Two Days in Paris
Two Days in Paris
| Réalisation | Julie Delpy |
|---|---|
| Scénario | Julie Delpy |
| Acteurs principaux | |
| Pays d’origine | |
| Sortie | 2007 |
| Durée | 96 minutes |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
Two Days in Paris (Deux jours à Paris) est un film réalisé par Julie Delpy et sorti en France le 11 juillet 2007.
Sommaire |
Synopsis[modifier]
Française vivant à New York, Marion, 35 ans, est photographe et revient d'un voyage à Venise avec son petit ami, Jack. Ils passent deux jours à Paris, chez les parents de Marion. Mais entre les craintes de Jack, qui voit Paris comme une ville dangereuse, les réactions des parents de Marion et les rencontres d'ex de cette dernière, le séjour n'est pas facile.
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Analyse Filmique : Une nouvelle mise en scène de la sexualité[modifier]
- Two Days in Paris de Julie Delpy s’inscrit parmi les films d’une « troisième génération » de femmes cinéastes, en tant qu’il emprunte des thématiques propres aux réalisatrices des années 1970, et du milieu des années 1980-1990, tout en se focalisant sur de problématiques nouvelles.
- Comme nombreuses de ses contemporaines, Julie Delpy est devenue réalisatrice après une carrière d’actrice, et veut, une fois derrière la caméra, mettre en scène sa vision personnelle du couple, des relations entre l’homme et la femme moderne dans une génération héritière de mai 1968. Elle entend questionner l’aboutissement du renversement des mœurs relationnelles à travers la mise en scène d’un couple des années 2000, soit l’histoire d’une jeune artiste parisienne, fille de parents « soixante-huitards » et profondément ancrée dans un environnement bourgeois bohème, et de Jack, jeune homme américain moderne, qui, par contraste, semble marqué d’un certain puritanisme. Tous deux se retrouvent à Paris afin de faire une escale entre Venise, où ils sont allés, et New York, où ils habitent. La confrontation de valeurs sur le territoire parisien permet ainsi d’aborder d’un point de vue critique les mœurs incarnées par celle qui se prénomme Marion, figure d’un certain renouveau de la femme.
- La mise en scène de Julie Delpy témoigne d’un renouveau de la sexualité, en tant qu’elle s’inspire des valeurs véhiculées par ses parents (mais aussi représentées par eux-mêmes dans le film), tout en adoptant une position critique face à elles, puisqu’il est apparemment pour elle – et malgré son personnage- une forme nouvelle du couple hétérosexuel.
Un film héritier des années 70[modifier]
Julie Delpy, fille d’une des « 343 salopes »[modifier]
- Dans la mesure où Julie Delpy manifeste grandement une influence autobiographique dans son film, en mettant en scène ses propres parents ainsi qu’un milieu qui est sien, il convient de ne pas exclure les éléments biographiques qui ont pu influer sur sa vision. Dire que son film hérite des thématiques des années 1970 n’est en effet pas innocent lorsque l’on sait qu’elle est elle-même le fruit de cette génération. Sa mère était en effet l’une des « 343 salopes » qui signèrent en 1971 le manifeste en faveur de l’avortement, risquant l’emprisonnement (cf le Manifeste des 343; et cette dernière rencontra le père de la réalisatrice, lors de manifestations d’étudiants. Dans Two Days in Paris, la fille de Marie Pillet et Albert Delpy, entend montrer le poids qu’ont pu avoir des parents sur a vie relationnelle de leur fille, et avec elle, sur sa génération.
- Julie Delpy dans son film conserve en ligne de mire les valeurs traditionnelles, afin de les renverser. Son personnage, Marion, se voit ainsi bien étonnée de voir une Bible dans sa bibliothèque, mais se révèle moins surprise en revanche, lorsque son petit ami y fait surgir la photo d’un homme nu, dont le pénis est entouré de ballons aux couleurs du drapeau français (33’56’’) . À ce renversement des valeurs patriotiques et religieuses, s’ajoute un détournement de la morale traditionnelle. En effet, son compagnon Jack se voit ici confronté à l’image d’un des potentiels ex-amants de Marion, et avec cela, à la reproduction identique d’une photographie dont il fut lui-même l’objet. Or face à la déconcertation de son ami, Marion, elle, semble prendre cette mégarde pour un hasard des plus divertissants, révélant ainsi son accoutumance à ce genre de situations. Pour Jack, en effet, la singularité de leur relation se voit compromise par cette photographie, mais pour Marion l’assimilation d’un amant à un autre ne semble pas poser de problème. Cette scène constitue l’un des premiers moments dans la demeure de Marion à Paris et laisse ainsi présager le début de nombreuses révélations autour des valeurs morales de Marion.
Marion, figure de la femme moderne[modifier]
- Marion est effectivement dépeinte comme une femme qui se veut libre et exempte de toute possession de la part d’un homme. Elle correspond ainsi à la figure de la femme revendiquée dans les années 1970, qui n’a d’obligations auprès de personne, comme le manifeste cette réplique qui apparaît en fin de film, en voix off, lors d’une dispute avec Jack (1 :29 :50) : « Je lui ai dit que je pouvais pas être à un seul homme pour toujours ». Jack, qui incarne plus ou moins dans le film le regard critique sur ces valeurs (qu’il exprime notamment à travers ses sarcasmes), interprètera cela comme une attitude libertine. Il demandera ainsi à Marion si elle n’est pas « un écureuil qui prend les hommes pour des noisettes ». Mais la jeune femme ne semble pas comprendre sa remarque, comme si elle ne pouvait même pas l’imaginer, ce que pouvait penser son partenaire. Pour elle, ce n’est pas une position qu’elle revendique, mais qui est naturelle. Elle s’oppose ainsi radicalement à l’idée d’un déterminisme qui voue à un genre sexuel ou à un autre, une position unique et prédéfinie.
- Cette idée est, elle, incarnée jusqu’à la caricature par les chauffeurs de taxi qui apparaissent comme la version d’une ancienne France, marquée par une pensée réfractaire et faussée de ce que doivent être l’homme et la femme. Jack et Marion tomberont en effet respectivement sur un chauffeur de taxi violent avec ses ex-femmes, puis un homophobe, un jeune « dragueur » qui propose à Marion de lui « faire des enfants si son ami ne veut pas … et s’il elle veut bien sûr» (35’30) , puis un homme raciste avec qui elle se disputera pendant une course. Dans le premier taxi, nous sommes avertis de la pensée de Marion au sujet des enfants grâce à la voix off. Elle avoue en effet être tombé sous le charme de «Jack lorsqu’il lui a dit que « les enfants (étaient) comme les rats : pleins de maladies » (05’35’’). Le troisième chauffeur de taxi expose lui son incompréhension face au fait que Marion ne soit pas mariée et n’ait pas d’enfants à son âge , puisque selon lui, les femmes y sont naturellement prédisposées (« c’est la nature qui veut » ; 35’50’’). Mais Marion reprend rapidement le jeune homme en lui disant que c’est elle qui ne veut pas d’enfants. Cette position se confirme en effet lorsque Julie demande, d’un naturel ironique, « s’il ne veut pas mettre une capote, avant de procréer ».
L’homme, comme incarnation du mal[modifier]
- Cette version rétrograde de la pensée est seulement représentée par des hommes dans le film comme le montre ces quatre chauffeurs, mais aussi la manifestation d’un ex-amant de Marion, qui aurait selon elle couché avec des « femmes de douze ans en Thaïlande ». En allant au restaurant avec Jack elle tombe en effet sur Gaël avec qui elle a été en couple cinq ans auparavant. Elle raconte alors à voix haute et devant lui, comment il a utilisé le prétexte d’une ONG pour avoir des relations sexuelles avec des jeunes filles. Voici un extrait de leur conversation, lors de leur encontre dans un restaurant :
« Mais en fait, à toi seul, tu représentes bien l’état du monde ! Sous des dehors de vouloir aider le Tiers-Monde, en fait… on les baise ! - Tu commentes cette histoire uniquement pour expliquer le fait que je t’ai largué ! … Moi je voulais juste une nana qui sache fermer sa gueule - Ah ! C’est ça. Une nana qui ferme sa gueule. Oui c’est sûr qu’à douze ans on ferme sa gueule, mai moi j’ferme pas ma gueule. (A l’ami de l’homme : ) Au fait Edouard, tu sais la femme de ta vie ? Il se l’est faite pendant que vous étiez en vacances ensemble dans le Luberon.»
- À travers le personnage de Gaël, sont incarnées toutes les stéréotypes attribuables à l’homme, qui manipule la femme innocente (ici symbolisée par l’âge des jeunes filles) à des fins purement sexuelles, qui préfère les femmes « douces et jeunes » (1 :09 :50) sachant se taire afin de pouvoir ainsi mieux les assujettir. Son indignation face à la honte manifeste de l’homme, la place dans en position morale supérieure. Le dialogue de ces deux personnages devient ainsi un règlement de compte entre les sexes.
- À travers la dénonciation d’une prostitution exercée de façon post-coloniale à l’échelle du monde, le personnage de Marion actualise le débat sur l’oppression de la femme. Mais si elle semble reprendre un discours propre à la génération de ses parents dans le film (incarnant les valeurs de 1968), elle n’hésite pas à l’actualiser en le tournant en dérision.
- Dès lors, la dérision permet à Marion de conserver une certaine vision du rapport homme / femme au sein du couple, tout en sachant prendre un certain recul par rapport à elle, ajustant ainsi de façon optimiste cette vision à une société qui a manifestement changé. Cette dérision se fait notamment dans le jeu sur les stéréotypes génériques , mais aussi dans la banalisation exagérée de l’acte sexuel et des relations multiples, comme dans le portrait satirique des personnes portées par des mœurs libertaires.
- Le portrait qui vient ainsi d’être de fait de l’homme mauvais, incarné par le personnage de Gaël se voit ainsi moqué par l’assimilation exagérée de Jack à M le maudit. En effet, après que Jack n’ait pas réussi à convaincre Marion de faire l’amour avec lui, apparaît par un montage dans le plan, l’image de M le maudit. Jack s’est mis à regarder le film de Fritz Lang, juste après le refus de son amie, ce qui par association d’idées peut nous faire penser qu’il est assimilé au meurtrier du film qui oppresse les jeunes filles. Or ici, et contrairement à M, il n’a pu arriver à ses fins, à cause de la jeune femme. Et même si plus tard c’est Jack qui arbore un « M » sur son torse (tracé par un effet de rasage), paraît se désigner lui-même comme le « méchant persécuteur des femmes », nous comprenons que cette assimilation relève de l’imaginaire de Marion (c’est du moins ce qu’il essaie de lui faire comprendre). Voire, que c’est elle qui devient celle qui devient l’oppresseur en le catégorisant ainsi (Jack dit « Marion » en montrant le « M » sur son torse).
- La banalisation exagérée de l’acte sexuel au sein du dialogue et son allusion multiple dans diverses situations permettent elles aussi la dérision des valeurs prônées par Marion et ses pairs.
- Cette autodérision opérée par Julie Delpy à travers son personnage, passe en effet par la vulgarisation de l’acte sexuel, comme le montre la scène où Marion relativise l’importance de la fellation. Dans ce passage, Jack et Marion viennent de rencontrer Manu, une ancienne connaissance de celle-ci. Jack suspecte alors qu’il ait été un des nombreux amants de sa compagne, ce à quoi répond Marion en riant : « on a eu une petite histoire, je lui fait une fellation, pas de quoi faire des histoires ». L’ironisation de la situation vient à son comble lorsque celle-ci ajoute qu’en effet, cela n’est « rien en comparaison de ce qui se passe dans le monde », avec « la guerre en Irak » notamment (29 ‘45’’). La banalisation de l’acte sexuel est en effet omniprésente dans les dialogues, visant ainsi à briser tous les tabous sans en avoir l’air. Ainsi, Manu dira ouvertement à Jack qu’il fut le premier à procurer un orgasme vaginal à Marion lors d’une soirée (44’40’’), peu de temps avant que Marc évoque le fait que l’épilation en « ticket de métro » le rebute, quand bien même ils viennent juste de se rencontrer. Nous adoptons en effet un certain recul par rapport aux discours récurrent de l’entourage de Marion, grâce à la présence de Jack qui ne cesse d’être choqué par leur propos, ainsi que ses sarcasmes. Ces situations sont d’ailleurs d’autant plus perturbantes pour lui, qu’il semble découvrir la légèreté des mœurs de sa compagne.
- Dans une scène où Jack et Marion marchent tous deux dans la rue, la voix off de Marion énonce la théorie de son ami, selon laquelle une personne a plus de chance de retrouver quelqu’un qu’il connaît à l’autre bout du monde que près de chez elle. Or, après avoir énoncé que cette hypothèse n’avait jusque là pas pu se vérifier pour son compagnon, il semble ironiquement qu’elle trouvera sa démonstration à travers les diverses rencontres de la jeune femme avec nombre de ses anciens amants, comme le supposent les diverses situations que nous venons d’énoncer. A l’idée stéréotypée de l’homme qui a plusieurs femmes (notamment incarnée par l’un des chauffeurs de taxi), s’érige ainsi le portrait d’une jeune trentenaire qui ne semble plus compter ses amants si multiples (elle prétendra d’ailleurs souvent ne pas se souvenir ce qu’elle a fait avec chacun d’eux).
- L’affirmation de Marion semble ainsi se faire aux dépens de Jack. La réalisatrice fait d’ailleurs elle-même l’observation d’une affirmation de la femme dans la négation sexuelle de l’homme, comme le montre ce commentaire :
« Tout le film, je m’en suis rendue compte après, est autour de la castration masculine. C’est un peu un cauchemar pour les hommes ce film, enfin pour les hommes qui ont peut de perdre leur zizi, je crois.»
- La dérision de la femme émancipée se fait en effet à travers un discours féministe poussé à l’extrême, comme le suggère le récit du médecin femme qu’est la sœur de Marion, lors de la même soirée (47’). Il va en effet naître un quiproquo comique entre cette dernière et Jack, grâce au décalage permis par la différence des expressions idiomatiques. Dans cette scène, Jack trouvera en effet plus logique que Rose quitte son travail puisque cela se passe mal avec un de ses patients, mais celle-ci pense que la véritable solution est la castration.
- La satire d’un discours féministe violent voit sa continuité dans l’affirmation d’une « démystification de l’amour » par le personnage principal puisqu’elles participent ensemble à dénuer les relations sexuelles de leur romantisme. Peu de temps avant de passer à l’acte sexuel en effet, Marion va subitement développer une réflexion sur l’attirance des êtres (12’36’’). Selon elle, ce qui « attire deux êtres l’un vers l’autre » vient du fait qu’ils aient « des systèmes immunitaires très différents », cela, afin « que leur progéniture ait un système immunitaire optimal, grâce à la combinaison » des deux. Ce discours semble alors appuyer l’idée selon laquelle deux êtres sont attirés l’un vers l’autre dans le seul dessein de procréer. Pourtant lorsque Jack, par la suite, voudra passer à l’acte sexuel, il se devra se résoudre à la demande de celle-ci, à mettre un préservatif. Ce contraste souligne ainsi paradoxalement que, si l’acte sexuel peut être stimulé par des pulsions reproductrices, il peut aussi se réaliser à des fins non procréatives, dans le seul dessein de se donner du plaisir. On admettra par ailleurs qu’il souligne aussi le cliché de la femme pleine de contradictions.
Si le discours mis en avant par la réalisatrice tourne en dérision la position revendicative qui est notamment incarnée par sa mère dans le film, il semble que ce soit pour mieux adapter celui-ci à une configuration nouvelle du couple.
Un film sur le couple moderne ?[modifier]
À travers la représentation stéréotypée et comique d’une société aux mœurs légères, Julie Delpy parvient en effet à signer une ère nouvelle pour la femme, qui se retrouve dans le couple, comme dans son émancipation sexuelle.
Une affirmation de la femme à travers les stéréotypes[modifier]
- Si Julie Delpy multiplie les situations à double sens, c’est pour mieux faire passer une évolution des mentalités des femmes par rapport à la sexualité. Elle va ainsi utiliser le stéréotype de la femme libérée qui est donc forcément lesbienne, afin de nous habituer à l’idée qu’effectivement, les femmes peuvent aussi aimer les femmes. On peut ainsi voir son personnage se placer entre un homme et une fille lors de la fête, et dire en regardant son assiette : « Oh ! j’adore, j’adore ! Y’a des moules là-dedans ! », scène qui ne dure que quelques secondes et fait donc office de clin d’œil, au milieu de nombreuses scènes où les relations hétérosexuelles prévalent. Le comique se voit alors renforcé lorsque que peu de temps après, elle dit se sentir malade à cause des moules et avoir « l’impression qu’il y a un truc qui pousse dans (sa) bouche… avec des poils » (51’30).
- L’auto-dérision et les jeux sur les stéréotypes semblent ainsi être le nouveau moyen d’évoquer l’émancipation sexuelle de la femme . Celle-ci est d’autant plus frappante, qu’elle recycle les discours profondément machistes concernant la femme, en les détournant. On se souvient en effet des diverses études menées pendant le XIXème siècle sur le lien indubitable entre l’hystérie et la femme . Or le personnage de Marion manifeste à plusieurs reprises des élans de surexcitation qui viennent contraster avec le calme de Jack. Toutefois, ce qui pourrait être vu par certains comme des « crises » sont les manifestations d’un courage à se rebeller contre l’inacceptable, comme le racisme ou la pédophilie (voir scènes citées précedemment). L’hystérie supposée autrefois supposée comme une tare propre à la femme devient ainsi un atout. Avantage que Julie Delpy a souhaitée autrement en valeur dans une scène qu’elle a retiré du film . Dans cette scène, une amie de Marion raconte à Jack qu’un certain Charcot avait énoncé le moyen de calmer l’hystérie des femmes par le massage vaginal, tout en n’omettant pas de lui dire qu’elle y est particulièrement sensible et que ce massage fonctionne tout à fait sur elle. Chose que se hâtera de confirmer la sœur de Marion qui ne rate pas une occasion de faire des avances au jeune homme. Un tel discours tend ainsi à démontrer la faculté des femmes à prendre le dessus sur les clichés qui sont faits d’elle, afin de les tourner à leur avantage et pour leur propre plaisir.
L’affirmation des femmes par le sexe[modifier]
L’émancipation des femmes semblent ainsi se poursuivre chez les femmes des années 2000 dans leur réappropriation de l’acte sexuel, comme le manifeste la scène où Marion et Jack se dispute au lit sur la position à adopter. (55’50 ) Je suis en train d’essayer de me mettre au-dessus ! Tu n’arrêtes pas de te débattre ! - Je sais ! Parce que tu veux toujours être au-dessus justement ! - Oui ! Parce que c’est comme ça que j’aime le faire ! - Moi aussi j’existe ! Je ne suis pas qu’un objet sexuel ! - Ah bon ? - Je suis sérieux. Tout ce blabla sur la femme-objet, qui n’est qu’un morceau de viande, une usine à bébé, … ce sont les hommes qui sont des morceaux de viande ! On ne parle plus que de l’orgasme féminin. Y’a que ça qui compte ! Quelle est la meilleure position, etc. On est deux ! Faut faire des concessions ! - Je suis désolée. Ça doit être horrible d’être un homme, utilisé comme un objet. Je te soutiens à 100 %, appelle Amnesty.
- Cette scène est un des rares moments de l’intimité des personnages qui nous est donnée à voir dans le film et nous en déduisons notamment grâce au dialogue (« tu veux toujours » ; « on ne parle plus que de l’orgasme féminin »), que c’est une situation régulière pour le couple. Dans cet extrait, Marion et Jack se dispute pour être au-dessus pour des raisons physiques, mais aussi symboliques. Au-delà du fait que cette place semble, pour l’un et pour l’autre, être la plus propice à leur procurer du plaisir, elle traduit aussi le désir de domination. Jack interprète en effet la préférence de Marion pour la position d’Andromaque comme l’envie de dominer le jeu, puisqu’il se sent lui comme l’ « objet » soumis à son plaisir. Il en profite alors pour lui souligner qu’elle est en train de reproduire ce qui avait jusque là placé l’homme au centre de la critique (« ce sont les hommes qui sont des morceaux de viande ! »).
- Julie Delpy joue en effet ironiquement dans cette scène sur les revendications des femmes dans les années 1970, en les détournant. Nous pouvions en effet lire dans le Manifeste pour un cinéma non sexiste (atelier autonome des femmes à Utrecht, 1977) qu’étaient « sexistes les films qui montrent sans la critiquer la passivité sexuelle (…) des femmes réduites au lit (…) ou à de tâches subalternes ». Il conviendra toutefois de préciser que la tonalité comique choisi dans le traitement de cette scène, avec notamment la critique manifestée par l’homme de son « oppression » , ne peut faire de cette scène une scène sexiste. Julie Delpy accordera en effet une attention particulière au fait de ne privilégier aucun genre, dans la valorisation comme dans la dérision.
L’affirmation du couple dans la réaffirmation des rôles[modifier]
- Nous avions jusque-là mis en avant les personnages de Marion et de Jack comme des allégories des deux genres sexuels, dont nous étudions la confrontation afin d’étudier la vision du couple moderne selon Delpy. Or, il semble justement que celui-ci se dessine dans la réappropriation par les deux individus qui le composent, des caractéristiques qui n’étaient initialement pas attribués à leur genre. L’affirmation d’une personne dans le couple ne se faisant pas dans la négation de l’autre mais dans leur complémentarité.
- Jack déroge ainsi à l’image de l’homme fort qui inspire confiance et sécurité pour la femme, puisqu’il ne parvient pas à détourner le regard d’un inconnu qui gêne manifestement sa compagne (41’00’’). De même, il n’intervient jamais lors des altercations que celles-ci provoque constamment avec les gens, que ce soit avec le chauffeur de taxi raciste, avec l’ex-amant pédophile de Marion, ou encore avec les parents de celle-ci, même lorsqu’elle en vient aux mains. Enfin, il ne répondra jamais par la brutalité physique que l’on attribue généralement aux hommes jaloux, lorsque les anciens partenaires de celle-ci lui se manifestent de façon ostentatoire. Nous pourrions ainsi croire que l’accomplissement de Marion en tant que femme moderne, qui peut se défendre par elle-même tant verbalement que physiquement, est aussi possible grâce à l’affirmation de Jack en homme moderne lui-aussi, puisqu’il n’a manifestement pas besoin de correspondre aux stéréotypes du genre masculin pour être homme. Il convient alors de préciser que ce portrait relativement simpliste (cela, dans une visée surtout comique) du couple moderne se voit tout de même équilibrer lors de certaines scènes. En effet, il ne s’agit pas dans 2 Days in Paris, de dire que la femme a pris la place traditionnelle de l’homme et inversement, comme nous le montre la scène où Jack va porter la valise de Marion.
(8’42) : « I thought you wanted to be a strong independent woman ? - Yes, I am a strong woman. I am a strong independent woman. And I’m going to carry… - I got it. I got it. - Thank you. »
- A l’idée de femme indépendante forte se substitue l’image de femme forte. Non pas que Marion incarne la femme qui ait abandonné son indépendance mais la femme qui n’a plus besoin de mettre en avant cette indépendance puisque celle – ci va de soi. Elle est une femme forte qui choisit de se reposer sur l’homme, si elle le veut, et joue même sur ce cliché de l’homme, qui porte les choses lourdes, si cela l’arrange, elle. En somme, il s’agit ici d’une affirmation de la femme en tant que femme au sein du couple, qui n’a pas besoin de s’assimiler à l’homme pour s’imposer. Une combinaison donc qui ne suppose la soumission d’aucun des êtres dans le couple mais qui sous-entend l’alternance des rôles.
- Après M le maudit de Fritz Lang, Julie Delpy fait référence à un autre film qui est Le Dernier à Tango à Paris de Bertolucci. Or ce film a marqué les esprits à cause de ce qui fut considéré comme une autre forme de soumission de la femme à l’homme, lors de la sodomie d’une jeune fille de vingt ans par un homme d’âge mur. Cette fois, une allusion innocemment opérée par Julie Delpy à ce film nous laisse penser que les rôles sont inversés. En effet, c’est Marion qui devra reproduire la scène où le personnage de Marlon Brando crie sur un pont pendant que son ami prend des photos (lui abandonnant le rôle de Maria Schneider ?). Pourtant, notre hypothèse sur la confusion des genres se voit de nouveau vérifiée, puisque dans la version pudique de ce film qui fit scandale par la réalisatrice, c’est Jack qui insiste pour que Marion adopte le rôle de l’homme de Marlon Brando.
Conclusion[modifier]
Julie Delpy choisit de faire dans son film une mise en scène personnelle du couple moderne à travers un discours propre à une fille de « soixante-huitards », tout en sachant prendre du recul par rapport à cette position qu’elle va tourner en dérision. Ce détournement se réalisera au profit d’une vision plus moderne du couple, où l’homme et la femme se défont quelque peu des stéréotypes qui leur sont généralement attribués pour mieux s’imprégner d’une identité sexuelle mixte.
Fiche technique[modifier]
- Réalisation : Julie Delpy
- Scénario : Julie Delpy
- Photographie : Lubomir Bakchev
- Musique : Julie Delpy
- Montage : Julie Delpy
- Production : Christophe Mazodier et Thierry Potok
- Société de distribution : Rezo Films
- Langue : français, anglais
- Genre : comédie
- Durée : 96 minutes
- Sortie :
France : 11 juillet 2007
Distribution[modifier]
- Adam Goldberg : Jack
- Julie Delpy : Marion
- Daniel Brühl : Lukas
- Marie Pillet : Anna, la mère de Marion
- Albert Delpy : Jeannot, le père de Marion
- Aleksia Landeau : Rose
- Adan Jodorowsky : Mathieu
- Alexandre Nahon : Manu
- Charlotte Maury-Sentier : la femme dévalisée
- Arnaud Beunaiche : Édouard
- Vanessa Seward : Vanessa
- Thibaut De Lussy : Gaël
- Chick Ortega : premier chauffeur de taxi
- Patrick Chupin : chauffeur de taxi au Jack Russel
- Antar Boudache : chauffeur de taxi dragueur
- Ludovic Berthillot : chauffeur de taxi raciste
- Hubert Toint : chauffeur de taxi mélomane
- Sandra Berrebi : Sandra
- Claude Harold : Micha Sisinsky
- Benjamin Baroche : le médecin
- Jean-Baptiste Puech et Clément Rouault : les pompiers
- Nanou Benhammou : l'employée du fast-food
Musique[modifier]
- Mon Amant de Saint-Jean, Le Temps des fleurs et L'Âge tendre - interprétés par la fanfare les Plaies mobiles
- La Complainte du progrès - Boris Vian
- Lalala - Nouvelle Vague
- Compagnon du ciel - Adanowsky (alias Adan Jodorowsky qui interprète Mathieu dans le film)
- Sans titre - Bertrand Burgalat
- House arrest - Doubleman
- Dead wood - The Witnesses
- Dead lover - The Roughtones
- Springtime - The Michelles
- Froide - A.S. Dragon
- C'est pas de ma faute - Brigitte Fontaine
- Minor leap - Titus Vollmer's Bluezzboat
- Mes départements - Moiziard
- Pour le meilleur et le pire - Cassidy
Autour du film[modifier]
- Les acteurs qui jouent les parents de Marion dans le film, Albert Delpy et Marie Pillet, sont dans la réalité les parents de Julie Delpy. Cette dernière explique dans le dossier de presse du film que « quand on fait un film avec un tout petit budget, on a envie d'être entouré de gens en qui on a confiance, comme une famille en quelque sorte. (...) j'ai donc préféré m'entourer de comédiens que je connaissais. Sans oublier que j'ai écrit la plupart des rôles avec les acteurs en tête... J'ai écrit le rôle de Jack pour Adam Goldberg, et pour les parents de Marion, j'ai pensé à mes propres parents parce que ce sont de formidables acteurs. Je me suis vite rendu compte, par exemple, que certains producteurs étaient effrayés par le langage très cru du père. Mais je savais aussi que mon père en ferait un personnage extrêmement attachant car il ressemble au Père Noël — à un “Pervert Noël”. Par ailleurs, dans le scénario, le personnage de la mère était une femme un peu spéciale, mais j'étais sûre que ma mère aussi en ferait un personnage adorable. »
- Julie Delpy raconte qu'elle « développe des projets depuis longtemps, mais ils dépassent systématiquement les deux millions de dollars » et avoisinent souvent les 5 millions de dollars. Pour Two Days in Paris, elle voulait d'abord « faire un petit film pour 20 000 euros, tourné de manière underground, mais [le producteur Christophe Mazodier] m'a proposé de le produire et de réunir davantage d'argent (...) j'ai terminé le scénario après avoir décroché le financement, ce qui est très rare. »
- Par rapport à Before Sunset, dont elle a coécrit le scénario et qui montre aussi un couple franco-américain (joué par Ethan Hawke et Julie Delpy) à Paris, l'actrice-réalisatrice souligne que « la tonalité de ce scénario est très différente : je voulais qu'il soit assez cru, politiquement incorrect et même un peu méchant parfois, alors que Sunset est un film romantique — tout le contraire de 2 Days in Paris qui est moins romantique avec un humour plus mordant. »
- Le film a obtenu 216 696 entrées en France du 11 juillet au 21 août 2007[1].
- Le film a une suite, Two Days in New York, sorti en 2012.
Prix et récompenses[modifier]
- Prix Jacques-Prévert 2008 du meilleur scénario (Julie Delpy)
Notes et références[modifier]
- « 2 Days in Paris », box-office, sur AlloCiné.fr
Liens externes[modifier]
- (en) Two Days in Paris sur l’Internet Movie Database
- [PDF] Dossier de presse du film chez Unifrance.
- 2 Days in Paris, dans AlloCiné.
- (en) 2 Days in Paris, site officiel américain.