Opérations d'open market
Les opérations d'open market (en anglais : Open Market Operations) sont un instrument de la politique monétaire des banques centrales. Ces opérations consistent en l'achat et la vente « fermes » (c'est-à-dire définitives) de titres, en particulier de titres publics (bons du Trésor) à court terme par la banque centrale sur le marché interbancaire. Elles permettent aux banques de se fournir en monnaie en échange des titres qu'elles détiennent. Pour la banque centrale, ces opérations visent à moduler les taux d'intérêt à court terme, ou bien à faire varier la masse monétaire.
Ces opérations d'open market ont été adoptées par les banques centrales au XIXe siècle et au XXe siècle. A partir de la crise financière mondiale de 2007-2008, les opérations d'assouplissement quantitatif, par lesquelles la banque centrale achète des actifs à long terme, sont devenues le complément des opérations d'open market.
Concept
[modifier | modifier le code]Une opération d'open market est une opération de politique monétaire par laquelle la banque centrale achète ou vend des obligations publiques (titres de dette publique) de manière ferme sur le marché interbancaire, ce dernier étant un compartiment du marché monétaire[1]. En y achetant ou vendant des titres auparavant détenus par les banques, la banque centrale a un effet sur la liquidité bancaire, c'est-à-dire sur la quantité de monnaie banque centrale détenue par les banques sous forme de réserve auprès de la banque centrale. En effet, un achat de titres abonde en liquidité la banque, tandis qu'une vente lui en retire. Par ailleurs, la banque centrale a ainsi un effet sur le prix de marché de ces titres et donc sur leur taux de rendement (taux d'intérêt) à court terme : en accroissant sa demande d'un titre de dette publique, elle en accroît la valeur et son taux de rendement baisse ; si elle réduit sa demande, sa valeur baisse, et son taux de rendement s'accroît[2].
Ces opérations permettent par conséquent à la banque centrale d'agir sur les taux d'intérêt à court terme. Si la banque centrale souhaite faire augmenter le taux d'intérêt à court terme pour inciter les banques à prêter en moindre quantité (par exemple, afin de juguler l'inflation), elle vend des titres de dette publique et réduit les réserves des banques, qui se montreront par conséquent plus prudentes dans leurs prêts. L'inverse est vrai si la banque centrale souhaite inciter les banques à prêter plus[2].
Si au sens strict, les opérations d'open market sont des opérations fermes, lato sensu, ces opérations peuvent aussi comprendre des opérations temporaires. Dans ce cas-là, la banque centrale prend ou met en pension de titres pour une durée limitée ; la prise en pension consiste pour une banque à céder temporairement à la banque centrale des titres qui servent de garanties (collatéral) contre un prêt d'argent. Ce prêt doit être remboursé généralement dans les 24 heures, ou au bout de quelques jours.
La politique d'opérations d'open market se distingue de l'assouplissement quantitatif (quantitative easing). Une telle politique est celle par laquelle la banque centrale achète sur les marchés financiers, et non seulement sur le marché interbancaire, non seulement des obligations publiques mais aussi privées si besoin est, et ce afin de réduire les taux d'intérêt de long terme, et non de court terme[1].
Cas particuliers
[modifier | modifier le code]En France
[modifier | modifier le code]Les opérations d'open market se développent très lentement en France[3]. Dans Le trésor public et le mouvement général des fonds, François Bloch-Lainé souligne que ces opérations, si elles étaient très populaires dans le monde anglo-saxon, étaient vues avec suspicion en France du fait du risque qu'elles conduisent à un financement monétaire discret du déficit, et donc à de l'inflation[3].
Le décret-loi du a fixé les modalités d'opérations d'open market de la Banque de France, conduisant à aligner la pratique française avec celle des banques centrales anglo-saxonnes. Le décret-loi se prémunit toutefois contre le risque d'un financement monétaire détourné en disposant qu'« en aucun cas ces opérations ne pourront être traitées au profit du Trésor public et des collectivités émettrices »[3].
Au sein de l'Eurosystème
[modifier | modifier le code]Les opérations d'open-market de l'Eurosystème sont conduites selon quatre modalités d'importance très inégale[4] :
- les opérations principales de refinancement (OPR) forment l'essentiel de ses concours (environ les trois quarts). Elles consistent en des prises en pension et de prêts garantis d'une durée d'une semaine ; elles sont effectuées sur appels d'offres selon un calendrier que diffuse très à l'avance la banque centrale et leur fréquence est hebdomadaire. Les établissements intéressés transmettent leurs demandes de refinancement à leur banque centrale nationale ainsi que le taux proposé. Depuis , les opérations lors de soumissions où les banques précisent le montant souhaité et le taux proposé, celui-ci devant être égal ou supérieur au taux refi[5]. Lors de crises, la BCE peut revenir à ce qu'elle appelle des opérations « à taux fixe », les banques ne soumissionnant que pour des montants, et le taux s'appliquant étant celui du refi[6]. Les propositions aux taux les plus élevés (donc les moins avantageux pour les établissements) étant prioritairement servies par la BCE.
- les opérations de refinancement à plus long terme (LTRO : long term refinancing operation), effectuées pour une durée de trois mois, sont principalement destinées aux établissements de taille moyenne ou petite qui font rarement appel au marché interbancaire pour couvrir leurs besoins de liquidité et pour lesquels une procédure simplifiée de refinancement est souhaitable ;
- les opérations de réglage fin revêtent un caractère plus exceptionnel et sont destinées à atténuer les fluctuations de taux d'intérêt que peuvent engendrer des « chocs » transitoires sur la liquidité bancaire ;
- enfin, les opérations structurelles ont pour but d'influencer la position de liquidité des banques sans nécessairement influer sur le niveau des taux d'intérêt[réf. souhaitée].
Au sein de la Fed
[modifier | modifier le code]Sources
[modifier | modifier le code]- Pierre Dockès, Le capitalisme et ses rythmes: Sous le regard des géants, Classiques Garnier, (ISBN 978-2-406-06391-9, lire en ligne)
- Central banks at a crossroads: what can we learn from history?, Cambridge University Press, coll. « Studies in macroeconomic history », (ISBN 978-1-316-57040-1, 978-1-316-65782-9 et 978-1-316-65747-8)
- François Bloch-Lainé et Pierre de Vogüé, Le trésor publique et le mouvement générale des fonds, Presses universitaires de France, (lire en ligne), p. 365
- ↑ Opérations « d'open market » Site de la Banque de France
- ↑ Frederic Mishkin (trad. de l'anglais par C.Bordes, P.C Hautcœur, D. Lacoue-Labarthe et X. Ragot), Monnaie, banque et marchés financiers, Paris, Pearson, , 9e éd., 924 p. (ISBN 978-2-7440-7454-7, lire en ligne), p. 576-587
- ↑ Les instruments de politique monétaire - Les mesures non conventionnelles site de la BCE