100 % monnaie

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Le « 100 % monnaie » (100% money) ou « monnaie pleine », est un système économique proposé par l'économiste américain Irving Fisher. Il consiste notamment en un transfert de la création monétaire depuis les banques privées vers la banque centrale, en imposant aux banques commerciales de détenir 100% de ses crédits en réserves monétaires, à l'inverse du système de réserves fractionnaires.

Concept[modifier | modifier le code]

Les systèmes économiques mondiaux sont aujourd'hui des systèmes de réserves fractionnaires. La banque centrale décide d'un taux de réserves obligatoires, qui correspond au pourcentage de monnaie fiduciaire que la banque commerciale doit détenir par rapport à un crédit qu'elle a accordé. En réduisant ce taux, la banque centrale incite la banque commerciale à prêter[1].

Dans les économies développées, environ 95% de la réserve de monnaie est détenue par les banques commerciales sous la forme de dépôts. Les banques doivent avoir un pourcentage de chacun de leur crédit en monnaie fiduciaire afin de pouvoir subvenir à des demandes de conversion en monnaie fiduciaire de leurs clients. Le multiplicateur monétaire permet aux banque de créer plus de crédits afin de subvenir aux demandes de prêts[1].

Le système de monnaie pleine contraint les banques commerciales à détenir l'intégralité de leurs crédits en monnaie, de telle sorte que leurs crédits ne puissent être égaux qu'à la création de monnaie par la banque centrale.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'économiste anglais Frederick Soddy est l'un des premiers à proposer un tel système. Le projet est ensuite notamment défendu par les économistes Maurice Allais et Milton Friedman. Une version alternative, appelée narrow banking, a été défendue par James Tobin. Ce système avait pour objectif, selon Tobin, de défendre ce qui devrait être une prérogative de l'État, à savoir l'émission de toute nouvelle monnaie[2].

En aout 2012, deux chercheurs du FMI publient un rapport soutenant cette proposition[3].

En Angleterre, l'ONG Positive Money promeut cette idée sous le nom de « monnaie souveraine » depuis 2010[4].

En Suisse, est lancée en 2016 l'initiative « monnaie pleine ». Le texte ne traite toute fois pas d'une couverture à 100 % de la monnaie scripturale des banques commerciales. Le mécanisme propose plutôt d'un côté de créer la monnaie centrale par extension de bilan sans contrepartie et de l'autre interdire aux banques commerciales d'intégrer dans leur bilan les comptes courants mais pas les comptes d'épargne[5].A

Analyse[modifier | modifier le code]

Avantages[modifier | modifier le code]

Réduction du risque de panique bancaire[modifier | modifier le code]

L'économiste Murray Rothbard, de l'École autrichienne, considère que ce système permettrait d'éliminer le risque de panique bancaire ; chaque épargnant verrait son épargne être assurée[6].

Réduction de l'inflation[modifier | modifier le code]

Rothbard voit dans le système de monnaie pleine un bouclier puissant contre l'inflation. L'inflation est en effet produite par une injection excessive de monnaie dans le système économique : parce que les banques commerciales ne sont limitées dans leur production de crédits que par les limitations induites par les réserves obligatoires, instaurer un système de monnaie pleine freinerait la création de crédit, et donc l'inflation[6].

Inconvénients[modifier | modifier le code]

Postulat erroné[modifier | modifier le code]

Bernard Charlonneix souligne que les propositions de système de monnaie pleine surestiment le pouvoir de création monétaire des banques. Celles-ci créent bien de la monnaie scripturale ex nihilo, mais de manière passagère uniquement. En effet, tout remboursement de l'emprunt correspond à une destruction de monnaie[7].

Accroissement des frais bancaires[modifier | modifier le code]

Le système de monnaie pleine, réduisant la capacité des banques à prêter (et donc, à générer des revenus sur ces prêts), pourrait conduire à une compensation par une augmentation des frais bancaires[8].

Accroissement du shadow banking[modifier | modifier le code]

Les économistes Douglas W. Diamond et Philip D. Dybvig remarquent qu'un système de monnaie pleine, parce qu'il limiterait la capacité des banques commerciales à accorder des crédits, aurait pour effet pervers de stimuler la croissance du shadow banking, c'est-à-dire de l'ensemble des institutions financières non-bancaires, beaucoup moins régulées[9]. Seules elles pourraient tenir certaines activités traditionnellement tenues par les banques commerciales, comme l'Intermédiation bancaire et la transformation de maturité, ce qui déstabiliserait le système financier et conduirait à des crises financières plus fréquentes. Cette analyse est soutenue par Paul Krugman[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Salin, Pascal, 1939-, Les systèmes monétaires : des besoins individuels aux réalités internationales (ISBN 978-2-7381-5900-7 et 2-7381-5900-1, OCLC 1158970326, lire en ligne)
  2. http://www.positivemoney.org/2011/10/economists-supporting-full-reserve-banking/
  3. [1]
  4. « "Les politiques ne comprennent rien à la monnaie" », sur myeurop.info, (consulté le 28 août 2016)
  5. Texte de l'initiative, site officiel de l'Initiative monnaie pleine (page consultée le 22 mars 2018).
  6. a et b (en) kanopiadmin, « The Mystery of Banking », sur Mises Institute, (consulté le 8 décembre 2020)
  7. Collectif Eyrolles et Jean-Michel Rocchi, MBA Finance: Tout ce qu'il faut savoir sur la finance par les meilleurs professeurs et praticiens, Eyrolles, (ISBN 978-2-212-17271-3, lire en ligne)
  8. (en) Lawrence H. White, « Fractional-Reserve Banknotes and Deposits— or, What’s Twenty Quid to the Bloody Midland Bank? », sur web.archive.org, (consulté le 8 décembre 2020)
  9. Douglas W. Diamond et Philip H. Dybvig, « Banking Theory, Deposit Insurance, and Bank Regulation », The Journal of Business, vol. 59, no 1,‎ , p. 55–68 (ISSN 0021-9398, DOI 10.1086/296314, lire en ligne, consulté le 8 décembre 2020)
  10. (en-US) « Is A Banking Ban The Answer? », sur Paul Krugman Blog, (consulté le 8 décembre 2020)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]