Principe de l'argument

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En analyse complexe, le principe de l'argument (parfois appelé théorème de l'argument[1]) indique que si f est une fonction méromorphe sur un ouvert U\subset\C simplement connexe dont l'ensemble F des zéros et des pôles est fini, alors pour tout lacet \gamma à image dans U\F,

 {1\over 2i\pi}\int_\gamma {f'(z)\over f(z)}~\mathrm dz = \sum_{z_j\in F} v_{z_j}(f)\mathrm{Ind}_{\gamma}(z_j)
Un lacet simple et positivement orienté C (en noir), les zéros de f (en bleu) et les poles de f (en rouge).


Avec v_{z_j}(f) la valuation de f en z_j c'est-à-dire l'ordre du z_j si z_j est un zéro et moins l'ordre de  z_j si c'est un pôle. \mathrm{Ind_\gamma(z_j)} est l'indice du point par rapport au lacet.

Si \gamma est un lacet simple positivement orienté formant le bord  \partial K d'un compact K, la relation ci-dessus se réécrit :

 {1\over 2i\pi}\int_\gamma {f'(z)\over f(z)}~\mathrm dz = Z_{f,K} - P_{f, K}

 Z_{f,K} et  P_{f, K} représentent respectivement le nombre de zéros et de pôles de f dans  K comptés avec leur multiplicité.

Sommaire

[modifier] Interprétation géométrique

Le principe de l'argument permet de compter le nombre de tours que fait l'image de \gamma par f autour de l'origine. C'est sur cette notion que se base notamment la démonstration du Théorème de Rouché.

Figure 1: Premier cas pour la fonction {z+1\over z^3}. En bleu le lacet  C(0,r) avec  r<1, en rouge l'image de ce lacet par la fonction. On s'aperçoit que cette dernière effectue trois tours autour de l'origine (dans le sens anti-trigonométrique).
Figure 2: Second cas pour la fonction {z+1\over z^3} . En bleu le lacet  C(0,r) avec  r>1 , en rouge l'image de ce lacet par la fonction. On s'aperçoit que cette dernière effectue deux tours autour de l'origine (dans le sens anti-trigonométrique).

[modifier] Exemples

Soit la fonction f:\C\to\C ayant deux zéros simples en z_{1,2}=\pm i (la valuation de ces deux points est +1) et définie par :

\displaystyle{ f(z) = z^2+1 }

Considérons le lacet le plus simple : le cercle  C(0, r) centré à l'origine et de rayon  r > 0, il y a deux cas à considérer :

  • Tout d'abord si  r \le 1, alors l'indice des deux zéros est nul et l'image du lacet par f ne tourne pas autour de l'origine.
  • L'autre cas est :  r > 1 , alors l'indice des deux zéros est égal à 1 et l'image du lacet par f tourne deux fois autour de l'origine en effet :
 v_{z_1}(f)\mathrm{Ind}_{C(0,r)}(z_1) + v_{z_2}(f)\mathrm{Ind}_{C(0,r)}(z_2) = 2


Considérons à présent la fonction g:\C\to\C ayant un pôle triple à l'origine et un zéro simple en  z_2=-1 (la valuation de ces deux points est respectivement -3 et +1) et définie par :

 \displaystyle  {  g(z) = {z+1\over z^3}          }

En considérant comme ci-dessus le cercle  C(0, r) , nous avons à nouveau deux cas à considérer :

  • Si  r \le 1 , alors l'indice du zéro simple est nul, et il ne reste que le pôle triple à considérer, l'image du lacet par la fonction g tourne -trois fois (trois fois dans le sens anti-trigonométrique) autour de l'origine.
  • Si  r > 1 , on doit considérer le zéro et le pôle et donc l'image du lacet par la fonction g tourne -deux fois autour de l'origine.

Ces deux cas sont illustrés par les figures 1 et 2 ci-contre.

[modifier] Démonstration

Par hypothèse,  f(z) \neq 0 et f est holomorphe sur U\F et donc la {}^\C-dérivée  f' l'est aussi. Par conséquent, nous pouvons en déduire que f'/f est aussi holomorphe sur U\F.

U est simplement connexe donc le lacet  \gamma est homotope à un point dans U, on peut donc appliquer le Théorème des résidus :

 {1\over 2\pi i} \int_{\gamma} {f'(z)\over f(z)}~\mathrm dz = \sum_{z_j\in F} \mathrm{Res}\left(  {f'\over f}, z_j\right)\mathrm{Ind}_{\gamma} (z_j)

Pour  z_j \in F , on a, au voisinage de z_j :

 f(z) = (z-z_j)^{n_j} g(z)

avec  g(z) holomorphe et non nulle sur un voisinage de  z_j et n_j\in\Z qui correspond à la valuation de  z_j .

On a donc :

 f'(z) = n_j (z-z_j)^{n_j-1} g(z) + (z-z_j)^{n_j} g'(z)

dont on tire :

 {f'(z)\over f(z)} = {n_j\over (z-z_j)} + {g'(z)\over g(z)}

Le quotient ci-dessus a un pôle simple en  z_j puisque  g est holomorphe et non nulle au voisinage de  z_j. On peut maintenant calculer le résidu en  z_j  :

 \mathrm{Res} \left(  {f'\over f}, z_j  \right) =  \lim_{z\to z_j}\left( (z-z_j){f'(z)\over f(z)}    \right) = n_j

Avec  n_j = v_{z_j}(f) . En insérant ce dernier résultat dans la première équation, nous obtenons finalement :

 {1\over 2i\pi}\int_\gamma {f'(z)\over f(z)}~\mathrm dz = \sum_{z_j\in F} v_{z_j}(f)\mathrm{Ind}_{\gamma}(z_j)

[modifier] Applications

Des ouvrages d'Automatique utilisent assez fréquemment ce principe comme base théorique pour le critère de stabilité de Nyquist (en). La thèse originale de 1932 de Harry Nyquist[2] fait usage d'une approche plutôt maladroite et primitive pour développer le critère de stabilité. Dans sa thèse, H. Nyquist ne mentionnait pas le principe de l'argument. Par la suite, Leroy MacColl[3] et Hendrik Bode[4] sont partis du principe de l'argument pour déterminer le critère de stabilité, approche qui est utilisée actuellement dans bon nombre d'ouvrage d'analyse complexe ou d'automatique

[modifier] Références

  1. Murray R. Spiegel, Variables complexes, McGraw-Hill, 1973 (ISBN 978-2-7042-0020-7)
  2. (en) H. Nyquist, Regeneration theory, Bell System Technical Journal, vol. 11, 1932, p. 126-147
  3. (en) Leroy Maccoll, Fundamental theory of servomechanisms, 1945
  4. (en) Hendrik Bode, Network analysis and feedback amplifier design, 1945

[modifier] Voir aussi

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