Théorie du pétrole abiotique

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La théorie du pétrole abiotique est une théorie alternative sur l'origine chimique du pétrole, qui serait selon celle-ci formé dans les couches profondes de la Terre ; elle s'oppose à l'hypothèse communément admise de la formation par transformation progressive de détritus biologiques. Cette théorie, apparue au XIXe siècle, fit l'objet de nouvelles recherches et d'une mise en pratique en Union soviétique dans les années 1950 et 1960. Largement ignorée en Occident du fait des faibles volumes de pétrole abiotique découverts, elle n'a jamais suscité de réel intérêt parmi les géologues et est de nos jours majoritairement considérée comme scientifiquement invalide[1].

La théorie abiogénique postule que le pétrole est formé à partir de dépôts profonds de carbone, datant peut-être de la formation de la Terre. La présence de méthane sur Titan, lune de Saturne, est présentée comme un élément tendant à démontrer la possibilité de la formation d'hydrocarbures en l'absence de mécanismes biologiques. Les partisans de cette hypothèse suggèrent que de larges quantités de pétrole restent à découvrir et que celui-ci migrerait depuis le manteau terrestre par le biais de courants porteurs.

Bien que l'on ait pu montrer la formation abiogénique de méthane et gaz hydrocarbonés dans les profondeurs terrestres[2],[3], les publications sur le sujet indiquent qu'il ne s'agit pas là de quantités commercialement significatives (i.e. un contenu abiogénique médian d'environ 0,02 % dans les hydrocarbures extraits)[4]. Cette théorie a récemment été revue par Glasby[1], qui soulève nombre d'objections, au premier rang desquelles se trouve le fait qu'il n'existe à ce jour aucune preuve directe de l'existence de pétrole abiogénique (au sens d'un mélange liquide d'hydrocarbones à longue chaîne).

Historique[modifier | modifier le code]

Le terme de « pétrole » est attesté pour la première fois dans l'ouvrage de Georgius Agricola De Natura Fossilium en 1546[5]. En 1757, le scientifique russe Mikhaïl Lomonossov formule plus clairement l'hypothèse selon laquelle le pétrole tirerait son origine de détritus biologiques. Cette hypothèse est rejetée au début du XIXe siècle par le géologue et chimiste allemand Alexander von Humboldt et le thermodynamicien Gay-Lussac : selon eux, le pétrole serait en fait un matériau primordial de la Terre issu de grandes profondeurs, qui parviendrait en surface par des éruptions à froid[6].

Après la Seconde Guerre mondiale, l'URSS, craignant des difficultés d'approvisionnement en pétrole, lance un vaste programme de recherches des meilleures stratégies à mettre en œuvre en matière de prospection pétrolière sur son territoire ; c'est dans ce contexte que Nikolai Kudryavtsev présente en 1951 sa théorie, dite « russo-ukrainienne », de l'origine abiotique du pétrole ; d'autres chercheurs soviétiques, notamment Vladimir Porfiriev, lui apportent leur soutien[6]. Cependant, la plupart des articles scientifiques sur le sujet étant écrits en langue russe, cette théorie reste à l'époque très largement inconnue en Occident.

Après la chute de l'Union soviétique, l'hypothèse abiotique connut un certain regain d'intérêt en Occident à la suite de la publication en 1999 de The Deep Hot Biosphere, de Thomas Gold. Celui-ci mentionne la découverte de bactéries thermophiles dans la croûte terrestre comme autant de sources de biomarqueurs dans le pétrole extrait[7].

La découverte de gisements pétrolifères et gaziers au sein de terrains cristallins, en particulier dans la région de l'Oural et en Sibérie occidentale, est souvent mise en avant pour justifier la validité de cette théorie et certaines recherches ont démontré expérimentalement la possibilité que des hydrocarbures lourds soient formés dans des conditions proches de celles trouvées dans le manteau terrestre [8],[9]. Cependant, selon Geoffrey Glasby, les gisements découverts l'ont été grâce aux méthodes « classiques » et la théorie abiotique est aujourd'hui largement oubliée dans l'ex-Union soviétique[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Geoffrey P. Glasby, « Abiogenic Origin of Hydrocarbons: An Historical Overview », Resource Geology, vol. 56, no 1,‎ 2006, p. 83–96 (ISSN 1344-1698 et 1751-3928, DOI 10.1111/j.1751-3928.2006.tb00271.x, lire en ligne [PDF])
  2. (en) B. Sherwood Lollar, G. Lacrampe-Couloume, G.F. Slater, J. Ward, D.P. Moser, T.M. Gihring, L.-H. Lin et T.C. Onstott, « Unravelling abiogenic and biogenic sources of methane in the Earth's deep subsurface », Chemical Geology, vol. 226, no 3-4,‎ février 2006, p. 328–339 (ISSN 0009-2541 et 1872-6836, DOI 10.1016/j.chemgeo.2005.09.027, lire en ligne [PDF])
  3. (en) Henry P. Scott, Russell J. Hemley, Ho-kwang Mao, Dudley R. Herschbach, Laurence E. Fried, W. Michael Howard et Sorin Bastea, « Generation of methane in the Earth's mantle: In situ high pressure–temperature measurements of carbonate reduction », Proc Natl Acad Sci, vol. 39, no 101,‎ septembre 2004, p. 14023–14026 (DOI 10.1073/pnas.0405930101, lire en ligne [html])
  4. (en) P.D. Jenden, I.R. Kaplan, D.R. Hilton et H. Craig, « Abiogenic hydrocarbons and mantle helium in oil and gas fields », United States Geological Survey Professional Paper, vol. 1570,‎ 1er janvier 1993, p. 31-56 (ISSN 1044-9612, résumé)
  5. (la) Georgius Agricola, De Natura Fossilium, vol. IV, Bâle,‎ 1546
  6. a et b (en) J.F. Kenney, « An introduction to the modern petroleum science, and to the Russian-Ukrainian theory of deep, abiotic petroleum origins », Gas Resources Corporation
  7. (en) Thomas Gold, The Deep Hot Biosphere, Copernicus Books,‎ 1999, 235 p. (ISBN 0-387-98546-8), rééd. The Deep Hot Biosphere: The Myth of Fossil Fuels, 2001, 243 p. (ISBN 0-387-95253-5)
  8. (en) Anton Kolesnikov, Vladimir G. Kutcherov et Alexander F. Goncharov, « Methane-derived hydrocarbons produced under upper-mantle conditions », Nature Geoscience, vol. 2, no 8,‎ juillet 2009, p. 566–570 (ISSN 1752-0894 et 1752-0908, DOI 10.1038/ngeo591)
  9. (en) « Hydrocarbons in Deep Earth?, Carnegie Institution for Science, 27 juillet 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]