Mary Harris Jones

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Mary Harris "Mother" Jones

Mary Harris Jones (1er mai 1830 ou 1er août 183730 novembre 1930), plus connue sous le nom de Mother Jones (Maman Jones) était une militante syndicaliste et socialiste américaine, membre des Industrial Workers of the World.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mary Harris, fille d'un fermier catholique, naquit en Irlande, à Cork, le 1er août 1837. Elle affirma, dans sa vieillesse, être née le 1er mai 1830, augmentant son âge probablement pour renforcer son image de grand-mère militante, la date du 1er mai étant quant à elle symbolique pour une militante ouvrière. Immigrée aux États-Unis au cours de son enfance, elle étudia à l'école normale d'institutrices et épousa en 1861 un ouvrier métallurgiste, syndicaliste, de Memphis. Elle perdit son mari et ses quatre enfants, victimes d'une épidémie de fièvre jaune dans le Tennessee, en 1867. Un second malheur la frappa lorsqu'elle perdit tous ses biens lors du grand incendie de Chicago, en 1871. Contrainte de se débrouiller par elle-même pour survivre, elle s'impliqua dans le mouvement ouvrier. Elle rejoignit d'abord les Chevaliers du travail puis l'United Mine Workers avant de contribuer, en 1905, à la fondation des Industrial Workers of the World. Elle adhéra aussi au Parti socialiste d'Amérique.

Soutenant des grèves d'un bout à l'autre du pays, elle se montra particulièrement efficace pour organiser des manifestations de femmes et d'enfants de travailleurs en lutte. En 1902, le procureur de Virginie occidentale Reese Blizzard, qui venait de la faire arrêter pour avoir ignoré l'interdiction d'organiser des réunions publiques de mineurs en grève, la qualifia de « femme la plus dangereuse d'Amérique ».

En 1903, Maman Jones organisa une marche d'enfants travaillant dans les manufactures et les mines de Kensington, en Pennsylvanie. Ils se rendirent jusqu'à Oyster Bay, près de New-York, où se trouvait la résidence du président Theodore Roosevelt, avec des banderoles dont les slogans étaient « Nous voulons du temps pour jouer ! » et « Nous voulons aller à l'école ! ». Le président refusa de recevoir les marcheurs mais cette croisade des enfants contribua à mettre la question du travail des enfants sur la place publique.

Dans son autobiographie, elle décrit ainsi le travail des enfants dans une filature de coton, en 1906 : « Petites filles et petits garçons, pieds nus, allaient et venaient entre les rangées de broches interminables, ils approchaient des machines leurs petites mains décharnées pour renouer les fils cassés. Ils rampaient sous les machines pour les huiler. Jour et nuit, nuit et jour, ils changeaient les broches. Des petits enfants de six ans, aux visages de vieux de soixante ans, faisaient leurs huit heures par jour pour dix cents. Quand ils s'endormaient, on leur lançait de l'eau froide à la figure et la voix du directeur tonnait par-dessus le fracas incessant des machines. »[1]

Dans une filature, Caroline du Sud, 1908

En 1913, pendant une grève de mineurs, Maman Jones fut arrêtée en Virginie occidentale et accusée, avec d'autres syndicalistes, de tentative de meurtre. Son arrestation déclencha un tollé tel qu'elle fut bientôt relâchée et que le Sénat des États-Unis ordonna une enquête sur les conditions de travail dans les mines de charbon. Quelques mois plus tard, elle fut à nouveau arrêtée et expulsée, toujours à l'occasion d'une grève des mineurs de charbon, dans le Colorado[2]. Après le Massacre de Ludlow, elle put rencontrer John D. Rockefeller en personne et le convaincre d'accepter certaines améliorations de la condition ouvrière.

Maman Jones continua à lutter jusqu'à sa mort. Elle fut poursuivie à diverses reprises pour sédition. En 1925, elle perdit un procès contre l'éditeur du Chicago Times et fut condamnée à une lourde amende. La même année, elle chassa deux voyous qui s'étaient introduits dans la maison où elle se trouvait. L'un d'eux mourut des blessures qu'elle lui avait infligé. Maman Jones fut une nouvelle fois arrêtée puis relâchée lorsqu'il s'avéra que les deux intrus travaillaient pour un homme d'affaires des environs.

Continuant ses activités syndicales tout au long des années 1920, Maman Jones publia son autobiographie en 1925. Elle vécut ses dernières années dans le Maryland et c'est là qu'elle célébra son centième anniversaire auto-proclamé le 1er mai 1930. Elle mourut quelques mois plus tard et fut enterrée dans le cimetière du syndicat des mineurs, à Mount Olive, dans l'Illinois, près des mineurs qui avaient été tués lors de l'émeute de Virden, en 1898. Elle appelait les mineurs victimes de la répression patronale ses « garçons ». Accusée par un sénateur d'être « la grand-mère de tous les agitateurs », elle répondit, d'une façon tout à fait caractéristique de sa personnalité, qu'elle espérait bien vivre assez longtemps pour devenir l'arrière-grand-mère de tous les agitateurs.

La notoriété de Maman Jones dépassa largement les frontières américaines. Trotsky, qui lut son autobiographie en 1935, écrit : « L'autobiographie de Jones, je la lis avec délectation. Dans ses descriptions de luttes ouvrières, condensées et dépouillées de toute prétention littéraire, Jones dévoile au passage un effrayant tableau des dessous du capitalisme américain et de sa démocratie. On ne peut pas sans frémir et maudire lire ses récits de l'exploitation et de la mutilation des petits enfants dans les fabriques ! »[3]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Autobiography of Mother Jones, 1925, ISBN 0-486-43645-4
  • Elliott J. Gorn, «Mother Jones, la mère du syndicalisme américain», Manière de voir, no 118, août-septembre 2011, p. 6-8

Hommage[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. extrait cité dans Mémoires de femmes, mémoire du peuple, petite collection maspero, ISBN 2-7071-1022-1, p. 138
  2. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, Agone, 2002, p. 403. (ISBN 2-910846-79-2)
  3. Trotsky, Journal d'exil, folio, 1977, p. 182