Ágnes Heller

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Dans le nom hongrois Heller Ágnes, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Ágnes Heller, où le prénom précède le nom.
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Ágnes Heller
Ágnes Heller Göteborg Book Fair 2015.jpg
Ágnes Heller en 2015.
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István Hermann (d)
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Ágnes Heller ([ˈaːgnɛʃ], [ˈhɛllɛɾ]), née le à Budapest et morte le à Balatonalmádi[1], est une philosophe et sociologue hongroise. Influencée par le philosophe marxiste et sociologue Georg Lukács et membre de l'école de Budapest, elle devient dans les années 2000 l'une des figures de l'opposition intellectuelle à la politique du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ágnes Heller naît à Budapest, fille d'un avocat de Vienne et d'une mère hongroise, descendante d'une famille juive installée en Hongrie avant 1848[2]. Son père est déporté à Auschwitz où il meurt[3]. En 1944, Ágnes Heller et sa mère sont expulsées du ghetto de Budapest, et conduites vers les bords du Danube où un peloton d'exécution les attend[4]. Elles sont préservées de l'exécution par l'intervention de Carl Lutz, vice-consul de Suisse à Budapest[5].

Elle s'inscrit à l'université de Budapest en 1947 et commence des études de physique et de chimie, puis elle se réoriente en philosophie, suivant les enseignements de Georg Lukács dont elle devient l'assistante[4],[6]. Elle inscrit ses recherches dans le cadre de l'école de Budapest dont elle est la seule femme membre[2],[7]. Elle adhère au parti communiste hongrois en 1947[4] mais en est exclue une première fois en 1949, sous le régime stalinien de Rákosi. Elle épouse le philosophe István Hermann (hu) en 1949 et le couple a une fille. Elle soutient sa thèse de doctorat sous la direction de Georg Lukács et obtient un poste à l'université de Budapest. Elle participe au courant critique du socialisme hongrois qui donne lieu à l'Insurrection de Budapest en 1956 et à son renversement par l'invasion de l'armée soviétique[8]. Elle est une seconde fois exclue du parti communiste et interdite d'emploi universitaire en 1958 du fait de son statut de dissidente. En 1963, elle revient travailler à l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences hongroises. Après la mort de Georg Lukacs en 1971, elle s'exile en Australie en 1977, en compagnie de son second époux, le philosophe Ferenc Fehér (hu)[2]. Elle est nommée professeure de sociologie à l'université de La Trobe à Melbourne, en Australie, puis elle occupe la chaire Hannah Arendt en philosophie à la New School for Social Research à New York[9]. Elle abandonne alors la pensée marxiste pour adopter une position plus néolibérale et elle investigue des questions éthiques et existentielles[9].

Ágnes Heller publie plusieurs ouvrages avec Ferenc Fehér, lui aussi disciple de Georg Lukács[9], notamment Hungary 1956 Revisited: The Message of a Revolution—A Quarter of a Century After[10].

Prises de position dans les années 2000 en Hongrie[modifier | modifier le code]

Elle prend sa retraite académique en 2009 et décide de rentrer définitivement à Budapest[2]. Elle devient une figure de l’opposition intellectuelle au pouvoir de Viktor Orbán[7], dont elle critique vivement la politique nationale-conservatrice[2]. Elle soutient la place d'une philosophie critique en Hongrie et dénonce en 2011 l'« offensive du pouvoir contre les intellectuels »[11].

Elle meurt de noyade le , lors d'une baignade dans le lac Balaton.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Beyond Justice, Oxford, Boston, Basil Blackwell, 1988
  • Can Modernity Survive?, Cambridge, Berkeley, Los Angeles : Polity Press and University of California Press, 1990
  • Dictatorship Over Needs (avec Ferenc Fehér et G. Markus). Oxford : Basil Blackwell, 1983
  • Doomsday or Deterrence (avec Ferenc Fehér). White Plains : M. E. Sharpe, 1986
  • Eastern Left - Western Left (Freedom, Totalitarianism, Democracy) (avec Ferenc Fehér). Cambridge, New York : Polity Press, Humanities Press, 1987
  • An Ethics of Personality, Cambridge : Basil Blackwell, 1996
  • From Yalta to Glasnost (The Dismantling of Stalin's Empire) (avec Ferenc Fehér). Oxford, Boston : 1990
  • General Ethics, Oxford, Boston : Basil Blackwell, 1989
  • The Grandeur and Twilight of Radical Universalism (avec Ferenc Fehér). New Brunswick : Transaction, 1990
  • The Humanisation of Socialism (avec A. Hegedus et alii.), (collected papers traduit du hongrois). Londres : Allison & Busby, 1976
  • Hungary, 1956 Revisited: The Message of a Revolution A Quarter of a Century After (avec Ferenc Fehér). Londres, Boston, Sydney : George Allen and Unwin, 1983
  • Immortal Comedy: The Comic Phenomenon in Art, Literature, and Life, Rowman and Littlefield Publishers Inc, novembre 2005.
  • Individuum and Praxis (Positionen der Budapester Schule), (collected essays traduit du hongrois, avec G. Lukács et al.). Francfort : Suhrkamp Verlag, 1975
  • On Instincts (anglais traduit du hongrois). Assen : Van Gorcum, 1979
  • Lukács Revalued, editor. Oxford : Basil Blackwell, 1983.
  • A Philosophy of Morals, Oxford, Boston : Basil Blackwell, 1990
  • The Postmodern Political Condition (avec Ferenc Fehér), Cambridge, New York : Polity Press Columbia University Press, 1989
  • The Power of Shame (A Rationalist Perspective), Londres : Routledge and Kegan Paul, 1985
  • Reconstructing Aesthetics, editor avec Ferenc Fehér. Oxford : Basil Blackwell, 1986
  • Renaissance Man (anglais traduit du hongrois). Londres, Boston, Henley : Routledge and Kegan Paul, 1978.
  • A Theory of Modernity, Blackwell Publishers, Cambridge MA, 1999
  • A Theory of Need in Marx, Londres : Allison & Busby, 1976
  • The Time is Out of Joint: Shakespeare as Philosopher of History, Blackwell Publishers, Cambridge MA, 2000
  • Towards a Marxist Theory of Value, Carbondale : University of Southern Illinois, Telos Books, 1972

Articles[modifier | modifier le code]

  • Are We Living in a World of Emotional Impoverishment?, Thesis Eleven, Melbourne, no 22, 1989, 46-61.
  • Can Everyday Life Be Endangered?, Philosophy and Social Criticism, Boston, vol. 13, no 4, 1988, 297-315.
  • Can Poetry Be Written After the Holocaust? (On Adorno's Dictum), Dialectical Anthropology, New York, Amsterdam, 1990, no 2, 16-25
  • Civic Virtues, Revue Internationale de Sociologie, Roma, year 26, 1987, no 1, 2-14.
  • The Complexity of Justice (A Challenge to the Twenty-First Century)," in Ratio Juris, vol.9: 2, June 1996, 138-152.
  • The Contingent Person and the Existential Choice, The Philosophical Forum, New York, vol. 21, nos l-2, Fall-Winter 1989-90, 53-70. (Reprinted in M. Kelly, ed., Hermeneutics and Critical Theory in Ethics and Politics, Cambridge, London: MIT Press, 1990, 53-70).
  • Does Socialism Have a Future? (with Ferenc Fehér), Dissent, New York, Summer 1989, 1-20. (Reprinted in New Socialist, London, Dec. 1989-Jan. 1990, 12-17).
  • Europa, Un Epilogo? Letra International, Madrid, Fall-Winter 1988, 6-12.
  • Existentialism, Alienation, Postmodemism: Cultural Movements as Vehicles of Change in the Patterns of Everyday Life, A. Milner, P. Thomson, C. Worth, eds. Postmodern Conditions, Monash University, Melbourne, 1988, 1-15
  • From Totalitarian Dictatorship through Rechtsstaat to Democracy, (with F. Fehér) Thesis Eleven, Melbourne, no. 26, 1990, 7-26.
  • Germania: La guerra the finisce senza pace," (with Ferenc Fehér), Mondoperaio, August-September 1990.
  • Le gloriosi rivoluzioni dell'Est, Mondoperaio, Roma, 1990, year 43, no 10, 81-91.
  • Krushchev and Gorbacev: A Contrast, (with Ferenc Fehér), Dissent, New York, Winter 1988, 6-11.
  • The Moral Situation in Modernity, Social Research, New York, vol. 55, no 4, Winter 1988, 531-551.
  • Models of the Happy Life and the Good Life Today, Journal fur Sozialforschung, vol. 1, 1995.
  • On the Genealogy of Morals and Parsifal, in Inmitten der Zeit, Thomas Grethlein and Heinrich Leitner eds., 1996, 409-430.
  • Sociology as the Defetishization of Modernity, Madrid-Cardiff: International Sociology, vol. 2, no 4, December 1987, 391-403. (Reprinted in M. Albrow and E. King, Globalization, Knowledge and Society, London, Newbury Park, New Delhi: Sage Publications, 1990, 35-47).
  • The Two Myths of Technology, The New Hungarian Quarterly, Budapest, vo1. 9, no 30, Summer 1968, 135-142.
  • Unknown Masterpiece, Philosophy and Social Criticism, Boston, vol.15, no 3, 1990, 205-241.
  • What Is and What Is Not Practical Reason?, Philosophy and Social Criticism, Boston, vol. 14, nos 3-4, 1988, 391-411. (Reprinted in D. Rasmussen, ed. Universalism VS. Communitarianism (Contemporary Debates in Ethics) Cambridge, London: MIT Press, 1990, 163-183).
  • With Castoriadis to Aristotle, Revue Européenne des Sciences Sociales, Geneva, year 27, 1989, no 86, 161-173.

Publications traduites en français[modifier | modifier le code]

  • La Théorie des besoins chez Marx, traduit par Martine Morales, Paris, UGE, coll. « 10/18 » no 1218, 1978, 186 p. (ISBN 2-264-00859-8)
  • Pour une philosophie radicale, traduit par Suzanne Blanot, Paris, Le Sycomore, coll. « Arguments critiques », 1979, 191 p. (ISBN 2-86262-024-6)
  • Marxisme et Démocratie, en collaboration avec Ferenc Fehér, traduit par Anna Libera, Paris, F. Maspero, coll. « Petite collection Maspero » no 257, 1981, 281 p. (ISBN 2-7071-1221-6)
  • Qui est libre ? : sept essais sur la problématique de la liberté, recueil collectif, Paris/Montréal, L'Harmattan, coll. « L'Ouverture philosophique », 2002, 126 p. (ISBN 2-7475-2394-2)

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Meghalt Heller Ágnes filozófus », sur hvg.hu (consulté le 19 juillet 2019)
  2. a b c d et e Blaise Gauquelin, « Agnes Heller, la philosophe hongroise qui a survécu aux idéologies », sur lemonde.fr, (consulté le 20 juillet 2019).
  3. (de-CH) « Unbekannte Aufnahmen von Carl Lutz | NZZ », Neue Zürcher Zeitung,‎ (ISSN 0376-6829, lire en ligne, consulté le 14 février 2018)
  4. a b et c (de) « Ágnes Heller, jüdische Ungarin - Wer hat Angst vor der Freiheit? », Schweizer Radio und Fernsehen (SRF),‎ (lire en ligne, consulté le 14 février 2018)
  5. « Holocauste: le Suisse Carl Lutz avait sauvé 50 000 personnes », sur laliberte.ch, (consulté le 20 juillet 2019).
  6. Thibaut Sardier, « Agnes Heller: Nationalisme, comment la Hongrie est tombée », sur liberation.fr, (consulté le 20 juillet 2019).
  7. a et b « Mort de la philosophe hongroise Agnes Heller », sur lemonde.fr, (consulté le 20 juillet 2019).
  8. « Hongrie : mort à 90 ans de la philosophe Agnès Heller », sur lefigaro.fr, (consulté le 20 juillet 2019).
  9. a b et c Rodier 2013.
  10. [compte rendu] Bennett Kovrig, « Hungary 1956 Revisited: The Message of a Revolution—A Quarter of a Century After. By Ferenc Fehér and Ágnes Heller. London, Boston, and Sydney: George Allen & Unwin, 1983. », Slavic Review, vol. 43, no 2,‎ , p. 337-338 (lire en ligne, consulté le 20 juillet 2019).
  11. Ágnes Heller, « La philosophie qui dérange », sur lemonde.fr, (consulté le 20 juillet 2019).
  12. Notice sur le site de l'Académie des sciences, [lire en ligne]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John Burnheim (dir.), The Social Philosophy of Agnes Heller, Rodopi B.V, coll. « Poznan Studies in the Philosophy of the Sciences and the Humanities », , 346 p. (ISBN 978-9051836660, lire en ligne).
  • (en) R. J. Crampton, Eastern Europe in the Twentieth Century-And Beyond, 2e édition, Londres : Routledge, 1994.
  • (en) John Grumley (2005), Ágnes Heller: A Moralist in the Vortex of History, Londres, R-U : Pluto Press
  • (en) Simon Tormey (2001), Ágnes Heller: Socialism, Autonomy and the Postmodern, Manchester, R-U : Manchester University Press
  • Kristin Rodier, « Ágnes Heller [Budapest 1929] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber (éd.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Paris, Éditions des femmes, (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]