute, (consulté le )
  8. Collectif Eyrolles et Jean-Michel Rocchi, MBA Finance : Tout ce qu'il faut savoir sur la finance par les meilleurs professeurs et praticiens, Eyrolles, , 1016 p. (ISBN 978-2-212-17271-3, lire en ligne)
  9. (en) Lawrence H. White, « Fractional-Reserve Banknotes and Deposits— or, What’s Twenty Quid to the Bloody Midland Bank? », sur web.archive.org, (consulté le )
  10. Douglas W. Diamond et Philip H. Dybvig, « Banking Theory, Deposit Insurance, and Bank Regulation », The Journal of Business, vol. 59, no 1,‎ , p. 55–68 (ISSN 0021-9398, DOI 10.1086/296314, lire en ligne, consulté le )
  11. (en-US) « Is A Banking Ban The Answer? », sur Paul Krugman Blog, (consulté le )

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]