Rites funéraires au Japon

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Un cimetière à Tokyo

Les rites funéraires au Japon comprennent une crémation du corps puis une mise en terre des cendres dans la tombe familiale. Le coût moyen des obsèques est de quatre millions de yens, ce qui représente environ 30 000 euros et place le Japon au premier rang mondial pour les dépenses, par famille, allouées aux obsèques. La principale raison de ce coût est le manque de place dans les cimetières, phénomène lié à la densité de la population japonaise : 337 2 hab/km². À titre comparatif, en France, le coût moyen des obsèques est évalué aux alentours de 4 000 euros[1] et la densité démographique de 94 hab/km²[2].

Rites post-mortem[modifier | modifier le code]

Enveloppes pour donner de l'argent

Les pratiques funéraires sont empreintes des croyances religieuses dominantes au Japon : le bouddhisme et le shintoïsme. Juste après la mort, les proches procèdent au matsugo no mizu (末期の水?, « l’eau du dernier moment ») : ils humidifient les lèvres du mort dans le but que celui-ci renaisse (réincarnation). Puis, ils disposent à côté du défunt, une table sur laquelle sont placés des fleurs, de l’encens et une bougie (respectivement de la gauche vers la droite) : makura-kazari (枕飾り?, « décoration de l'oreiller »).

Ces deux rituels se déroulent durant la veillée funébre (通夜, tsuya?, ou o-tsuya avec une marque de respect) où les proches du défunt se réunissent « consolent » ce dernier car il est « peu enclin à partir ». Enfin un juzu (数珠?), chapelet bouddhiste composé de 108 perles représentant les 108 karmas, est placé entre les mains du défunt : ainsi l’âme du mort va devoir renoncer aux désirs humains afin d’atteindre la vertu. Dans certains cas, la famille dispose un couteau sur la poitrine du mort, afin d’éloigner les mauvais esprits. Puis les proches déposent auprès du corps un sac rempli d’argent afin que l’âme du défunt puisse traverser le Sanzu-no-kawa (三途の川?, « fleuve de la mort »), situé entre le monde des vivants et l’autre monde.

Les autorités sont ensuite prévenues du décès. C’est le fils ainé qui a la charge de l’organisation des obsèques. Il contacte un temple pour procéder aux rites religieux et choisir la date des obsèques. Le corps est lavé, puis habillé avec le shinishōzoku (死装束?) dont la traduction serait : un « habit pour le voyage vers l’éternité ». Des soins de thanatopraxie peuvent être prodigués pour améliorer l’apparence physique du mort.

Veillée funèbre et crémation[modifier | modifier le code]

Crémation au Japon, 1867

La tenue traditionnelle lors de la veillée funèbre est entièrement blanche. Mais depuis l’ouverture du Japon sur le monde occidental, la tendance est à la couleur noire. Les proches du défunt font appel à un moine bouddhiste appelé sōryo (僧侶?), qui va lire un sutra durant la veillée et donnera un nom posthume au défunt (戒名, kaimyō?). Durant la cérémonie, les participants de l’o-tsuya offrent de l’encens (chez les bouddhistes, l’encens est offert pour obtenir l’aide des bons esprits) et de l’argent dans une enveloppe noire et grise. Les participants prennent de la poudre d’encens (塗香, zukō?) dans leurs mains, les lèvent à hauteur des yeux, referment les doigts et prient. Ils laissent ensuite tomber l’encens dans le brûleur. Cette action est répétée deux fois. Lorsque le moine bouddhiste termine la lecture du sutra, le cercueil est refermé et la veillée funèbre prend fin. En partant, les personnes ayant participé à l’o-tsuya, s’aspergent de sel purificateur (きよめ塩, kiyome-shio?) avant de rentrer chez eux, pour conjurer le mauvais sort.

Extraction des os, 1867

S’ensuit la crémation. La tradition veut que les membres de la famille du mort fassent glisser le corps dans la chambre crématoire. Après la crémation, les os et les cendres sont récupérés puis placés dans une urne prévue à cet effet : les os du corps du défunt sont retirés avec des baguettes, en commençant par ceux des pieds et en remontant jusqu’au crâne, puis sont placés dans une urne funéraire. Cette méthode d’extraction a pour but d’éviter au défunt de se retrouver « la tête vers le bas » dans l’urne. Cette dernière est ensuite placée sur un autel et conservée pendant 49 jours dans la maison familiale. Pendant cette durée, le sōryo prie les 3e, 7e, 21e et le 49e jour pour guider l’âme du défunt.

La crémation est très répandue au Japon non seulement parce qu’il s’agit d’une pratique religieuse et que pour un Japonais, c'est une honte d'enterrer un corps et donc de lui imposer la souillure de la putréfaction (dans le Japon féodal, les seuls qui n'étaient pas incinérés étaient les personnes condamnées à mort), mais aussi parce que, par décret, les Japonais doivent incinérer tous leurs morts. De plus, l’exiguïté des terres impose cette mesure.

Enterrement[modifier | modifier le code]

Nom d'époux à l'encre rouge

Une fois la période des 49 jours écoulée, l’urne est portée au caveau familial où plusieurs membres de famille reposent. Cette tombe se nomme haka (?). Elle est constituée d’un monument en pierre au pied duquel se trouve un bac pour disposer des fleurs (et de l’eau) ainsi que de l’encens. Tout ceci surplombe une crypte où sont entreposées les urnes funéraires de la même famille.

Sur le côté du monument en pierre, est gravé le nom de la personne qui a fait l’acquisition du caveau. Les noms des défunts sont gravés sur la face de la pierre. Mais il est de plus en plus fréquent que le nom du défunt soit aussi écrit sur une pièce en bois placée à côté du caveau : un sotoba (卒塔婆?). Il est possible, en se rendant dans un cimetière japonais, de voir sur certains monuments en pierre, surplombant les caveaux, des caractères peints en rouge. En effet, lorsqu’une personne mariée décède, homme ou femme, le nom de son conjoint est gravé sur la pierre et peint en rouge. Cette peinture symbolise la volonté des époux de se rejoindre dans la tombe. Ainsi, lorsque le second membre du couple décède, la peinture est alors effacée. Notons tout de même que cette pratique est de moins en moins suivie de nos jours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Figaro, 31/10/2008
  2. CIA World Factbook 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]